• Le néolibéralisme : l’ennemi européen à abattre

    Le néolibéralisme : l’ennemi européen à abattre

     The Guardian Londres



    Scène tirée du film d'animation Logorama.

     

    La réinvention politique de l’Europe passe avant tout par la lutte sociale contre les politiques néolibérales. Car c’est en les appliquant que les «gestionnaires européens» ont plongé dans le marasme le continent et son grand projet, l’euro, explique l’économiste suisse Christian Marazzi.

    L’accumulation des dettes publiques des Etats membres a provoqué la crise de la dette souveraine européenne, mais ce sont les mesures mises en œuvre pour sauver les banques après la crise de 2008 qui l’ont aggravée. On peut aujourd’hui en conclure : 1) qu’il n’existe pas de monnaie sans Etat ; 2) que le marché est incapable de gérer seul le capitalisme ; et 3) que les mesures d’austérité ne sortiront pas l’Europe de la crise et qu’elles risquent au contraire d’empirer les choses et de provoquer, à terme, l’effondrement de l’euro.

    Ce qu’il faut surtout retenir de la crise toutefois, c’est que la réinvention politique de l’Europe passe impérativement par la lutte sociale contre les politiques néolibérales. Le néolibéralisme, cette idée absurde d’une gouvernance économique uniquement fondée sur le marché et sa capacité à s’autoréguler, entretient l’illusion selon laquelle l’Europe peut fonctionner sans leader, mais avec un euro qui, jusqu’à présent, tente de gommer les différences sociales et économiques nationales dans la logique des marchés financiers.

    Et pourtant, les hommes politiques européens ne semblent avoir d’autre choix que de continuer de recourir au langage du néolibéralisme pour affronter la crise et faire face aux conflits sociaux qui risquent de se multiplier dans les mois à venir. Il n’y a pas de gouvernement européen, il n’y a que des gestionnaires chargés d’appliquer les mesures d’austérité et de répression.

    Le fossé entre pays prospères et pays faibles se creuse toujours plus

    Les tests de résistance [stress test] auxquels ont été soumises les banques européennes n’ont pas eu les résultats escomptés. Ils n’ont fait que donner un nouveau souffle aux banques françaises et allemandes qui avaient été exposées aux dettes souveraines des Etats de la périphérie de l’Union européenne. Le récent succès économique de l’Allemagne – qui repose sur une hausse des exportations, en particulier vers des pays situés à l’extérieur de la zone euro – ne suffira pas à inverser la tendance.

    En réalité, le fossé entre les pays prospères et les pays plus faibles ne peut que se creuser davantage, notamment en raison des politiques de la Banque centrale européenne (BCE). Ce n’est qu’une question de temps avant que l’Allemagne abandonne l’euro. La sortie de la Grèce ou de l’Espagne de la zone euro ne réussira pas à mettre fin aux divisions qui règnent au sein du bloc central de l’UE et entre l’Allemagne – qui s’intéresse plus aux marchés asiatiques et sud-américains – et la France, qui a perdu, depuis quelque temps, beaucoup de sa puissance économique et de sa crédibilité politique.

    La déseuropéanisation de l'Europe

    La crise américaine et le ralentissement de la croissance dans des pays tels que la Chine, l’Inde et le Brésil risquent de donner le coup de grâce* à l’euro et à la volonté politique de défendre le projet européen. L’épuisement des mesures de relance mises en œuvre par le gouvernement Obama et la Réserve fédérale américaine (Fed), le ralentissement de la croissance chinoise pour freiner l’expansion de la bulle immobilière et la hausse des taux d’intérêt en Inde dans un contexte d’inflation croissante mettront en échec toute tentative de relancer l’économie européenne. Ces pays seront en effet tentés de profiter de la faiblesse de l’euro et de la force de l’économie allemande.

    Dans ce contexte, les mesures d’austérité imposées à l’ensemble des pays de la zone euro ne pourront être mises en œuvre. Les Etats membres se désengageront du plan de stabilité, ce qui aura des répercussions importantes sur les politiques économiques et sociales nationales – comme nous l’avons vu en Hongrie. Et nous assisterons sous peu à la déseuropéanisation de l’Europe.

    *En français dans le texte


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