• Le grand basculement planétaire vers l'Asie

    Le grand basculement planétaire vers l'Asie
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    05 Janvier 2010 Par   Philippe Riès 

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    ·  C'est l'année du Tigre et l'Asie émergente y entre en rugissant. En 2009, <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Chine" st="on" w="#DEFAULT">la Chine</st1> est devenue le premier exportateur mondial, détrônant le champion allemand. En 2010, elle poussera le Japon hors de la seconde marche du podium de l'économie mondiale, où il s'était installé depuis plusieurs décennies derrière les Etats-Unis. Même s'il faut relativiser la pertinence de tels classements, la tendance n'est pas contestable, ni rassurante. <o p="#DEFAULT"></o>

     <o p="#DEFAULT"></o> «<st1 personname="#DEFAULT" productid="La Grande Récession" st="on" w="#DEFAULT">La Grande Récession</st1> a ravagé l'équilibre de la puissance économique et financière qui était en place depuis l'éclatement du système de Bretton Woods au début des années 70», écrit Kenneth Courtis dans une présentation récente qui analyse en détail cette accélération du basculement vers l'Asie. «Le glissement vers l'Asie du centre de gravité économique mondial est séculaire et en marche depuis plusieurs décennies», rappelle l'ancien vice-président de Goldman Sachs en Asie, où il fut auparavant chef économiste de <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Deutsche Bank." st="on" w="#DEFAULT">la Deutsche Bank.</st1> «Mais, poursuit-il, il n'y a aucun doute que la crise a accéléré ce basculement.»<o p="#DEFAULT"></o>

     <o p="#DEFAULT"></o> Les puissances dominantes, en Amérique du Nord mais aussi en Europe, sortent de la crise financière avec des finances publiques dévastées par le sauvetage des banques et le financement de plans de relance aux effets limités. Et un potentiel de croissance durablement affaibli, quand il ne l'était pas déjà. En 2009, le PIB des Etats-Unis aura reculé de 2,6%, celui de la zone euro de 4%, quand le Japon chutait de 6% et le Royaume-Uni de 4,2%.<o p="#DEFAULT"></o>

     <o p="#DEFAULT"></o> En Asie, <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Chine" st="on" w="#DEFAULT">la Chine</st1> fera encore 9,4% de croissance (c'est-à-dire mieux qu'en 2008) et l'Inde 6%. Des six «majors» de l'Asie émergente, seules Taiwan (en recul de 4,8%) et <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Corée" st="on" w="#DEFAULT">la Corée</st1> du Sud (+0,3% seulement) ont vraiment traversé un trou d'air.

    Mais dès 2010, <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Chine" st="on" w="#DEFAULT">la Chine</st1> doit retrouver un taux de croissance à deux chiffres, et les autres locomotives asiatiques enregistreront des rythmes de progression élevés. Selon Themes Investment Management (TIM), la firme d'investissement dont Ken Courtis est le partenaire fondateur, les perspectives à moyen terme ne peuvent que confirmer le basculement. Pour la période 2011-15, elle prévoit une croissance moyenne de 8% en Chine, de 7,7% en Inde, 6,8 % au Viêtnam et 6,7% en Indonésie. Et le reste de l'Asie émergente à l'avenant. A comparer avec 1,8% seulement pour la zone euro et 3% aux Etats-Unis.

    En 2009, <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Chine" st="on" w="#DEFAULT">la Chine</st1> toujours formellement communiste est devenue le premier marché automobile au monde alors que le Trésor américain procédait à la nationalisation de fait de General Motors, l'ancien numéro un mondial mis en faillite, et que les herbes folles envahissent des quartiers entiers de Detroit, la citadelle déchue des «belles Américaines».<o p="#DEFAULT"></o>

    Ce n'est qu'une des illustrations, la plus dramatique sans doute, du transfert vers l'Asie de la base manufacturière mondiale. En 1992, la production manufacturière chinoise représentait à peine un cinquième de celle des Etats-Unis. En 2012, vingt ans plus tard, ce ratio dépasserait 80%. En 2009, <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Chine" st="on" w="#DEFAULT">la Chine</st1> aura produit 650 millions de tonnes d'acier, les Etats-Unis... 70 millions. Comme l'indique TIM, la liste des produits pour lesquels <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Chine" st="on" w="#DEFAULT">la Chine</st1> est déjà ou va devenir rapidement le premier marché mondial est presque illimitée. Elle va des téléphones portables à l'ameublement, des téléviseurs aux avions civils, du soja au ciment...
    Juste retour du balancier ? En 1820, quand l'Europe occidentale, entraînée par l'Angleterre, entamait tout juste la révolution industrielle qui allait changer la face du monde, l'empire du Milieu pesait plus du tiers de l'économie mondiale. En 1973, après un siècle et demi de décomposition dynastique, d'anarchie meurtrière et de «socialisme réel» version maoïste, le poids économique de <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Chine" st="on" w="#DEFAULT">la Chine</st1> était tombé à moins de 5% du PIB mondial. Près de 10% aujourd'hui, pas loin de 15% en 2018 et quelque 23% en 2050, si on suit les prévisions de TIM: le redressement est aussi spectaculaire par son ampleur que par sa rapidité. <o p="#DEFAULT"></o>

