• Le développement à la chinoise, responsable de la coulée de boue de Zhouqu ?

    " Le pire désastre naturel que le Pakistan ait connu "

    Jean-Maurice Ripert, l'envoyé spécial de l'ONU, souligne l'urgence de l'aide aux régions inondées du pays

    Des pluies torrentielles liées à la mousson asiatique continuent de s'abattre sur le Pakistan et les pays voisins, causant des inondations meurtrières. Jean-Maurice Ripert, l'envoyé spécial de l'ONU pour l'aide au Pakistan, appelle la communauté internationale à " agir vite, massivement et dans la durée ".

     

    Le diplomate français, contacté par téléphone à Islamabad, espère que les talibans " ne profiteront pas des circonstances pour marquer des points ".

    Etes-vous d'accord lorsque l'ONU affirme que les inondations au Pakistan sont pires que le tsunami de 2004 ?
    C'est une catastrophe d'une immense ampleur. Le nombre de victimes, probablement entre 1 500 et 2 000, n'est pas comparable au tsunami - 220 000 morts en Asie - . Mais ce qui est insupportable pour le Pakistan, c'est le nombre de personnes affectées, près de 15 millions, l'ampleur des surfaces agricoles touchées, et les conséquences économiques et sociales, qui se feront sentir pendant des années. C'est le pire désastre naturel que le pays ait connu.

    Quelle est la première urgence pour l'ONU ?
    Il faut d'abord fournir de l'aide alimentaire aux 6 millions de personnes qui en ont besoin. Il faut aussi des abris : des tentes, des bâches. Nous sommes à peine à la moitié de la mousson ! La troisième urgence est sanitaire. L'eau stagnante produit des risques d'épidémies considérables, comme le choléra. On entre en plus dans le mois du ramadan, et ne pas boire du lever au coucher du soleil peut aggraver certaines infections intestinales. Il faut aussi aider les femmes qui vont accoucher dans des conditions dangereuses.

    On a besoin de tout : générateurs, pompes à eau, tentes, nourritures, latrines, vaccins contre les serpents ou les scorpions...

    Vous redoutez aussi une deuxième catastrophe humanitaire ?

    Il faut déjà travailler à la reconstruction. Les gens vont devoir rentrer chez eux. La récolte d'été a été perdue et, si on ne plante pas dans de bonnes conditions à l'automne, la catastrophe durera des mois. Il faut remettre en état le système d'irrigation, nettoyer, réparer... Des centaines de kilomètres de routes ont disparu, et 67 ponts ont été détruits dans le Nord-Ouest.

    L'ONU a-t-elle les moyens de faire face ?
    L'ONU s'est mobilisée tout de suite, parce qu'elle était présente dans le Nord-Ouest pour s'occuper de 3 millions de personnes déplacées en 2009 par les opérations de l'armée contre les talibans. Nous avons utilisé nos stocks de nourriture, de tentes, de vaccins. Nous avons aussi reçu des dons pour près de 100 millions de dollars - 76,6 millions d'euros - . Mais tout cela ne suffira pas, c'est pourquoi nous allons lancer un appel à l'aide humanitaire.

    Le gouvernement a-t-il été à la hauteur ?

    Quel gouvernement aurait été capable de répondre de manière satisfaisante à des inondations qui ont mis 15 millions de personnes sur les routes en dix jours ? L'armée a évacué des dizaines de milliers de personnes. L'ONU intervient en appui. Nous nous intégrons à un plan d'ensemble qui existe plus ou moins. Les réponses sont un peu désordonnées pour l'instant, mais c'est assez normal.

    Le Pakistan était-il préparé ?

    Selon les experts, personne ne pouvait se préparer à une catastrophe de cette ampleur. Mais le Pakistan, comme toute l'Asie du Sud, est confronté à davantage de catastrophes naturelles, et sa capacité d'anticipation et de réponse n'est pas à la hauteur.

    La population semble très critique à l'égard des autorités...

    On ne fait jamais assez pour des personnes en détresse. Beaucoup de gens se sont sentis abandonnés, même si c'est moins vrai aujourd'hui. Mais au début, la plupart des zones touchées n'étaient accessibles qu'en hélicoptère. Dans le Khyber Pakhtunkhwa (nord), la région la plus pauvre et la plus touchée, l'armée a mobilisé, avec l'aide des Etats-Unis, des hélicoptères, mais cela n'a pas suffi, et il a fallu réhabiliter les sentiers muletiers. Le défi logistique est considérable.

