• Le prix de la compétitivité est lourd pour les Allemands

    L’analyse de Karl de Meyer

    Le prix de la compétitivité est lourd pour les Allemands  

    Attaqués sur l’« égoïsme » du modèle exportateur allemand, au cours des dernières semaines, les responsables politiques de la coalition berlinoise, de la chancelière au ministre de l’Economie, ont répondu, en substance :« Ce n’est pas à l’Allemagne de devenir moins compétitive, mais à ses partenaires de faire aussi bien. Les Allemands ont consenti, au cours de la dernière décennie, d’importants sacrifices pour s’adapter à l’accélération de la globalisation et au vieillissement de la population. Ils ne paieront pas pour des voisins moins prévoyants. »Puisqu’ils invitent la France – entre autres – à adopter une politique de l’offre à l’allemande, il est utile de rappeler très concrètement de quoi on parle et quels ont été les sacrifices demandés aux Allemands. Ils expliquent, dans une certaine mesure, la vivacité de leurs réactions à l’égard des Grecs.C’est – paradoxalement – la coalition rouge-vert de  Gerhard Schröder qui a donné les premiers coups de boutoir contre le modèle rhénan traditionnel, qui avait façonné l’identité allemande depuis le miracle écono mique des années 1950. Après le choc de la réunification et la perte de compétitivité qui s’en est suivie, les lois Hartz, entre 2003 et 2005, ont radicalement transformé le marché du travail pour le rendre plus flexible et augmenter la pression sur les chômeurs. Le dispositif comprend une refonte des services proposés aux sans-emploi, un encouragement au développement des jobs à faible qualification, via des exonérations de charges sociales, et un durcissement très sévère des conditions d’indemnisation.Les résultats macroéconomiques ont été impressionnants : le nombre de chômeurs est tombé de 5 millions en 2005 à moins de 3 millions fin 2008 et n’est remonté, malgré une récession de 5 % du PIB en 2009, qu’à 3,6 millions de personnes en mars dernier. Mais ces chiffres masquent un développement spectaculaire de la précarité, toutes les études le confirment, dans une société qui n’y était pas habituée. Particulièrement dans le secteur des services, où les syndicats protègent moins efficacement les salariés. Le développement du travail temporaire a conduit à des  dérives. L’Allemagne abrite désormais des travailleurs  pauvres qui  doivent, pour subsister, toucher les minima sociaux. En février, la Cour constitutionnelle en a d’ailleurs jugé la définition trop  vague et obligé le gouvernement à les revoir, probablement à la hausse. Le salaire minimum généralisé, réclamé par les syndicats, est refusé par le gouvernement, qui y voit une grande menace pour la création d’emplois. On estime que quelque 14 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.Pour les classes moyennes, les dix dernières années se sont caractérisées, en moyenne, par une stagnation des salaires réels (corrigés de l’inflation). L’an dernier, ils ont reculé de 0,4 %. IG Metall a conclu en février dernier un accord très modeste sur les salaires : syndicats et employeurs s’entendent pour privilégier la défense de l’emploi sur le sol allemand, au détriment des rémunérations. Avec un tel succès que le géant de l’agroalimentaire danois Danish Crown envisage de délocaliser… vers la Basse-Saxe ! Les revalorisations des retraites étant calculées en fonction de l’évolution des salaires, les pensionnés voient leurs revenus stagner également. Cette année, un mécanisme de garantie devra même intervenir pour éviter une baisse !Le 1er janvier 2007, le gouvernement a décidé une hausse de 3 points de la TVA, passée de 16 % à 19 %. Deux points ont été attribués à la réduction des déficits publics, un point à la baisse des charges sur les salaires. Avec, là encore, un beau résultat macroéconomique : l’équilibre des comptes publics en 2008 et un déficit limité à 3,3 % du PIB en 2009. Mais, pour les consommateurs, cela s’est traduit par des prix plus élevés, mêmes si les entreprises ont absorbé une partie de la hausse. Compte tenu de la stagnation des salaires, elles ne pouvaient guère se per mettre de la répercuter entièrement.Enfin, dernière grande réforme de la décennie écoulée : le relèvement progressif de l’âge de la retraite, de 65 à 67 ans, à partir de 2012. L’équation démographique est catastrophique : la population allemande diminue, du fait d’un taux de fécondité inférieur à 1,4 enfant par femme, et la proportion des plus de 65 ans devrait passer à 30 % en 2035, contre 18 % actuellement.Et à l’avenir ? Les Allemands vont continuer à se serrer la ceinture. Le ministre de l’Economie a dit sa volonté de pousser encore les feux de l’industrie exportatrice. Les allégements d’impôts prévus dans le contrat de coalition pour 2011 semblent de plus en plus compromis ou du moins reportés à des jours meilleurs. L’an dernier, la grande coalition a inscrit dans la Constitution un mécanisme de frein à la dette qui limite le déficit fédéral à 0,35 % du PIB à partir de 2016. Il faudra économiser, d’ici là, 10 milliards d’euros par an. Le ministre – libéral – de la Santé prépare une réforme visant à forfaitiser, au moins partiellement, les cotisations à l’assurance-maladie. La part des employeurs dans les cotisations pourrait être gelée, de sorte que ce soient les assurés seuls qui portent l’augmentation future des dépenses. Toujours dans le même but : préserver la compétitivité de l’appareil industriel. A bon entendeur…

    Karl de Meyer est le correspondant des « Echos » à Berlin.

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