• le travail des enfants a baissé de plus de 50 % au Brésil

    Grâce aux aides financières versées aux familles, le travail des enfants a baissé de plus de 50 % au Brésil

    La bataille de la scolarisation reste à gagner dans les régions et les Etats les plus pauvres du pays
    Rio de Janeiro Correspondant

    Le travail des enfants est un fléau qui sévit de moins en moins au Brésil. En quinze ans, les progrès ont été spectaculaires. Selon une étude de l'Institut de recherche économique appliquée (IPEA), le nombre d'enfants âgés de 5 à 14 ans et contraints de travailler a diminué de plus de moitié de 1992 à 2008. Il est aujourd'hui de 1,7 million, soit 5 % des enfants de cette tranche d'âge, contre 13 % en 1992. 1 % des enfants qui travaillent ont moins de 9 ans.

    La survivance de ce phénomène est illégale. La Constitution fédérale interdit le travail des enfants âgés de moins de 16 ans, conformément à la convention 138 de l'Organisation internationale du travail (OIT). Seule exception : les enfants âgés d'au moins 14 ans peuvent travailler dans le cadre d'un apprentissage professionnel.

    Dans sa lutte contre le travail précoce, le Brésil va plus vite que le rythme fixé par l'OIT, qui recommandait une réduction, en vingt-cinq ans, d'un tiers à une moitié du nombre d'enfants au travail. En Amérique latine, ce pays ne détient toutefois que la quatrième meilleure performance, derrière, notamment, la Colombie et le Costa Rica.

    Les progrès brésiliens résultent de la mise en oeuvre efficace d'un Programme d'éradication du travail des enfants (PETI), lancé dans les années 1990, qui consiste, pour l'essentiel, non seulement à réprimer les abus les plus criants, mais surtout à encourager financièrement les familles à scolariser leurs enfants.

    " Bourse familiale "

    Le PETI a, par la suite, été intégré au sein d'un gigantesque programme de lutte contre la pauvreté - la bolsa familia (" bourse familiale ") -, la plus grande réussite sociale du président Luiz Inacio Lula da Silva.

    Instauré en 2003, ce " mécanisme conditionnel de transfert de ressources ", comme l'appellent les experts, fonctionne selon un principe simple : l'Etat verse une aide mensuelle aux familles " pauvres " et " très pauvres ", à condition que leurs enfants soient scolarisés et qu'ils puissent justifier d'un carnet de vaccination à jour. Les enfants et adolescents, de 6 à 15 ans, doivent suivre au moins 85 % des cours ; ceux de 16 et 17 ans, au moins 75 %.

    Le montant de cette allocation - en très large partie récupérée et gérée par les mères - varie en fonction des revenus de la famille et du nombre d'enfants à charge. Est considérée comme " très pauvre ", une famille qui dispose d'un revenu mensuel per capita inférieur à 70 reais (31 euros). Elle reçoit une indemnité de base de 68 reais, qu'elle ait ou non des enfants.

    Qu'elle soit " pauvre " ou " très pauvre ", une famille perçoit une somme de 22 reais (10 euros) par enfant scolarisé de moins de 15 ans (avec un plafond de trois enfants), et de 33 reais par adolescent scolarisé de moins de 17 ans, dans une limite de deux bénéficiaires. En tout, 46 millions de personnes, appartenant à 12,4 millions de familles, profitent de la bolsa familia, soit un Brésilien sur quatre.

    Selon Ricardo Paes de Barros, auteur de l'étude de l'IPEA, la cette bourse a joué " un rôle crucial " dans la lutte contre le travail des enfants. Mais cette bataille n'est pas encore gagnée, notamment dans les régions pauvres de l'intérieur du Nord et du Nordeste aride.

    Plus de quatre enfants sur dix au travail s'y livrent à des activités agricoles. Et, qu'ils travaillent ou non, 14 millions d'enfants et d'adolescents brésiliens ne fréquentent toujours pas l'école.

    Jean-Pierre Langellier

    • Un exemple mis en avant par le BIT

    Inquiets de voir que les progrès " s'essoufflent ", les 450 participants venus de 80 pays à la Conférence mondiale sur le travail des enfants, organisée par le Bureau international du travail (BIT), ont adopté, mardi 11 mai, à La Haye, une " feuille de route " pressant les gouvernements d'" augmenter de manière substantielle les efforts pour éliminer les pires formes de travail des enfants d'ici à 2016 ".

    Sur les 215 millions d'enfants économiquement actifs, 115 millions sont victimes de l'une des " pires formes de travail " mettant en péril leur santé et leur sécurité.

    Parmi les " priorités " à mettre en place, les signataires pointent l'accès à une éducation " gratuite " et " de qualité ". Mais ils soulignent aussi la nécessité d'instaurer des politiques de protection sociale comme, par exemple, " des programmes d'aide " aux familles les plus pauvres, souvent conditionnés à la fréquentation de l'école.

    Il y a quand même des bonnes nouvelles.


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