• Le sous-emploi et les inégalités sont liés

    Le sous-emploi et les inégalités sont liés

    Pour surmonter la crise, l’Etat doit non seulement partager le travail, mais aussi redistribuer les richesses. Telle est la conviction de Franz Segbers*, spécialiste d’éthique sociale.

    11.03.2010 | Eva Völpel | Die Tageszeitung

    Monsieur Segbers, depuis que le tribunal constitutionnel de Karlsruhe a déclaré la réforme Hartz IV [réforme du marché du travail introduite dans l’Agenda 2010 du chancelier Schröder] contraire à la Constitution, Guido Westerwelle [vice-chancelier libéral, FDP] hurle à l’abus social. Comment le vivez-vous ?
    Franz Segbers Je suis profondément ef­frayé par le ressentiment que les possédants éprouvent envers les dé­favorisés. M. Westerwelle avait déjà affirmé, lors de la réception de nouvel an de son parti, que les impôts étaient des cadeaux faits à l’Etat par les citoyens. Parler ainsi des impôts, c’est ne pas comprendre quelles sont les attributions d’une collectivité ni comment celle-ci doit être organisée et financée.

    Pour Ursula von der Leyen, la ministre du Travail [chrétienne-démocrate, CDU], ce sont surtout les perspectives d’éducation des enfants des personnes bénéficiant de l’aide sociale qu’il faudrait améliorer. Cela suffit-il ?
    Il n’y a pas vraiment d’antagonisme entre droit à la participation – en l’espèce, la participation à l’éducation – et droit à la répartition des richesses. Dans notre société, l’argent n’a jamais été réparti de façon aussi inégalitaire. Si on veut lutter contre la pauvreté, on ne peut pas faire l’impasse sur une nouvelle répartition des revenus, des richesses et du travail, surtout si on veut investir dans l’éducation.

    Quels sujets doit-on aborder ?
    La richesse privée et la pauvreté publique sont à mettre à l’ordre du jour politique. Si la fortune et les revenus étaient imposés en Allemagne comme en France, nous aurions 66 milliards d’euros de recettes supplémentaires par an. Chez nous, la classe politique refuse de capter la richesse pour la rendre utile à la société. Elle produit des caisses vides et prétend ensuite que la situation est contraignante en raison des circonstances. Résultat, nous nous dirigeons vers un Etat diminué, qui a commencé par s’appauvrir tout seul et qui n’est plus en mesure de financer quoi que ce soit pour les citoyens.

    Comment les choses pourraient-elles se réorganiser ?
    Tant que cette société se définit comme une société du travail, qui lie la participation sociale et le revenu du travail, chacun doit avoir accès à un emploi lui permettant de vivre. Ce ne sera possible que si nous reprenons le débat sur la réduction du temps de travail. En fait, la classe politique l’a déjà compris. Elle a déjà modifié deux fois les règles du chômage technique pour éviter des pertes d’emplois. Actuellement, nous avons de facto en Allemagne une semaine de travail de 30 heures.

    Comment comptez-vous vous faire entendre ?
    Nous devons tirer les choses au clair et nous demander comment nous utilisons notre argent. Car de l’argent, il y en a. Vu sous cet angle, nous vivons au-dessous de nos moyens. Or nous refusons d’exploiter les possibilités économiques qui seraient nécessaires à l’organisation de la solidarité sociale. A notre époque, l’Etat social ne devrait pas être autre chose.


    * Franz Segbers est théologien, de con­fession catholique. Il enseigne l’éthique sociale à l’université de Marburg.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :