• « Le grand déballage ne fait que commencer »

    Sylvain Raynes expert en produits structurés

    « Le grand déballage ne fait que commencer »  

    Ex-analyste de Moody’s et fondateur du cabinet de conseil R&R Consulting, spécialisé dans les produits structurés, Sylvain Raynes est professeur de finances au Baruch College à New York et coauteur d’« Elements of Structured Finance » (Oxford University Press) avec Ann Rutledgesre.

    Quelles peuvent être les conséquences les plus plausibles de la plainte de la Securities and Exchange Commission (SEC) contre Goldman Sachs ?

    D’abord, n’oublions pas que ce n’est pas la première fois que Goldman Sachs voit sa réputation mise en cause. Déjà, en 1929, la firme avait été confrontée à l’effondrement de son fonds Goldman Sachs Trading Corp. et avait vu sa réputation entachée des années durant. Cette fois-ci, il est probable que cette affaire se soldera par le paiement d’amendes significatives. La firme va passer par un moment difficile où elle va devoir se défendre face à ces accusations graves de conflit d’intérêts. Le cas est d’autant plus grave que Goldman Sachs semble avoir volontairement menti sur la nature des produits structurés. Lorsque la SEC, qui est un organe fédéral, introduit ainsi une plainte, on peut dire que Goldman Sachs est déjà pratiquement considéré comme coupable à 90 %, le fardeau de la preuve incombant désormais à la défense. Il est probable qu’ils aient déjà en vue une forme d’arrangement avec la SEC. Le trader Fabrice Tourre, qui a sans doute une responsabilité minime dans cette affaire, sera probablement licencié et servira de bouc émissaire. En temps normal, cela aurait dû se solder par une transaction (« settlement ») ; mais Goldman Sachs est aujourd’hui tellement sous les projecteurs que la SEC a dû rendre publique sa plainte dans le contexte actuel.

    Comment considérez-vous le rôle du fonds Paulson & Co. et comment expliquer qu’il ne soit pas visé directement par la plainte ?

    Légalement, il n’est pas responsable car il n’a pas eu de rôle principal dans l’origination des produits. C’est ACA Management, un petit intermédiaire ayant disparu depuis, qui aurait dû techniquement sélectionner les actifs. Apparemment, cela s’est passé différemment. Sur le plan moral, les choses pourraient être considérées d’une autre manière. L’usage des « credit default swaps » (CDS) pour parier sur la crise du « subprime » est un énorme problème qui a démultiplié les risques. Mais il est probable que Paulson & Co. a choisi de coopérer avec la SEC dans cette affaire.

    Pensez-vous que cette plainte puisse déboucher sur d’autre recours, voire d’une « class actions » contre Goldman Sachs ?

    Je ne crois pas tellement à un déluge de « class actions ». Mais certains investisseurs européens comme IKB et ABN AMRO, qui ont perdu 1 milliard de dollars dans cette affaire, pourraient certainement engager des actions. Le grand déballage ne fait que commencer. Goldman Sachs n’est pas la seule banque à avoir joué avec les produits structurés : TCW, Société Générale, Calyon ou Tricadia sont aussi concernés… En tout cas, l’époque où « Government Sachs » était tout puissant est révolue. Il souffle désormais un vent nouveau à Washington. Pour des raisons politiques, il sera sans doute nécessaire de punir quelqu’un pour l’exemple.

    Propos recueillis par P. DE G.

    Sylvain Raynes.

     

    Quoi des banques françaises !!


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