    Le poids de <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Chine" st="on" w="#DEFAULT">la Chine</st1> dans l'économie mondiale <o p="#DEFAULT"></o>

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    En stock, en richesse accumulée, les vieilles puissances occidentales, à la démographie déclinante, restent certes très loin devant le monde émergent, où des centaines de millions d'individus vivent encore sous le seuil de pauvreté, y compris en Chine. Mais la capacité à créer de la richesse nouvelle s'est elle aussi déplacée vers l'Asie. L'équipe de Ken Courtis estime qu'entre 2006 et <st1 metricconverter="#DEFAULT" productid="2015, l" st="on" w="#DEFAULT">2015, l</st1>'Asie émergente aura créé l'équivalent de 7.400 milliards dollars de richesse nouvelle (dont 4,7 milliards pour la seule Chine) alors que le monde déjà (encore?) riche (Etats-Unis, zone euro, Japon et Royaume-Uni) ne se sera enrichi que de 6.650 milliards (dont 2.500 milliards en zone euro).

    Inutile de préciser que ces chiffres ne disent rien sur la répartition de la richesse ainsi créée, sur sa durabilité (la crise financière a recalé brutalement certains compteurs), sur l'équilibre actif/passif des comptes nationaux. Mais la réalité ainsi décrite, même imparfaitement, ne laisse aucun doute: la croissance forte, la création de valeur, les réserves financières, le dynamisme économique et l'optimisme sont à l'Orient, extrême ou lointain. Les dettes, les déficits, la croissance molle, la crise sociale, le doute et le pessimisme à l'Occident. <o p="#DEFAULT"></o>

     Comme l'écrit encore Ken Courtis, «le basculement est économique, industriel et financier. Il est toujours plus technologique, social et culturel. Il est aussi fondamentalement politique». De cela, les évidences se ramassent à la pelle, jusqu'à tout récemment, de l'échec de Copenhague sur la résistance de <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Chine" st="on" w="#DEFAULT">la Chine</st1> qui réussit à coaliser les intérêts des pays pauvres pourtant distincts des siens jusqu'au contrat nucléaire à Abou Dhabi où l'industrie sud-coréenne vient de rabattre le caquet de Français trop sûrs d'eux. <o p="#DEFAULT"></o>

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    <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Chine" st="on" w="#DEFAULT">La Chine</st1> met en service son propre TGV, lance la construction d'avions de ligne «Made by Chinese» tandis que ses constructeurs automobiles font leur shopping aux soldes de l'industrie américaine et européenne.

    «Des changements dans l'équilibre global des forces de l'ampleur et de la puissance de celui auquel nous assistons aujourd'hui sont extrêmement rares», explique Courtis. «Mais quand ils se sont produits – comme lors de montée en puissance de l'Amérique au XIXe siècle ou avec l'émergence de l'Allemagne et du Japon – les systèmes économiques et politiques de la planète ont subi de puissantes convulsions.»<o p="#DEFAULT"></o>


    Il y a maintenant précisément vingt ans, au début de l'année 1990, que la bulle spéculative japonaise explosait, plongeant la deuxième économie mondiale dans ce qu'on a appelé un peu vite la «décennie perdue» puisqu'une deuxième a suivi. Un phénomène dont la genèse et le développement ont été si peu et si mal compris qu'aucune des importantes leçons n'en a été tirée, à preuve la crise financière asiatique de 1997-98 qui touche à la périphérie du système puis celle dite des «subprime» qui va le frapper au cœur.

    Pour les nations occidentales confrontées au grand basculement planétaire, le parcours du Japon est pourtant riche d'enseignements. Sur les limites de la politique monétaire dans le pilotage de la croissance, sur l'impasse de l'endettement public comme instrument de la «relance» ou de la croissance, sur le danger de repousser indéfiniment la reconstruction d'un modèle de croissance à bout de souffle, sur l'impossibilité du statu quo politique et social. Le Japon avait construit sa propre version de l'économie, de la société et de la démocratie occidentales, dans l'ombre longtemps menaçante de la masse continentale chinoise et, depuis 1945, à l'abri du parapluie nucléaire américain. <o p="#DEFAULT"></o>

    <o p="#DEFAULT"> </o> Autre chose: croire que la crise financière mondiale «Made in America» n'était qu'un accident de parcours, une parenthèse désagréable, préparerait des lendemains qui déchanteront plus encore.<o p="#DEFAULT"></o>

    Aujourd'hui, comme le souligne encore Ken Courtis, le Japon est «piégé dans un modèle épuisé de croissance tirée par les exportations, une démographie débilitante, une déflation rampante et une quasi-absence de croissance». Il est trop pour dire si la défaite historique en 2009 des conservateurs du PLD, au pouvoir pratiquement sans interruption depuis un demi-siècle, marque la rupture qui permettrait au Japon de relever un défi proprement existentiel. <o p="#DEFAULT"></o>

     <o p="#DEFAULT"></o> Les signes sont là, certes discrets, qui pointent dans deux directions, aux implications géostratégiques majeures: d'un côté l'embrassement de l'Asie, marqué entre autres choses par l'ouverture vers la  Corée du Sud et surtout <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Chine" st="on" w="#DEFAULT">la Chine</st1> (visite plus que symbolique à Pékin du «shogun de l'ombre» du nouveau pouvoir démocrate Ichiro Ozawa à la tête de 600 parlementaires et autres responsables nippons). De l'autre, une volonté de s'extirper d'une relation pathologique de dépendance, économique comme politique vis-à-vis de la puissance tutélaire américaine. Barack Obama ne s'y est pas trompé qui a entamé au Japon sa première grande tournée asiatique.

