• Le plan de relance chinois est une bombe à retardement pour le secteur financier

    Le plan de relance chinois est une bombe à retardement pour le secteur financier


    Pékin Correspondant
     

     

    La crise financière mondiale, fin 2008, a placé la Chine face à un défi inédit : largement dépendant de la demande extérieure, l'" atelier du monde " devait amortir le choc d'un effondrement possible des commandes des pays occidentaux. Doté de 4 000 milliards de yuans (444 milliards d'euros), le méga- plan de relance annoncé s'est réparti en 1 800 milliards de yuans de dépenses directes du gouvernement central, et 2 200 milliards de yuans de dépenses au niveau local.

    Des centaines de projets d'investissement autrefois gelés sont ressortis des placards : les localités avaient de nouveau carte blanche pour " faire du PIB ". D'importantes subventions ont été consenties aux industries exportatrices. Les consommateurs ont bénéficié de remises, et le marché automobile a, par exemple, explosé. L'ébauche d'un système de sécurité sociale généralisé a vu le jour, et la consommation, dont la part a certes reculé par rapport à l'investissement productif, a maintenu sa croissance des années précédentes.

    L'expansion accélérée du réseau de trains à grande vitesse, désormais le premier au monde, a projeté la Chine dans l'ère de l'hyper-mobilité. Longtemps en retard sur les zones côtières, certaines régions du centre ont accédé à un nouveau stade de développement, favorisé par les délocalisations d'usines vers l'intérieur.

    Mais cette frénésie d'investissements a provoqué des effets secondaires : principales bénéficiaires du plan de relance, les grandes sociétés d'Etat, dont les 129 premiers conglomérats du pays, ont profité de la manne d'argent public pour se diversifier dans le foncier. Elles ont taillé des croupières dans de nombreux secteurs aux sociétés émergentes du privé.

    Des bulles se sont formées, notamment dans l'immobilier, où l'offre de logements est devenue pléthorique. Les projets somptuaires et surdimensionnés se sont multipliés. " Chaque localité a cherché à concurrencer ses voisines, ce qui a entraîné une duplication des investissements. Le surplus de biens publics et d'infrastructures s'est accentué en Chine, alors que la pénurie générale de services publics est toujours là, constate l'économiste Wang Yongqing, de l'université Fudan, à Shanghaï. Tout cela parce que les marchés financiers, le marché foncier et le marché du travail sont tous d'économie mixte : ce ne sont pas les lois du marché qui les régulent, le gouvernement peut faire ce qu'il veut sans se préoccuper des règles qui, ailleurs, l'en empêcheraient. "

    En Chine, les collectivités locales ne disposent que d'une fraction des revenus fiscaux (essentiellement la TVA) et ne peuvent émettre d'obligations. Ce sont donc les banques qui ont supporté le plus gros du financement des investissements publics locaux, le plus souvent sur instruction des dirigeants locaux et sans évaluation de leur rentabilité.

    Au point qu'en 2009, les crédits bancaires ont doublé par rapport à 2008, pour s'établir à 9 500 milliards de yuans. Conscient de cet emballement, le gouvernement central a ordonné de limiter les encours de crédit de 2010 à 7 500 milliards de yuans. Mais les banques, a révélé en juillet l'agence Fitch, ont titrisé une partie de leurs prêts, revendus comme produits d'investissements. Selon Stephen Green, économiste de la banque Standard Chartered à Shanghaï, quelque 2 000 à 3 000 milliards de yuans auraient ainsi été retranchés artificiellement des bilans en 2010. Et les crédits réels alloués sur les huit premiers mois de l'année auraient déjà dépassé la limite imposée...

    Plus grave, une grande partie de ces prêts ont été alloués à des structures créées pour l'occasion, les " plates-formes de financement local " : les économistes chinois les assimilent à des caisses noires, et ont tiré la sonnette d'alarme sur l'absence ou la mauvaise qualité des collatéraux (actifs auxquels sont adossés les crédits) de nombre de ces futures " créances pourries ". Si la garantie publique locale est implicite (et in fine, celle du gouvernement central, qui dispose de réserves suffisantes), cette méga-relance à crédit est vue comme une bombe à retardement pour le secteur financier de la seconde économie mondiale.

    Brice Pedroletti


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