• Le temps du bancor, par Franck Nouchi

    Le temps du bancor, par Franck Nouchi

    Branle-bas de combat ! Cette semaine, nos confrères de The Economist ont succombé à la tentation du titre spectaculaire. Sur la couverture, une nuée d'hélicoptères fonce au soleil couchant au-dessus de l'Acropole. Pour un peu, et l'on entendrait la musique de La Chevauchéedes Walkyries. Le titre - "Acropolis Now" - pastiche Apocalypse Now, le célèbre film de Coppola. Un sous-titre explicite : "La crise européenne de la dette échappe à tout contrôle." En bas à droite, Angela Merkel, en tenue de combat, semblant sortir de la jungle de

    L'alerte a été chaude. La Grèce a dévoilé l'accord qu'elle a négocié avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international. Moment de solidarité historique, disaient les uns. L'accalmie ne sera malheureusement que de courte durée, prévoyaient les autres. Moment étrange, en vérité, où les experts, à la manière d'un photographe qui utiliserait une très longue focale, tentent de faire le point sur l'instant présent. "En sauvant la Grèce, nous sauvons l'euro et l'Europe, estime Daniel Cohen dans Le Journal du dimanche. C'est le vrai enjeu de ce sauvetage, et un moment fondateur." Cette crise, ajoute-t-il, "si elle est bien gérée, aura servi à démontrer que nous avons un destin commun". Dans Le Point, l'économiste belge Paul Jorion prévient : si le sauvetage de la Grèce n'est pas bien mené, "par ricochet, le risque que le Portugal tombe à son tour est considérable. Puis viendra le tour de l'Espagne, le scénario est déjà écrit". L'enjeu est énorme, assure-t-il : "Si l'Espagne tombe, tout le reste vient avec. Ce sera le chacun pour soi." Apocalypse tomorrow.

    Bien gérer la crise grecque, donc. Mais après ? Que faire pour stabiliser la situation ? La Commission européenne "devrait pouvoir agir en grand argentier, capable de jongler avec les équilibres économiques des Etats membres", estime Daniel Cohen. Paul Jorion préconise, lui, une autre solution : le bancor. On en retrouve la trace à Bretton Woods, en 1944. C'est John Maynard Keynes qui avait eu alors l'idée de créer une monnaie supranationale. Un système international de paiement qui pénalise les pays qui exportent ou importent trop. Si un pays s'éloigne de l'équilibre, il est forcé de réévaluer ou autorisé à dévaluer, ce que l'euro ne permet pas.

    En 1944, les Américains avaient refusé et imposé le dollar. "On va beaucoup parler du bancor dans les mois qui viennent, assure Paul Jorion. Il intéresse en particulier les Chinois, qui veulent se débarrasser de leurs montagnes de dollars."

    On verra bien. En attendant, dans le secret des grandes institutions financières, on échafaude toutes sortes de scénarios. Y compris les pires. L'abandon de l'euro. Voire la survenue d'une crise financière concomitante à une épidémie de grippe porcine. Et là, croyez-moi, on ne rigolerait pas.

    Franck Nouchi


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