• Le fantôme de Madoff plane sur Cotonou

    Le fantôme de Madoff plane sur Cotonou

    Des sociétés d'investissements véreuses ont ruiné des épargnants béninois. Après une série de suicides, les autorités politiques sont elles aussi sur la sellette. Elles sont accusées d'avoir protégé les escrocs. La réélection du président Boni Yayi est désormais menacée.

    Marcus Boni Teiga | Le Bénin aujourd'hui


    © Dessin de Glez, Ouagadougou

    Depuis que le scandale d'escroquerie financière d'ICC-Services a éclaté au grand jour au Bénin, le président Boni Yayi et son gouvernement sont plongés dans une tourmente sociopolitique qui n'a pas fini de faire des vagues. Et pour cause : leaders syndicaux et opposants politiques ne décolèrent pas. Dans la guerre de tranchées que se livrent l'opposition et le pouvoir, avec la perspective de la présidentielle de mars 2011, l'affaire d'escroquerie financière d'Investment Consultancy and Computering Services (ICC-Services) est loin d'arranger les affaires du régime.
    Les derniers rebondissements de ce qui est devenu un feuilleton national indiquent que le gouvernement n'est pas exempt de responsabilité. Bien au contraire. La récente découverte d'une correspondance signée par le préfet des départements de l'Ouémé et du Plateau, dans le sud du pays, montre bien que, sur instruction du ministre de l'Intérieur, on avait fait "déployer des forces de l'ordre dans les zones stratégiques pour assurer la sécurité de toutes les institutions bancaires et financières" exerçant dans ces départements. Y compris ICC-Services, bien entendu. Sans compter que l'ex-ministre de l'Intérieur, Armand Zinzindohoué – qui a été incarcéré – avait fait mettre un garde du corps à la disposition du sieur Emile Comlan Tégbénou et s'était moult fois montré aux côtés de celui qui est aujourd'hui considéré comme le cerveau d'ICC-Services.

    Il n'en fallait pas plus pour que l'opposition, en mal de stratégie politique, retrouve sa vitalité. Après avoir demandé au président de rembourser le montant des objets de financement et de propagande que les responsables d'ICC-Services ont mis au service de la campagne permanente pour sa réélection, les leaders de l'opposition sont passés à la vitesse supérieure et ont engagé une procédure de destitution du chef de l'Etat à l'Assemblée nationale, à laquelle même des députés de la mouvance présidentielle ont participé. Mais, en attendant l'issue de ce bras de fer, les Béninois et l'opinion publique africaine continuent de se passionner pour l'affaire ICC-Services et ses répercussions sociopolitiques. A l'origine, ICC-Services, enregistré en 2006 sous le régime d'une association de loi 1901, était censée être un organisme à but non lucratif. Mais l'incurie des autorités de l'Etat a fait que cette organisation non gouvernementale est devenue du jour au lendemain une institution de microfinance ayant pignon sur rue. Et, pour prospérer rapidement sur le terreau de la misère des populations, elle a eu l'ingénieuse idée de proposer à ses clients des placements d'argent du type de ceux que l'on a vu fleurir en Albanie, dans bien des pays d'Amérique latine et, plus récemment, aux Etats-Unis avec l'affaire Madoff. Taux d'intérêt : 200%.

    D'abord ouverts aux seuls fidèles d'une de ces églises qui, au Bénin, foisonnent et recrutent à tour de bras – sans qu'on sache comment d'ailleurs –, les bureaux d'ICC-Services ont vite fait de pousser comme des champignons sur toute l'étendue du territoire national, et les clients à la recherche du gain facile ne se sont pas fait prier. Tant et si bien que la mobilisation de l'épargne a presque atteint les cent milliards de francs CFA [152 millions d'euros]. Le versement des intérêts des épargnants se faisant attendre, les Béninois ont découvert un jour de juillet que ICC-Services n'était en réalité qu'une vaste escroquerie financière aux ramifications multiples. Entre temps, des familles entières se sont dépouillées de leurs maigres ressources, des hommes d'affaires se sont laissé tenter, des fonctionnaires ont mis la main dans les caisses de l'Etat pour le placer à ICC-Services, et tout l'argent est parti en fumée. Pour l'opposition, le gouvernement est coupable de n'avoir pas pris en compte les réactions des banques légales et de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'ouest (BCEAO).

    Le régime a tenté de se rattraper en procédant à l'arrestation et l'incarcération de personnes impliquées dans ce scandale. Il a aussi procédé à la saisie des biens d'ICC-Services et au recensement des épargnants, en vue de leur remboursement. Mais il n'en reste pas moins que l'on a déjà enregistré des cas de suicide parmi les épargnants qui avaient misé toute leur fortune.


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