• Le syndrome France Télécom frappe la Chine

    Le syndrome France Télécom frappe la Chine

    Le groupe électronique chinois Foxconn est confronté à des suicides en chaîne. Et pourtant il n’offre pas les pires conditions de travail, remarque le quotidien de la Ligue de la jeunesse communiste.

    Daocai Zhongguo Qingnian Bao

    Le 25 mai, un salarié du centre de formation du groupe Foxconn s’est donné la mort en se jetant du haut d’un bâtiment du site de Guanlan, à Shenzhen. Il s’agit du onzième suicide dans des conditions similaires enregistré dans la société depuis le début de l’année. [L’entreprise taïwanaise, implantée dans le sud de la Chine, produit du matériel électronique pour Nokia, Sony, Dell, et Apple, à qui elle fournit notamment les iPod, iPhone et iPad. Une tentative de suicide a encore eu lieu le 28 mai.]

    En lisant cette nouvelle, j’ai eu du mal à poursuivre la lecture de l’article. Alors que les médias en étaient encore à dénombrer le “dixième saut” et que le public se demandait si Foxconn allait parvenir à éviter un onzième suicide, une nouvelle fois, un jeune homme s’est jeté d’une tour. C’est la cinquième affaire de ce genre depuis le début du mois de mai. On a l’impression que plus les mé­dias en parlent, plus le nombre de personnes se donnant la mort augmente, comme s’il s’agissait d’une terrible malédiction ! Un parallèle s’impose tout naturellement avec la vague de suicides chez France Télécom, où 35 salariés ont mis fin à leurs jours entre 2008 et 2009, et où 11 se sont suicidés au cours du premier trimestre de cette année. Ces actes désespérés, qui ont touché le troisième opérateur de télécommunications européen, ont bouleversé le monde entier et retenu l’attention des chercheurs.

    Pour expliquer cette vague de suicides, la presse a dénoncé les mé­thodes brutales de gestion du personnel chez France Télécom, la perte de la culture d’entreprise provoquée par la restructuration de la société et l’indifférence des cadres dirigeants face au malaise de leurs salariés. Mais, incontestablement, le fait le plus marquant est que l’intérêt des médias pour ces affaires, loin de les résoudre, aboutit à aggraver le mécontentement des salariés.

    Les médias chinois se sont déjà penchés sur les problèmes qui existent chez Foxconn, dont les causes sont étrangement similaires à celles de France Télécom. Que ce soit pour dénoncer les “ateliers de la sueur et du sang”, pour condamner “l’absence d’un système de soutien psychologique” ou pour s’insurger contre la lenteur de réaction des dirigeants de l’entreprise et l’inaction des autorités, de nombreuses opinions ont été émises. Bien qu’elles aient touché le cœur du problème, ont-elles vraiment permis de régler ces questions ? Pendant ce temps, malgré cette série de suicides, des milliers de jeunes continuent de faire la queue à l’entrée des usines Foxconn dans l’espoir d’obtenir un entretien d’embauche.

    Foxconn n’est pas la piredes entreprises

    On ne peut s’empêcher de se demander pourquoi, en dépit de la réputation sulfureuse du groupe, de nombreux salariés considèrent encore qu’on y bénéficie de meilleures conditions d’emploi et d’un meilleur traitement [salaire, logement, conditions de travail] que dans la plupart des autres entreprises… En réalité, le problème est qu’il n’y a pas tellement de choix en dehors de Foxconn. Dans un environnement de marché marqué par l’absence de garde-fous éthiques et juridiques, où l’accumulation primitive du capital [terme marxiste caractérisant le premier stade du capitalisme] en­traîne de multiples entorses aux règlements, des violations de lois et même des incidents sanglants, de nombreuses entreprises ne valent guère mieux que Foxconn, voire sont pires.

    Aussi, dans cette affaire, les médias devraient-ils se montrer responsables et garder une certaine retenue dans leur manière de couvrir les événements. Nous ne nourrissons pas l’illusion de croire que le silence puisse inciter à davantage de réflexion et d’action, mais espérons qu’on ne laissera pas des discussions stériles faire naître dans les rangs des salariés de Foxconn un sentiment d’injustice et un mécontentement croissants. Cela n’aboutirait qu’à de nouvelles tragédies.

    Augmentations

    Foxconn a annoncé le 28 mai que les salaires d’au moins 200 000 de ses employés seront prochainement augmentés de 20 %, selon le quotidien Diyi Caijing Ribao. Le salaire de base passera ainsi de 900 à 1 100 yuans, soit 130 euros. Cette mesure, préconiséepar ailleurs par la province du Guangdong, était envisagée depuis plusieurs mois par l’entreprise, qui y voyait un moyen de faire face à la pénurie de main-d’œuvre


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