    Le rapprochement entre Tokyo, Pékin et Séoul est une condition nécessaire, sinon suffisante, à la création d'une architecture projetant en institutions régionales asiatiques le grand basculement planétaire. La multiplication des accords de libre échange (celui entre la Chine et l'Asean est entré en vigueur le 1er janvier), le renforcement de la coopération monétaire à la faveur de la crise financière, le rapatriement progressif de l'intermédiation de l'épargne régionale vers Singapour et Hong Kong (lui aussi favorisé par les débâcles de Wall Street et de <st1 personname="#DEFAULT" productid="la City" st="on" w="#DEFAULT">la City</st1>), l'émergence si longtemps attendue de marchés obligataires nationaux (hors Japon) et régionaux, peuvent être considérés comme autant de pierres apportées à l'édifice.

    Très révélatrice est la montée en puissance de forums régionaux qui excluent les Etats-Unis face à ceux qui, comme l'APEC, avaient été au contraire conçus pour maintenir la puissance impériale américaine au carrefour des interactions régionales. Le fait que le consommateur américain ne soit plus là pour absorber dans les mêmes proportions les exportations asiatiques inscrit la relation trans-pacifique sur une trajectoire nouvelle. <o p="#DEFAULT"></o>

    Il restera pourtant en héritage empoisonné de cette première décennie du troisième millénaire la dette financière vertigineuse contractée par «l'hyper-puissance» américaine vis-à-vis des ateliers mercantilistes de l'Asie orientale, Chine en tête. Rappelons que, de janvier 2001 à avril 2009, les réserves officielles chinoises sont passées de 200 à 2.000 milliards de dollars.

    «<st1 personname="#DEFAULT" productid="La République" st="on" w="#DEFAULT">La République</st1> populaire de Chine, souligne à ce propos Ken Courtis, a créé une dynamique qui permet à l'Etat de récolter systématiquement plus que sa part des fruits du développement économique et du progrès», comme en témoignent ces réserves de change qui équivalent à 50% du PIB. «Cet ‘échange inégal' ne peut se révéler durable qu'aussi longtemps que <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Chine" st="on" w="#DEFAULT">la Chine</st1> maintient une forte croissance ainsi qu'un contrôle politique et social vigoureux.»<o p="#DEFAULT"></o>

    La crise financière puis économique mondiale, en provoquant une chute brutale des exportations et en imposant au régime de Pékin un effort sans équivalent dans le monde, signale que l'heure a sonné d'un rééquilibrage de la croissance chinoise, des producteurs vers les consommateurs, des investissements productifs vers les investissements sociaux. La consommation des ménages ne pèse que 34% du PIB chinois, contre une moyenne de 61% cent pour le reste du monde.

    «La manière dont cette transition est gérée est cruciale pour la stabilité à long terme de <st1 personname="#DEFAULT" productid="la Chine" st="on" w="#DEFAULT">la Chine</st1>, celle du reste de l'Asie et au-delà du monde lui-même», conclut Courtis. Mais c'est d'un défi collectif qu'il s'agit : «Les bénéficiaires du statu quo ont toujours du mal à accepter le changement tandis que les nouveaux centres de pouvoir émergents ont typiquement tout autant de difficulté à s'adapter à leur nouvelle position et à leur rôle mondial.»

    A l'évidence, les éléments qui pourraient venir perturber ou ralentir le grand basculement planétaire vers l'Asie ne font pas défaut: des relations entre pays voisins lourdement chargés de contentieux historiques aux tensions monétaires, des rivalités monétaires provoquées par la sous-évaluation du yuan chinois, des revendications territoriales non soldées. Sans compter des institutions politiques et juridiques encore perfectibles (c'est un euphémisme). D'autres s'y sont cassé les dents, à commencer, en Asie même, le Japon triomphant des années 1980 (quand Ezra Vogel publiait son célèbre Japan as Number One).

    Toutefois, la bonne réponse européenne à cette redistribution des cartes n'est certainement pas de s'en remettre à une défaillance toujours possible de la nouvelle puissance montante. Rappelons-nous que le XXe siècle a commencé par le suicide collectif des Européens dans les tranchées de Verdun, qui contribuera de manière décisive à l'hégémonie américaine et au passage de témoin d'une rive à l'autre de l'Atlantique (d'autant mieux que le Vieux Continent allait remettre le couvert en 1939). <o p="#DEFAULT"></o>


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