• Les Asiatiques sauveront-ils la planète ?

    Les Asiatiques sauveront-ils la planète ?

    Simon Chesterman and Kishore Mahbubani

    DAVOS – Y aurait-il une « voie asiatique » pour surmonter les épreuves de la planète ? La réponse classique, c’est non. Pourtant, de tels éléments font peu à peu surface. Au vu de l’influence croissante de l’Asie, le monde ferait bien d’y prêter attention – et d’en tirer quelques leçons.

    Pour comprendre leur façon de penser, il faut comprendre leur pragmatisme. Les Asiatiques s’adaptent et évoluent sans cesse.

    Dans le passé, les Asiatiques protégeaient avant tout leur souveraineté et se méfiaient des méthodes multilatérales pouvant l’affaiblir. A l’heure actuelle, pour faire face aux difficultés rencontrées – pandémies, crises financières et changement climatique entre autres – la grande majorité des pays asiatiques admet qu’agir de manière collective n’affaiblit pas, mais protège leur souveraineté. Ainsi, malgré le fait d’avoir perdu la foi dans le Fonds monétaire international suite à la crise financière de 1997, ils ont accepté de lui accorder des millions lors de la dernière crise financière.

    Aussi, les attitudes asiatiques ont considérablement changé. Au lieu de discuter de légitimité ou de la manière d’obtenir plus de sièges pour donner leur avis dans les institutions internationales, les Asiatiques s’intéressent de plus en plus au résultat : comment créer des institutions plus efficaces. En même temps – trait de leur pragmatisme – les Asiatiques sont prêts à accepter le leadership ininterrompu des Américains, ainsi que leur domination au sein des institutions mondiales. Ils ne défient d’ailleurs pas plus le parapluie de défense déployé dans la région Asie-Pacifique par les Etats-Unis.

    Le groupe de travail que nous dirigions à Singapour s’est posé l’incontournable question : les Asiatiques peuvent-ils résoudre les problèmes de la planète ? Les réponses des participants chinois et indiens étaient stupéfiantes. Ils ont répondu que l’Inde et la Chine, qui s’occupent de plus de deux milliards de personnes – et qui s’en occupent bien –, contribuaient déjà de manière notable à la stabilité et à l’ordre mondial.

    En voilà une réponse raisonnable. En effet, si la plupart des quatre milliards d’Asiatiques continent d’améliorer leur subsistance, le monde deviendra un meilleur endroit pour vivre.

    Néanmoins, la méthode que les Asiatiques utilisent pour résoudre les problèmes de gouvernance mondiale contient des avantages et des inconvénients. Leur respect pour la diversité fait partie des points positifs, tout comme le fait de préférer le consensus aux conflits, les solutions pratiques aux grands principes et le gradualisme aux changements soudains. Toutefois, le désir d’éviter la confrontation empêche parfois d’atteindre des accords importants dans un délai raisonnable et l'apparence de consensus risque de ne faire que dissimuler les véritables stratégies à l’œuvre.

    A en croire les avantages, la voie asiatique laisse augurer la possibilité d’un procédé décisionnel plus universel au sein des institutions internationales. Mais le danger d'une telle approche est qu'il se peut que des décisions ne soient pas prises, ou que celles prises soient le résultat de la primauté de la forme sur le fond, et ne résolvent donc pas les problèmes politiques fondamentaux.

    Mais en pratique, qu’est-ce que cela peut apporter ? Voici quelques domaines pour lesquels l’Asie – ou les Asiatiques à proprement parler – peuvent contribuer à résoudre quelques-uns des grands défis mondiaux.

    Paix et sécurité : l’Asie compte de nouvelles puissances navales, comme la Chine ou l’Inde, qui pourraient aider à renforcer la sécurité des voies fluviales en s'associant avec des puissances navales traditionnelles telles que les Etats-Unis. Certains pays asiatiques ont unis leurs forces pour combattre les pirates au large des côtes de la Somalie. La Chine est en train de développer une force de police étendue qui constituera un nouvel outil important pour les opérations de paix dans les états fragiles.

    Changement climatique : l’Asie doit développer des marchés innovants permettant de procéder à un transfert des technologies. La Chine, le Japon et la Corée comptent désormais parmi les premiers producteurs mondiaux de technologies vertes. Les gouvernements asiatiques sont en mesure de prendre la tête des sources d’énergie alternatives en développement.

    Régulation financière : les pays asiatiques doivent contribuer davantage à la régulation des marchés financiers. La Chine, doutant qu’il soit sage de laisser l’économie mondiale dépendre du dollar américain, a proposé la création d’une devise mondiale. Des progrès ont été faits du côté de l’Initiative Chiang Mai – un système multilatéral d’échange des devises pour les dix pays membres de l’ASEAN ainsi que la Chine, le Japon et la Corée du Sud. En outre, la possibilité de créer un Fonds monétaire asiatique reste à l’ordre du jour (ou du moins parmi les points à traiter).

    Santé : l'expérience de l'Asie par rapport à diverses maladies (dont le SRAS, la grippe aviaire et la grippe H1N1) devrait être étudiée de près – pour ses aspects positifs et négatifs – dans l’objectif d’atteindre un consensus mondial pour gérer les pandémies.

    Entreprises sociales : avec ces dernières, l’Asie est couronnée de succès. La réussite des entreprises à vocation sociale, telles que la Grameen Bank et le BRAC au Bangladesh (respectivement une banque spécialisée dans le micro-crédit et le Comité d’avancement rural du Bengladesh), donne à penser autrement la manière de fusionner des objectifs sociaux et des pratiques permettant d’engranger des bénéfices.

    En somme, les Asiatiques ne traitent pas les problèmes de manière cohérente ou systématique. A chaque défi, ils réagissent de manière pragmatique. Et comme certaines des plus grandes épreuves sont le résultat de mesures inefficaces, le pragmatisme peut fournir une manière constructive d’avancer.

    Simon Chesterman is Professor of Law and Director of the NYU School of Law Singapore Program at the National University of Singapore.

    Kishore Mahbubani is Dean of the Lee Kuan Yew School of Public Policy, National University of Singapore. His most recent book is The New Asian Hemisphere: The Irresistible Shift of Global Power to the East.

     

    Copyright: Project Syndicate, 2010.
    www.project-syndicate.org
    Traduit de l’anglais par Aude Fondard


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