• Le système bancaire européen connaît des tensions croissantes

    Le système bancaire européen connaît des tensions croissantes

    Les établissements rechignent à se prêter de l'argent. Mais un scénario " à la Lehman " semble improbable

     

    Faut-il redouter un nouveau choc bancaire majeur en Europe ? La crise de la dette publique, qui n'épargne plus aucun Etat de la zone euro, réveille la crainte d'un scénario catastrophe tel que le monde l'a déjà vécu en 2008. En dépit du plan d'aide géant de 750 milliards d'euros, les marchés financiers se livrent à des mouvements quotidiens de yo-yo, craignant qu'un défaut de paiement d'un pays ne mette au tapis ses banques créancières.

    A Lisbonne comme à Madrid, Paris et Francfort, les cours de Bourse des groupes financiers chutent. Et voilà que, comme vient de l'annoncer le Banco Espirito Santo au Portugal, certaines banques d'Europe du Sud redoutent de ne plus trouver de financements, pour leurs activités quotidiennes !

     

    Ces craintes, attisées vendredi 28 mai par la décision de l'agence Fitch d'abaisser d'un cran la note de la dette de l'Espagne, ont de quoi préoccuper. Le krach de 2008 a montré qu'une crise de liquidités - l'impossibilité d'obtenir de l'argent auprès d'autres banques ou des marchés - pouvait être fatale à une banque, fût-elle solidement capitalisée.

    L'heure est-elle si grave ? Se trouve-t-on au bord d'une crise globale de liquidités, comme ce fut le cas après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, en septembre 2008 ?

    A ce jour, s'il est abusif de parler de " crise ", plusieurs indicateurs attestent de tensions sur l'accès aux liquidités dont les banques ont en permanence besoin, pour accorder des crédits aux ménages et aux entreprises. Ils montrent qu'elles sont de plus en plus réticentes à se prêter entre elles, quand elles n'ont pas arrêté de le faire.

    Parmi ces signaux, figure la hausse continue, depuis plusieurs semaines, du taux de " l'Euribor 3 mois ". Ce taux de référence du marché monétaire de la zone euro détermine le taux auquel se prêtent les banques. Plus il est élevé, plus l'argent est cher.

    Autre témoin de ces tensions : l'afflux croissant de banques au guichet de prêts à court terme de la Banque centrale européenne (BCE), resté ouvert depuis la crise financière. Comme en 2008, faute de pouvoir se refinancer sur un marché interbancaire asséché, les établissements viennent de plus en plus nombreux, de tous pays, à ces facilités de refinancement. L'argent prêté à trois mois, au très bas taux de 1 %, est très recherché : 35 banques en ont demandé le 27 mai, contre 24 fin avril et 11 début avril. La situation se dégrade.

    " Climat de défiance "

    Cependant, ces restrictions sur la liquidité à court terme ne doivent pas être dramatisées. Certes, elles se combinent avec des difficultés de financement à moyen et long terme, puisque, crise de l'euro oblige, le marché des émissions obligataires est fermé depuis quinze jours.

    Mais ces problèmes restent, pour le moment, circonscrits aux banques les plus " fragiles " de la zone euro. Celles-ci sont situées dans les Etats les plus endettés, dont les marchés doutent qu'ils aient les moyens de sauver - une deuxième fois ! - leur système bancaire. Concrètement, si les banques grecques, portugaises et espagnoles manquent d'oxygène, en revanche, celles jugées solides, comme BNP Paribas en France, ne rencontrent pas de réel problème de financement. Le fameux principe du flight to quality (la fuite vers la qualité en temps de crise) s'applique.

    Seul l'approvisionnement en dollars - qui sert à financer les clients (pétroliers, industriels) travaillant dans cette monnaie - est un problème partagé par tous.

    " Les marchés jouent à se faire peur. On vit dans le traumatisme de la récente crise bancaire. Mais on n'est pas du tout dans la situation post-Lehman ! ", estime Jean-Hervé Lorenzi, le président du Cercle des économistes.

    Pour M. Lorenzi, " les problèmes de liquidités sont trois fois moins importants ". Et " surtout, on connaît la nature du problème actuel, les dettes publiques. On sait à combien elles se chiffrent. Qui les détient. Au contraire, en 2008, on a brutalement découvert des montagnes d'actifs toxiques disséminés dans le système financier mondial, via la technique de la "titrisation" "

    Ainsi, le désordre actuel serait moins le signe annonciateur d'une nouvelle crise bancaire, que celui d'un " climat de défiance généralisé ", comme le souligne Romain Burnand, gérant chez Moneta. Pour lui, il n'y aura pas de crise bancaire tant que la BCE approvisionnera le marché en liquidités.

    De son côté, Jean-Michel Maingain, chez Fédéral Finance (Crédit Mutuel Arkéa), est convaincu que " les plans de réduction des dettes publiques porteront leurs fruits et que le vote du plan de soutien à la zone euro, le 18 juin, donnera un premier signal positif ". " Aucun de nos scénarios de crise, précise-t-il, ne prévoit de faillites bancaires ! "

    Anne Michel


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