• Le niveau d'endettement public atteint ses limites au Japon

    Le niveau d'endettement public atteint ses limites


    Tokyo Correspondant

                L'annonce, dimanche 14 février, par le ministre japonais des finances, Naoto Kan, du lancement d'une réflexion sur l'avenir de la fiscalité amorce un début de traitement du problème de la dette. Selon le FMI et le ministère des finances, la dette publique du Japon pourrait atteindre en 2010 226,2 % du PIB et 239,2 % en 2014. Comparée à celle des Etats-Unis (à 99,8 % en 2010), de la France (92,5 %) ou même de la Grèce (123,3 %), elle paraît vertigineuse.

    Comment le Japon peut-il se le permettre ? D'abord, le pays dispose d'importantes réserves de changes : 1 053 milliards de dollars fin janvier. Ensuite, " le Japon reste le principal créancier de la planète ", rappelle l'ancien vice-ministre des finances, Eisuke Sakakibara. Dans le même temps, la dette est majoritairement financée par le Japon lui-même. " C'est une dette due par le gouvernement à la population ", estime M. Sakakibara. Les bons du Trésor restent majoritairement acquis par les établissements financiers, qui puisent pour cela dans l'importante épargne des ménages nippons. Une épargne, qui s'élevait en 2009 à 1 410 000 milliards de yens (11 495 milliards d'euros), trois fois le PIB. La même année, 45 % de ces dépôts, 635 000 milliards de yens (5 177 milliards d'euros) finançaient la dette.

    " Utiliser l'épargne "

    Mais le niveau d'endettement japonais est en train d'atteindre ses limites. La faiblesse des rentrées fiscales et la hausse des dépenses ont conduit le gouvernement à décider l'émission de 44 000 milliards de yens (358 milliards d'euros) de bons en 2010, un montant identique à celui de 2009. Parallèlement, l'épargne stagne. Fin mars 2008, elle avait progressé de 1,7 % et plusieurs économistes s'attendent à ce qu'elle diminue dans les années qui viennent en raison de la baisse des salaires et de la hausse de la précarité.

    " A ce rythme, s'inquiète Atsushi Nakajima, chef économiste de l'institut de recherche Mizuho, le montant de la dette aura rattraper celui de l'épargne d'ici 5 à 10 ans ". Or, l'épargne ne peut être exclusivement consacrée aux déficits. Les entreprises en ont également un besoin crucial pour leur développement.

    Pour M. Nakajima, il s'agit d'" une bombe à retardement. Le gouvernement consacre déjà 20 % du budget au simple remboursement des intérêts ". Une inquiétude qui attise la défiance des agences de notation. Standard & Poor's a abaissé le 26 janvier son évaluation de la dette nippone et Moody's attend du Japon une réaction sous la forme d'" un cadre fiscal cohérent pour le moyen terme ".

    Les investisseurs commencent à limiter leurs achats de bons du Trésor. La poste japonaise, qui en détient la majorité, souhaite diversifier ses placements. A son entrée en fonctions en octobre 2009, Jiro Saito, nouveau président de Japan Post, a déclaré vouloir " utiliser l'épargne de la population pour répondre aux besoins du secteur privé ". M. Sakakibara reconnaît la nécessité d'agir pour que " le Japon s'assure de pouvoir rembourser à moyen et long termes ".

    Des signes comme autant d'appels à l'action. S'il ne peut compter sur l'inflation, le gouvernement mise sur la réduction des dépenses et désormais sur une réforme de la fiscalité. " A 25,1 % du revenu national, le poids de l'impôt reste l'un des plus bas des pays de l'OCDE ", observe Atsushi Nakajima.

    La question reste sensible. Si la réflexion doit commencer en mars, les premières décisions ne devraient pas intervenir avant l'automne. En juillet, il y a des élections sénatoriales, importantes pour la majorité.

    Ph. Me.


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