• Le crise dans l'émirat ébranle la crédibilité de la finance islamique

    Le crise dans l'émirat ébranle la crédibilité de la finance islamique


    Londres Correspondant

                La crise de Dubaï met à mal la crédibilité de la finance islamique sortie jusque-là indemne de la tourmente financière. L'imposition d'un moratoire d'au moins six mois concernant le remboursement de 3,5 milliards de dollars (2,3 milliards d'euros) d'obligations islamiques venues à échéance le 14 décembre met à mal la réputation d'un placement basé sur la loi divine, la charia.

    En novembre 2006, le groupe immobilier Nakheel, filiale du conglomérat Dubaï World, avait procédé à la plus grosse émission obligataire - une sukuk - de l'histoire de la finance islamique. En conformité avec la charia, le coupon était basé sur le profit et non pas sur le taux d'intérêt. Les préceptes du Coran prohibent en effet de prêter de l'argent contre des intérêts apparentés à de l'usure.

    Fécondés par l'afflux de pétrodollars dans les caisses des fonds souverains des pays du Golfe, les placements islamiques sont alors en plein développement. Pour les investisseurs musulmans, en particulier saoudiens, Nakheel bénéficie d'un grand atout, ses actifs tangibles - bâtiments, centres commerciaux et terrains - exigés par un mode opératoire interdisant la spéculation.

    Aux yeux des milieux financiers internationaux, le groupe immobilier dispose du statut de société d'Etat. S'il est alors dépourvu de notation financière, il profite indirectement de la cote excellente de la fédération des Emirats arabes unis dont Dubaï est l'un des membres. A les écouter, en cas de difficulté, le soutien d'Abou Dhabi, le grand frère riche en hydrocarbures et prêteur en dernier ressort, est acquis.

    Cette protection est essentielle en raison de l'état embryonnaire du marché de la dette de la région. En effet, submergés de pétro-dollars, les Etats du Golfe recourent peu à l'emprunt obligataire. Dubaï est l'exception.

    Incertitudes

    La banque d'affaires britannique Barclays Capital et <st1:personname productid="la Dubaï Islamic" w:st="on">la Dubaï Islamic</st1:personname> Bank sont mandatées pour réaliser l'opération. Les banques européennes sont désireuses de participer à cette levée de fonds pour développer leur présence sur le marché prometteur de la finance islamique. Les établissements américains, en revanche, sont plus réticents - plusieurs banques islamiques ont été mêlées au financement de la nébuleuse Al-Qaida avant les attentats du 11 septembre 2001.

    Des arrière-pensées stratégiques ne sont pas absentes dans le choix d'une sukuk au lieu d'une obligation normale. <st1:personname productid="La Bourse" w:st="on">La Bourse</st1:personname> de Dubaï est la première enceinte internationale de cotation des obligations islamiques. Pour capter ce marché, le gouvernement a transformé la banque d'Etat Dubaï Bank en un établissement islamique. Ce dernier a ensuite racheté une banque malaisienne, Bank Islam Malaysia. Comme l'atteste la création de l'International Financial Centre, Dubaï veut devenir le premier centre financier proche- oriental, concurrençant Bahrein, le pionnier de la finance islamique.

    Les investisseurs, essentiellement des hedge funds et des fonds de capital-investissement non arabes, se sont précipités sur la sukuk de Nakheel pour la revendre en tranches, par la suite, sur le deuxième marché, essentiellement à Londres. Dubaï possède d'ailleurs 21 % du capital du London Stock Exchange.

    Aujourd'hui, les détenteurs de la sukuk dubaïote doivent en rabattre. Les problèmes de Dubaï montrent les faiblesses inhérentes à la finance islamique : commissions opaques, divergence d'interprétation de la charia, manque d'experts religieux aptes à comprendre les mécanismes financiers. Aussi, la structure juridique d'une sukuk n'a jamais été testée devant les tribunaux. L'incertitude entourant les droits des créanciers ajoute aux inquiétudes. L'interdiction des mécanismes de protection et d'arbitrage pose aussi problème.

    Malgré la crise financière, les actifs des 100 plus grandes banques islamiques ont crû de 66 % en 2008. La prohibition de la spéculation a évité au secteur les déboires liés aux subprimes. Mais, de l'avis général, la finance islamique a mangé son pain blanc.

    Marc Roche


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