• Le triomphe de la cupidité

    Le combat du professeur Stiglitz  

    L’économie mondiale « vient d’échapper à la mort », écrit le Nobel d’économie, mais ceux qui sont en charge de sa convalescence n’administrent pas les bons remèdes.

    Le triomphe de la cupidité

    par Joseph E. StiglitzLes Liens qui Libèrent, 475 pages 23 euros.

    Pendant des années, Joseph Stiglitz a été celui que l’on regardait de travers. L’idéologue, c’était lui. Débarqué de son poste d’économiste en chef de la Banque mondiale il y a dix ans, adversaire acharné de la manière dont le Fonds monétaire international a géré la crise asiatique de 1997-1998, il était l’économiste dissident dénonçant la pensée monétariste unique, l’archaïque qui ne voulait pas voir le triomphe du marché. A Davos, en 2007, avec quelques autres comme le financier George Soros, il expliquait à un auditoire plus que sceptique que la crise asiatique était annonciatrice d’une secousse infiniment plus grave et dont les conséquences seraient beaucoup plus profondes. Aujourd’hui, le prix Nobel d’économie 2001 tient sa revanche et ne peut s’empêcher quelques piques à l’égard de ses confrères économistes sur le thème « vous voyez bien que j’avais raison… » Et comme Stiglitz est un formidable pédagogue, il démonte en brillant « crisologue » qui en a vu d’autres les mécanismes fascinants qui ont conduit à l’une des plus grandes crises de l’histoire du capitalisme. La faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008 a été, pour les « fondamentalistes du marché », ce que la chute du mur de Berlin fut au communisme. Mais il ne s’en tient pas là, et l’autre intérêt du livre réside dans l’alerte qu’il sonne pour la suite. Ce démocrate, ancien conseiller de Bill Clinton, est un déçu d’Obama. Déjà ! Il s’en prend avec force au club des trois qui, autour du président, pilotent la politique économique américaine : Larry Summers, Tim Geithner et Ben Bernanke. Oubliés, les grands discours du président en campagne qui prétendait apporter le « changement ». Sous l’influence de ces proches de Wall Street, l’hôte de la Maison-Blanche est en train de commettre une erreur historique en rechignant à réformer pour de bon le système financier. A la différence du Roosevelt des années 1930 et du New Deal, Obama n’a pas su relever le défi de la crise que traversent l’Amérique et le monde. Manifestement, quand Stiglitz plaide pour un meilleur équilibre entre le marché et l’Etat, il est plus écouté à l’étranger que par l’administration en place à Washington.

    N. Ba.

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