    La presse rapporte que les ONG islamiques, parfois liées aux insurgés, sont beaucoup plus visibles que le gouvernement...

    Je ne sais pas. Il y a énormément d'ONG locales dans les villages qui font un travail exceptionnel. L'ONU travaille avec toutes les ONG enregistrées auprès du gouvernement et qui respectent les principes de l'action humanitaire : impartialité, neutralité, indépendance. Mais il est vrai que nous espérons tous que les militants ne profiteront pas des circonstances pour marquer des points.

    Faites-vous face à un grave problème d'insécurité ?

    C'est un problème récurrent au Pakistan. En 2009, l'ONU a eu douze morts et douze blessés graves. Il y a une insécurité généralisée. Cela étant, les zones auxquelles nous avons accès n'ont cessé de s'accroître, et nous pouvons aller presque partout, dans des conditions de sécurité qui restent à déterminer. Depuis les inondations, nous n'avons pas reçu de menaces particulières visant l'ONU, mais nous faisons très attention, et je salue le courage des humanitaires.

    Cette catastrophe pourrait-elle renforcer les talibans et Al- Qaida ?

    La misère du peuple peut toujours être exploitée par des gens qui ont des objectifs politiques ou militants. Pour nous, l'essentiel est d'aider les autorités du Pakistan à travailler ensemble, à fixer les priorités et à les mettre en oeuvre. C'est la meilleure réponse à apporter à ceux qui veulent utiliser la catastrophe à d'autres fins.

    Propos recueillis par Philippe Bolopion (New York, Nations unies)

    Le développement à la chinoise, responsable de la coulée de boue de Zhouqu ?

    LA VILLE DE ZHOUQU, dans les régions tibétaines du sud de la province du Gansu, a été victime, le 7 août, d'une coulée de boue géante qui a fait, à ce jour, 702 morts et plus de 1 000 disparus. La surexploitation des ressources hydroélectriques, forestières et minières est mise en cause.

    Onze glissements de terrain majeurs ont été comptabilisés dans la région depuis 1823. L'un deux a tué 87 personnes en juin 1992. En outre, rappelle le quotidien 21 Century Herald, le comté de Zhouqu, qui compte 130 000 habitants, avait été signalé comme dangereux lors d'une enquête diligentée après le tremblement de terre au Sichuan par le ministère des terres et des ressources naturelles : " Nous avions alors préconisé le déplacement - du siège du comté - ", a expliqué un officiel au quotidien Du Tao. Une opération jugée trop coûteuse.

    La poétesse et bloggeuse tibétaine Tsering Woeser a lancé un appel sur Twitter à rechercher les données relatives aux dégâts provoqués sur l'écosystème par la frénésie de développement chinoise. Les résultats mis en ligne sont révélateurs : " Les montagnes sont devenues extrêmement instables et très facilement sujettes à des désastres naturels tels que les glissements de terrain et les coulées de boue. Cette situation est le résultat de la déforestation, des activités d'exploitation minière, de la construction de barrages hydroélectriques et d'autres activités humaines ", relate ainsi un rapport de l'université de Lanzhou (capitale du Gansu) en 2006.

    Alors que la déforestation intense entre les années 1960 et 1990 est aujourd'hui plus strictement contrôlée, 41 projets de stations hydroélectriques ont été lancés à Zhouqu depuis 2003, et douze autres barrages sont prévus. Selon Fan Xiao, ingénieur en chef du Bureau de géologie et des minéraux du Sichuan, on compte plus de 1 000 barrages sur le cours supérieur du fleuve Bailong. S'ils n'ont pas directement contribué au désastre, provoqué par des pluies torrentielles et une topographie favorable, ils l'ont aggravé : " Le terrain descendu de la montagne a atteint deux affluents déjà en crue du Bailong. La boue a été charriée jusqu'au cours principal du fleuve. Or celui-ci avait un flux ralenti à cause des barrages, qui en principe régulent les inondations. Mais ça s'est passé trop vite, ils étaient presque remplis. Cet enchaînement a été catastrophique ", dit-il.

    Brice Pedroletti Pékin, correspondant


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