• Les céréaliers appellent à une aide d'urgence

    Les céréaliers appellent à une aide d'urgence

     

    Arborant des tee-shirts imprimés du slogan " fauchés comme les blés ", les producteurs de grandes cultures, céréaliers en tête, ont organisé, mardi 27 avril, un grand défilé de tracteurs dans Paris pour dénoncer la baisse de leur revenu et exprimer leur vive inquiétude sur l'avenir de la politique agricole commune (PAC). Réunis à l'appel de quatorze fédérations régionales des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA) et avec le soutien de la FNSEA, ce ne sont pas moins de 9 000 manifestants et 1 200 tracteurs qui ont, selon les organisateurs, envahi la capitale.

    Par cette démonstration de force, les céréaliers entendent obtenir des " mesures concrètes et immédiates " pour ne pas finir l'année " totalement exsangues ". En 2009, la filière a accusé une nouvelle baisse de 50 % de ses revenus, lesquels avaient déjà enregistré un recul de 30 % en 2008.

    " L'image du céréalier à l'aise est tenace, mais elle est fausse ", lâche Michel Masson, président de la FRSEA de la région Centre. Le revenu moyen d'un exploitant céréalier est tombé, en 2009, à 15 200 euros annuels, ce qui reste toutefois supérieur à bien d'autres types de culture.

    La récolte 2009, une des plus élevée des dix dernières années, a pourtant été " bonne, voire excellente ", ne cache pas Thierry Bontour, président de la FRSEA Nord-Bassin parisien. Mais après deux années " euphoriques " en 2006 et 2007, les cours mondiaux des céréales se sont effondrés et sont passés d'environ 270 à 110 euros la tonne. " Et, aujourd'hui, en dépit des petits soubresauts de ces derniers jours, ils ne présentent aucune perspective de redressement, alors que les charges - engrais, énergies, semences... - restent élevées. L'année 2010 s'annonce catastrophique, martèle cet exploitant. D'autant que cette année, nous faisons face à la mise en application du rééquilibrage des aides de la PAC. "

    En février 2009, Michel Barnier, alors ministre de l'agriculture, plaidant pour une PAC plus équitable, avait décidé de rééquilibrer la distribution des aides directes au profit des laissés-pour-compte du système, notamment l'élevage ovin, l'agriculture de montagne ou la filière bio. Un rééquilibrage qui se traduit pour les céréaliers, les plus favorisés jusqu'alors, par une baisse des subventions, lesquelles ont été ramenées à 260 euros par hectare en moyenne. " Cette redistribution a été décidée lorsque les prix étaient hauts. Mais, aujourd'hui, relève Dominique Chambrette, vice-président de l'Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB), les prix sont retombés très bas et ce rééquilibrage se traduit par un manque à gagner de 80 euros à l'hectare. En moyenne, insiste-t-il, les exploitations céréalières ont une superficie de 120 hectares, la perte peut ainsi s'élever à près de 10 000 euros pour un exploitant. "

    Les céréaliers en appellent à des allégements de charges fiscales et sociales, ainsi qu'à celles touchant à l'environnement. Ils réclament surtout au plus vite des aides au stockage et un coup de pouce aux exportations. Car ils ont encore des stocks importants issus de la récolte 2009. " Il faudrait pouvoir exporter 4 à 5 millions de tonnes de céréales d'ici à la fin juillet, sinon nous braderons. Sans mesures concrètes nous permettant de dégager, la campagne 2010 est morte. Il faut arrêter le massacre avant qu'il ne soit trop tard ", plaide M. Masson, qui soutient que " dans le Loiret, si rien n'est fait, un quart des céréaliers mettront la clé sous la porte d'ici à la fin de l'année ".

    Baisse des cours

    Dans ce contexte, les manifestants veulent aussi interpeller Dacian Ciolos, le commissaire européen à l'agriculture - qui doit se rendre à Paris mercredi - " sur la volonté française de maintenir des outils de régulation des marchés ". Et dire au ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, qui doit l'accueillir, " de tenir bon " sur le maintien d'une PAC qui jusqu'à présent leur a été favorable.

    Le 6 avril, lors d'un déplacement dans l'Essonne, Nicolas Sarkozy a refusé de revenir sur le rééquilibrage national des aides PAC. Il a cependant promis d'accélérer la mise en place d'un comité de suivi des céréales. C'est dans le cadre de cette instance, réunie pour la première fois le 14 avril, que M. Le Maire entend examiner les problèmes de la filière. Reste que ce comité ne remettra pas ses conclusions avant la fin de l'année, un délai jugé évidemment trop long par les producteurs.

    S'il n'ignore pas l'impact de la baisse des cours ni celui du rééquilibrage des aides PAC sur la situation des céréaliers, M. Le Maire se refuse à " toute précipitation ". " Il faut que nous trouvions les outils permettant aux céréaliers de faire face aux fluctuations conjoncturelles des cours, mais cela doit se faire dans le cadre d'un plan de développement de la filière et, pour cela, il faut que nous menions un travail de fond sur les écarts de compétitivité avec nos voisins européens ", soutient le ministre qui écarte, vu l'état des finances publiques, l'idée d'aides immédiates.

    Poursuivant sa reconquête de l'électorat agricole, M. Sarkozy devrait s'adresser de nouveau à lui dans le cadre d'un entretien à l'hebdomadaire spécialisé La France agricole à paraître vendredi.

    Laetitia Van Eeckhout


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