• Les banques centrales auront toujours tort

    Les banques centrales auront toujours tort

     

                La vie est décidément compliquée pour les banquiers centraux. La crise a été pour eux un cauchemar. L'après-crise promet d'être un calvaire. " Que les banques centrales agissent ou qu'elles n'agissent pas, elles auront tort ", résumait, début novembre, l'économiste Nouriel Roubini. Kafkaïen.

    Les autorités monétaires en Europe (Banque centrale européenne, BCE), aux Etats-Unis (Réserve fédérale, Fed) ou au Royaume-Uni (Bank of England, BoE) doivent éponger les quantités colossales de liquidités qu'elles ont déversées sur les marchés. Si elles ne le font pas, ou pas assez vite, elles risquent de créer une nouvelle bulle. Si elles le font trop ou trop vite, elles risquent de casser une reprise encore très bancale. Et, en prime, de terroriser les investisseurs.

    Pour autant, certaines ne s'en sortent pas trop mal. <st1:personname productid="la BCE" w:st="on">La BCE</st1:personname> semble être de celles-là. Jeudi 3 décembre, " <st1:personname productid="la BCE" w:st="on">la BCE</st1:personname> nous a réservé la réunion mensuelle la plus palpitante du semestre écoulé ", indique Natacha Valla, économiste chez Goldman Sachs. Jean-Claude Trichet, son président, a annoncé le début de la fin de certains dispositifs anti-crise. En particulier les prêts accordés aux banques à un an, six et trois mois et à un taux fixe de 1 %.

    La mesure exceptionnelle avait été mise en place pour permettre aux établissements, assoiffés de liquidités, de venir s'approvisionner auprès de <st1:personname productid="la BCE" w:st="on">la BCE</st1:personname>, réservoir illimité. Ils en ont bien profité. Sans doute un peu trop. " Les banques se sont gavées de liquidités ", indique René Defossez, responsable de la stratégie taux chez Natixis. Bref, il était temps que cela cesse. Mais en douceur. Ces prêts ne seront arrêtés que progressivement. En décembre pour les emprunts accordés à un an et début 2010 pour ceux à trois et six mois.

    Enfin et surtout, <st1:personname productid="la BCE" w:st="on">la BCE</st1:personname> n'a pas touché au taux d'intérêt directeur, aujourd'hui à 1 %, un plus bas historique. Le marché redoutait un signal de hausse prochaine de ce taux, qui pourrait être préjudiciable à la reprise. M. Trichet a bien expliqué qu'il n'en était pas question. La solidité de la croissance en zone euro, estimée à 0,8 % en 2010, est encore trop incertaine à ses yeux. Le marché a compris le message. <st1:personname productid="La Bourse" w:st="on">La Bourse</st1:personname> ne s'est pas affolée et l'euro n'a pas flambé, se maintenant autour de 1,50 dollar. " <st1:personname productid="la BCE" w:st="on">La BCE</st1:personname> a eu une stratégie assez maligne ", résume Laurence Boone, économiste chez Barclays.

    " Ça la fiche mal "

    <st1:personname productid="La Réserve" w:st="on">La Réserve</st1:personname> fédérale américaine fera-t-elle mieux ? Pour elle, la tâche semble plus compliquée encore. Et les critiques fusent déjà. Lors d'une audition de son président, Ben Bernanke, devant le Sénat, les parlementaires ont estimé que <st1:personname productid="la Fed" w:st="on">la Fed</st1:personname> " avait échoué " en faisant un " travail horrible ".

    Au plus fort de la tempête financière, lorsque le monde a redouté un éclatement du système, l'autorité monétaire a multiplié les politiques non conventionnelles. Allant jusqu'à racheter des titres de créances pourries qui encombraient les bilans de certaines banques. " <st1:personname productid="la Fed" w:st="on">La Fed</st1:personname> est devenue un gros hedge fund - fonds spéculatif - ", estime l'économiste Jacques Attali. Est-elle allée trop loin ou a-t-elle eu l'audace nécessaire pour éviter le chaos ?

    Pour sa défense, il faut reconnaître que <st1:personname productid="la Fed" w:st="on">la Fed</st1:personname> n'avait peut-être pas le choix et qu'elle n'a pas été la seule à faire un peu n'importe quoi. Au Royaume-Uni, David Blanchflower, ancien membre de <st1:personname productid="la Banque" w:st="on">la Banque</st1:personname> d'Angleterre, a dévoilé fin novembre que Mervyn King, le gouverneur de <st1:personname productid="la BoE" w:st="on">la BoE</st1:personname>, avait fourni quelque 61,6 milliards de livres (68,4 milliards d'euros) à Royal Bank of Scotland (RBS) et HBOS pour les sauver en octobre 2008. Et tout cela en cachette. Sans en informer David Blanchflower. " Ça la fiche mal ", résume Nordine Naam, stratégiste chez Natixis.

    Pour l'heure, M. Bernanke, dont le mandat à la tête de <st1:personname productid="la Fed" w:st="on">la Fed</st1:personname> doit être renouvelé fin janvier, reconnaît quelques erreurs. Mais il s'interroge sans doute sur le moyen de tout remettre en ordre. De faire rentrer la pâte dans le tube de dentifrice. Autrement dit, d'éliminer toutes ces liquidités en excès sans mettre à mal l'économie.

    Mais contrairement à <st1:personname productid="la BCE" w:st="on">la BCE</st1:personname>, <st1:personname productid="la Fed" w:st="on">la Fed</st1:personname> n'a pas, jusqu'ici, annoncé l'amorce d'un changement de sa politique. La sortie de la récession et la nette amélioration du marché de l'emploi (en novembre, les destructions d'emplois ont été presque au point mort et le taux de chômage est redescendu à 10 %) l'inciteront peut-être à franchir le pas.

    Claire Gatinois


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