• Le G20 et la grande bataille des taux de change

    Le G20 et la grande bataille des taux de change

    Editorial

    U ne grande bataille commence - celle des taux de change entre les principales monnaies. Ce n'est pas qu'une affaire de spécialistes. Des millions d'emplois, voire des dizaines de millions, sont en jeu, aux Etats-Unis, en Europe, en Asie. En ces temps de globalisation accrue, quand le commerce extérieur est plus que jamais l'une des sources de la croissance, les taux de change sont un élément-clé des relations entre grandes zones économiques. Les taux de change conditionnent une partie de l'emploi ou une fraction du chômage chez nous.

    La bataille doit avoir lieu au G20, que la France va présider à partir de novembre. Le G20 rassemble les grandes économies du Nord - aujourd'hui fatiguées - et celles du Sud émergent, conduites par la Chine et quelques autres pays du même genre : dopés aux amphétamines de l'énergie et de l'optimisme.

    Les premiers tirs sont venus cette semaine de Washington, avec les critiques portées jeudi 16 septembre à l'encontre de la Chine par le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner. Une fois de plus, M. Geithner s'en est pris à la sous-évaluation de la monnaie chinoise, le yuan. Celle-ci donne un avantage énorme aux exportations chinoises aux Etats-Unis : exprimés en dollars, leurs prix sont de 15 à 20 % moins élevés que ceux des concurrents américains. Le secrétaire au Trésor a déclaré qu'il porterait l'affaire devant le G20.

    On dira que M. Geithner agit sous la pression d'un Congrès d'humeur de plus en plus protectionniste, particulièrement dans les rangs du Parti démocrate. On dira que les élus eux-mêmes sont sous la pression de leurs mandants : le taux de chômage atteint presque 10 % aux Etats-Unis. On dira que le problème n'est pas forcément ou uniquement celui du taux de change du yuan, mais plutôt le fait que la Chine gèle une énorme masse d'épargne en dollars avec les revenus de ses exportations.

    Il reste que M. Geithner - un ami de la Chine, pays où il a longtemps vécu - a raison. L'avantage comparatif injuste dont Pékin bénéficie avec ce taux de change pérennise un déséquilibre structurel majeur dans l'économie mondiale.

    D'un côté, une gigantesque machine à exporter (et épargner), de l'autre, les destinataires (l'Europe et les Etats-Unis), gargantuesque machine à consommer et à s'endetter... " Y'a comme un défaut ", aurait dit feu l'humoriste Fernand Raynaud !

    Les Chinois en sont conscients. Ils ont commencé en août à prendre des mesures pour rapprocher le yuan du statut de devise internationale. Ce qui a notamment pour objet d'en relever la valeur par rapport aux autres - et vraies - grandes devises, le dollar et l'euro. Mais les Chinois évoluent doucement, trop doucement. Et cela ne suffira pas. Pour aller vers un système de change plus serein, il faut aussi poser la question du statut du dollar, principale monnaie de réserve mondiale.

    C'est ce qu'entend faire avec raison Nicolas Sarkozy lors du G20. Il veut réfléchir à une monnaie de réserve qui ne soit plus émise par un seul pays. Il faut le soutenir dans cette bataille.


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