• Le président de la Fed se trompe de diagnostic

    Le point de vue des chroniqueurs de l'agence économique Reuters Breakingviews

    Le président de la Fed se trompe de diagnostic

     

    Dans le discours qu'il a tenu à Jackson Hole (Wyoming) vendredi 27 août, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Ben Bernanke, s'est déclaré déterminé à lutter contre la déflation, la baisse généralisée des prix. Il n'a pas évoqué la question du déficit budgétaire américain qui atteint pourtant un niveau record. Or, ce n'est pas en diagnostiquant et en traitant un mal imaginaire que M. Bernanke va réussir à stimuler la croissance.

    Dans la pièce de George Bernard Shaw intitulée Le Dilemme du docteur, le médecin charlatan Sir Ralph Bloomfield Bonington prescrit toujours le même remède, quelle que soit la maladie, parce qu'il faut " stimuler les phagocytes ". De la même façon, il semble que M. Bernanke considère le traitement anti-déflation que la Fed aurait dû appliquer entre 1930 et 1932 comme la seule panacée.

    En général, on cite le cas du Japon actuel pour illustrer les dangers que fait courir la déflation. Ce pays se trouve en état de quasi-récession depuis la fin de la dernière bulle, en 1990. Mais dans ce cas, il s'agit plus d'un exemple d'extrême stabilité des prix que d'une véritable déflation persistante. L'indice des prix nippon, de base 100 en 2005, est passé de 98,9 en 1992 à 99,2 en juillet 2010.

    C'est plutôt le déficit chronique des finances publiques japonaises qui fait le malheur du pays, sachant qu'il est régulièrement creusé par le coût de toute une série de soi-disant plans de relance. Le résultat en est qu'aujourd'hui, la dette nationale du Japon s'élève à l'équivalent alarmant de 217 % du produit intérieur brut (PIB).

    Dans l'allocution de vendredi, la seule forme d'allusion au déficit public qu'ait faite M. Bernanke tient dans la remarque suivante : " - Sa - maîtrise est un défi qui se pose à de nombreux pays. "

    Il aurait pu s'étendre sur le cas des Etats-Unis, même si à Jackson Hole il s'exprimait dans le cadre d'un congrès de banques centrales. Souvenons-nous tout de même que lors de l'édition 2004 dudit congrès, son prédécesseur Alan Greenspan avait débuté son intervention en insistant sur la lourde charge financière qu'induiraient, à long terme, la sécurité sociale et le système de soin Medicare, un problème qui s'est de fait aggravé depuis lors.

    Grave déficit public

    M. Bernanke a évoqué avec force détails les mille et une façons dont la Fed pourrait encore assouplir sa politique monétaire si la déflation devait pointer son nez, et conclu en assurant l'auditoire que " les conditions requises pour une accélération de la croissance en 2011 étaient toujours réunies ".

    L'économie américaine ne souffre pas de déflation actuellement. Les statistiques du second trimestre ont montré que l'inflation se réveillait, et l'indice des prix à la consommation a progressé de 0,3 point en juillet. En revanche, le pays se trouve confronté à un grave problème de déficit public. En résumé, M. Bernanke se tient prêt à administrer des remèdes complètement inadaptés.

    Martin Hutchinson


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