• Le manque d'argent menace la lutte contre le sida

    Le manque d'argent menace la lutte contre le sida

    La crise économique va peser sur la conférence mondiale consacrée au VIH qui s'ouvre dimanche à Vienne

     

    Dépistage volontaire pour tous, traitement simplifié administré plus tôt, avancées dans la mise au point d'un vaccin : ces objectifs seront au coeur de la 18e Conférence internationale sur le sida, qui rassemblera à Vienne, du 18 au 23 juillet, plus de 20 000 chercheurs, médecins et membres d'associations autour d'une maladie responsable de 2 millions de morts par an. Mais la question qui dominera les discussions de Vienne sera le financement de la lutte contre le sida, actuellement confronté à un défi majeur.

    La crise économique contraint en effet tous les pays donateurs à ajuster leur budget, voire à réduire leur aide. Le nombre de personnes infectées par le virus VIH, lui, ne cesse de croître. Sur les 15 millions d'individus séropositifs ayant besoin d'un traitement dans les pays à faible ou moyen revenu, près de 10 millions n'en reçoivent toujours pas. Or l'accès universel au traitement se révèle d'autant plus urgent qu'il constitue le pilier de la nouvelle stratégie prônée par le programme Onusida, qui coordonne l'action des différentes agences des Nations unies contre la maladie, et préconise d'utiliser la trithérapie comme arme préventive contre la transmission du VIH.

    Plus de 30 millions de personnes dans le monde vivent actuellement avec le virus VIH. L'immense majorité de ces séropositifs vivent dans l'hémisphère Sud, dont près des deux tiers en Afrique subsaharienne. C'est à ces pays " à revenu faible et intermédiaire " que s'adressent les dons récoltés par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la malaria et la tuberculose, partenariat public-privé qui constitue désormais le premier organisme financier au monde en matière d'aide sanitaire. Auquel il faut ajouter, en matière de lutte anti-sida, le très conséquent Plan d'urgence du président des Etats-Unis contre le sida (Pepfar), dont les fonds, essentiellement publics, sont avant tout destinés à des accords bilatéraux.

    Depuis sa création en 2002, le Fonds mondial a consenti près de 11 milliards de dollars (8,5 milliards d'euros) à la lutte contre le sida, pour des projets répartis entre 140 pays. Le Pepfar, fondé en 2003, lui a consacré 26 milliards de dollars.

    Cet effort conjugué est allé croissant ces dernières années, et a permis d'enregistrer de réels progrès, tant dans la réduction de la mortalité que dans celle des hospitalisations et des nouvelles infections par le VIH. Mais pour lutter de façon idéale contre la pandémie (accès universel à la prévention, au traitement et à la prise en charge), Onusida estime que les bailleurs de fonds internationaux devraient disposer, pour la seule année 2010, de 25 milliards de dollars. Soit 11,3 milliards de dollars de plus que la somme disponible aujourd'hui.

    Qu'en sera-t-il pour les années à venir, alors que la rigueur budgétaire frappe de plein fouet les pays du Nord, jusqu'alors - et de très loin - les principaux donateurs ? A l'automne 2010 se tiendra la prochaine conférence de reconstitution du Fonds mondial, durant laquelle la communauté internationale s'engagera pour les trois années à venir.

    Un rendez-vous crucial pour le combat contre les trois pandémies que sont le sida, la tuberculose et le paludisme, au sujet duquel Michel Kazatchkine, directeur exécutif du Fonds mondial, ne cache pas son inquiétude. " L'objectif de réunir 17 milliards de dollars pour la période 2010-2013 peut paraître très ambitieux, mais il ne s'agit que de reconduire les efforts accomplis ces dernières années ", souligne-t-il.

    Si tous les donateurs parlent de la crise, les attitudes varient toutefois d'un pays à l'autre. " Certains pays diminuent tous leurs budgets. C'est le cas des Pays-Bas ou de l'Espagne. D'autres, comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis, affirment leur volonté de maintenir le budget dédié à l'aide publique au développement ", détaille M. Kazatchkine.

    Le soutien des pays occidentaux au Fonds mondial n'en est pas moins fragilisé, et c'est du côté des pays émergents que se portent désormais les espoirs et les efforts de persuasion de ses émissaires. Notamment vers la Chine, pays auquel le Fonds a apporté depuis sa création plus d'un milliard de dollars, soit 30 % des ressources consacrées à la lutte contre le sida dans le pays. Contre un don, en retour, de 16 millions de dollars.

    " La Chine a deux choix possibles, analyse M. Kazatchkine : continuer à recevoir de l'aide, ou entrer dans la gouvernance globale du Fonds. Nous souhaitons aller vers la deuxième option. Si la Chine le fait, d'autres pays émergents suivront son exemple : le Brésil bougera, l'Inde aussi. "

    Paul Benkimoun et Catherine Vincent


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