• Le modèle social freine-t-il la reprise économique en France ?

    Le modèle social freine-t-il la reprise économique en France ?

    Utile en temps de crise, dessert-il la croissance ? Faut-il réformer le marché du travail? Pourquoi l'Allemagne creuse-t-elle l'écart ?

     

     

    Comparaison n'est pas raison. Mais il y a de quoi être interpellé par certains chiffres. Par exemple, celui relatif à la croissance de l'économie française. Au deuxième trimestre de cette année, la hausse du produit intérieur brut (PIB) a été de 0,6 %. C'est mieux que prévu (0,5 %). Mais loin du 1 % réalisé dans la zone euro. Et, surtout, sans commune mesure avec le + 2,2 % affiché par l'Allemagne.

    Un tel écart conduit à se demander si la France n'est pas en train de rater le train de la reprise. Il revient, aussi, à (re)poser la question du système social français, plus protecteur des citoyens que dans les autres pays de l'Union européenne, qui a permis d'atténuer la récession et ses effets, mais dont on peut se demander s'il ne constitue pas un poids en sortie de crise et s'il ne faut pas le réformer. Comme l'a fait l'Allemagne, justement.

    Il faut d'abord relativiser ces dernières données trimestrielles, selon les économistes. " Si l'on retire le chiffre allemand, la progression moyenne du PIB au deuxième trimestre dans la zone euro a voisiné avec + 0,4 % ", relève Mathieu Plane, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Quant à l'Allemagne, " le recul y avait été plus fort qu'en France durant la crise ", rappelle Mathilde Lemoine, directrice des études économiques chez HSBC France. Traduction : plus la chute est importante, plus le rebond est fort.

    Le décalage français Le PIB allemand a baissé de 4,7 % en 2009, contre - 2,6 % pour le PIB français. A la fin de l'année, l'Allemagne devrait afficher une croissance de + 3 %. La France attend + 1,4 %. " La croissance moyenne, en glissement annuel, côté français, reste supérieure à celle observée côté allemand : + 1,8 % sur la période 1998-2010, contre + 1,1 % ", insiste Mathilde Lemoine.

     

    La moindre performance trimestrielle française - relativement à l'Allemagne - tient pour une large part, selon les économistes, à une moindre dépendance aux exportations : 30 % du PIB côté français, 50 % côté allemand. En 2009, cette caractéristique a fait que l'économie française a été un peu moins touchée par la crise.

    Aujourd'hui que le commerce mondial repart, elle n'en profite pas pleinement. " En Allemagne, les exportations sont en hausse de 18 % sur un an, contre 9,9 % en France ", note Sylvain Broyer, économiste chez Natixis. " La principale difficulté de la France c'est que, contrairement à l'Allemagne, elle ne dispose pas de la capacité à s'accrocher à la dynamique mondiale. Notamment à celle, très forte, des marchés émergents ", relève Nicolas Bouzou, directeur de la société Asterès.

    L'autre facteur qui explique le " décalage " français, c'est le poids du système social dans l'économie nationale. Les transferts sociaux (prestations sociales, fiscalité), mais aussi la structure du marché du travail, jouent un rôle d'" amortisseur en période de crise ", mais ont " un effet boulet en période de reprise ", remarque Nicolas Bouzou.

    Un coussin de sécurité " Les prestations de protection sociale représentaient 44 % du revenu disponible brut des ménages français en 2007 en France, détaille Mathilde Lemoine. L'ampleur des variations de ce revenu, à la hausse comme à la baisse, est donc limitée par ces dépenses publiques. " Cela a un impact sur la consommation, qui est la principale composante de la croissance en France : pendant la crise, les transferts sociaux ont contribué à soutenir - relativement - les revenus et donc la demande ; avec la reprise, " l'augmentation des recettes fiscales limite la croissance du revenu disponible, les transferts se réduisent ", explique Mathilde Lemoine.

    " La variation de l'emploi très faible " est une autre caractéristique française, rappelle Sylvain Broyer. " C'est un coussin de sécurité en période de récession car cela soutient la consommation. Mais, lorsque cela repart, il y a aussi une moindre hausse de l'emploi et donc de la consommation, de l'investissement... " Ce qui se traduit dans les chiffres d'évolution du PIB.

    Le modèle allemand Faut-il, dès lors, réformer ce " modèle social " ? C'est ce qu'a fait l'Allemagne ces dernières années, rappellent les économistes, qui, pour un certain nombre, estiment qu'elle en tire aujourd'hui les bénéfices. Avec les lois Hartz, entre 2003 et 2005, puis l'" Agenda 2010 ", les Allemands ont réduit la durée des prestations chômage, les prestations sociales et les dépenses d'assurance-maladie. " Ils ont aussi revu la fiscalité, augmenté la TVA, réformé des retraites ", rappelle Sylvain Broyer.

    La part des dépenses publiques dans le PIB en Allemagne est passée de 48,5 % en 2003 à 43,7 % en 2008 - remontant à 47,6 % en 2009 avec la crise, contre 55,6 % en France. Le taux de prélèvements obligatoires était de 39,5 % en Allemagne en 2008, contre 42,8 % en France.

    Réformer le fonctionnement du marché du travail " En allégeant la fiscalité sur les entreprises et le travail, en transférant une partie sur la TVA, l'Allemagne a facilité considérablement la tâche des entreprises et leur capacité à exporter ", avance Nicolas Bouzou, qui ajoute qu'" à partir du moment où l'Allemagne a engagé ces réformes, sa croissance a accéléré ".

    " Le redressement " de l'économie française implique de " sortir d'un développement axé sur la consommation, alimentée par des transferts sociaux financés par la dette ", avance l'économiste Nicolas Baverez. La " priorité absolue ", explique-t-il dans une chronique publiée dans Le Point daté du 2 septembre, porte sur " la baisse drastique des dépenses publiques " ainsi que sur " la reconstitution d'une offre compétitive ". Afin, notamment, d'être plus présent à l'exportation.

    Pas besoin de jouer la compression des salaires comme en Allemagne, disent toutefois Mathilde Lemoine et Sylvain Broyer car, selon eux, la " compétitivité coût du travail " reste meilleure en France. Mais il faudrait réformer le fonctionnement du marché du travail, " car nous avons raté le coche sur ce plan par rapport aux Allemands ", avance Michel Didier, président du Centre d'observation économique et de recherche pour l'expansion de l'économie et le développement des entreprises (COE-Rexecode).

    Concurrence fiscale Et la France ne devrait pas échapper à une baisse de la fiscalité sur les entreprises, selon Sylvain Broyer car, explique-t-il, " il y a une concurrence fiscale commune à l'ensemble de la zone euro ", l'Allemagne ayant " réduit l'impôt sur les sociétés parce que l'Autriche l'avait fait et que, chez ses voisins de l'Est, il est quasi nul ".

    Le gouvernement a engagé la réforme des retraites. Il a également annoncé sa volonté de réduire les dépenses publiques. Notamment les crédits d'interventions, c'est-à-dire les aides économiques et sociales : - 10 % sur trois ans, soit - 4 milliards d'euros dès 2011. Nicolas Sarkozy a également insisté, en juillet, sur la nécessité de réduire les écarts de compétitivité en Europe. En commençant par ceux entre la France et l'Allemagne. Il n'a toutefois pas précisé, à ce stade, ce qu'il avait en projet.

    Philippe Le Coeur


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :