• Les entreprises publiques chinoises prospèrent à l'abri d'une " économie socialiste de marché " acco

    Les entreprises publiques chinoises prospèrent à l'abri d'une " économie socialiste de marché " accommodante

    Les bénéfices des 123 groupes étatiques sont en progression de 46,7 % depuis le début de l'année
    Shanghaï Correspondance
     

    Les entreprises étatiques chinoises sortent grandes gagnantes de la crise mondiale, après avoir bénéficié d'un plan de relance de 4 000 milliards de yuans (460 milliards d'euros), qui a nourri les champions nationaux de la construction, de la métallurgie ou des transports.

    Les 123 groupes placés sous la supervision du gouvernement central et les milliers d'entreprises détenues par des organes étatiques au niveau central ou local ont ainsi accumulé 1 264 milliards de yuans de bénéfices au cours des huit premiers mois de l'année, soit une hausse de 46,7 % par rapport à la même période en 2009, selon le ministère des finances. Les entreprises publiques ont absorbé l'essentiel des contrats issus des mesures de relance annoncées en novembre 2008 et consacrées à des projets d'infrastructures.

    Selon la Fédération du commerce et de l'industrie, Petrochina et China Mobile, les deux premières entreprises publiques, ont dégagé en 2009 des bénéfices supérieurs à ceux des 500 plus grandes sociétés privées cumulés ! Une situation résumée par la formule : " guojin mintui " (" l'Etat avance, le privé recule "). Les jeunes diplômés ne s'y trompent pas. Selon un sondage, 33 entreprises publiques figurent dans la liste de leurs 50 favorites.

    Ces géants sont les héritiers de l'économie planifiée depuis que le parti s'est rangé derrière l'" économie socialiste de marché ". L'Etat s'est désengagé au début des années 1990 des petites et moyennes entreprises mais a préservé sa mainmise sur les plus grandes, ensuite restructurées.

    " Le Parti communiste sait qu'en conservant ces firmes il peut les contrôler tandis que s'il les privatisait, il ne pourrait au mieux que les réguler ", explique Zhang Jun, professeur d'économie à l'université de Fudan, à Shanghaï.

    L'Etat reste le garant de la santé de ses joyaux. Il n'autorise pas l'entrée de concurrents étrangers ou chinois à capitaux privés sur le marché de la téléphonie mobile, que se partagent trois groupes dont il est actionnaire majoritaire : China Mobile, China Unicom et China Telecom.

    Il attribue, selon l'hebdomadaire Economic Observer, des parcelles de terrains au prix de 1,75 yuan (0,2 euro) par mètre carré au richissime Petrochina et lui assure l'accès aux ressources pétrolières chinoises à des prix inférieurs à ceux du marché.

    Capitalisme d'Etat

    Le gouvernement conserve une majorité du capital des trois géants de l'aviation civile, Air China, China Eastern et China Southern. En pleine crise, il s'est tenu à leur chevet pour éponger des pertes de 4,4 milliards de dollars et s'assurer que leur soient accordés les prêts nécessaires. Les petites compagnies privées ont, de leur côté, survécu en prenant soin de ne pas s'attaquer à la part du lion. Certaines ont mis la clé sous la porte, comme East Star Airlines, basée à Wuhan, mise en liquidation judiciaire en mars 2009.

    Le rôle de l'Etat a pourtant évolué. " L'appareil de planification a été cassé, les entreprises sont devenues autonomes, elles ont été mises en concurrence, explique Jean-François Huchet, directeur du Centre d'études français sur la Chine contemporaine à Hongkong. L'Etat intervient indirectement mais il est présent et ces entreprises se servent du canal étatique pour faire avancer leurs intérêts. "

    L'efficacité de ce capitalisme d'Etat aux caractéristiques chinoises est discutée. Zhang Jun, l'économiste de l'université de Fudan, juge que ces " tigres de papier " prospèrent grâce à leur surprotection mais restent fragiles et doute de leur compétitivité en situation de concurrence réelle.

    La Banque mondiale estime que " la Chine pourrait gagner en productivité en ouvrant un peu plus certains secteurs à la participation du privé " et en levant les obstacles à la concurrence.

    Dans son dernier livre, La Fin du libre marché, Ian Bremmer, président d'Eurasia Group, s'inquiète de la montée en puissance internationale de ces firmes soupçonnées d'être les chevaux de Troie d'intérêts étatiques.

    En détenant ces entreprises, l'Etat peut appliquer ses politiques de développement industriel, et ainsi conserver son modèle. Le Parti communiste ne souhaite pas non plus s'aliéner leurs dividendes ou voir émerger des groupements d'intérêts divergents. Ses membres préfèrent siéger directement aux conseils d'administration.

    Harold Thibault

    • L'Etat, pilier central de la deuxième économie du monde

      Le gouvernement central reste actionnaire majoritaire des plus grandes firmes du pays, dont China Mobile, qui compte plus de 800 millions de clients, Baosteel, le numéro un chinois de l'acier, les trois grandes compagnies aériennes et Petrochina, première capitalisation boursière mondiale.

      123 entreprises sont gérées par la Commission d'administration et de supervision des actifs de l'Etat. Un plan de restructuration doit réduire leur nombre à moins d'une centaine, qui domineront leurs secteurs respectifs.

      Près de 5 000 sociétés détenues par des autorités locales ou par le gouvernement ont fait faillite depuis 2002, selon Li Rongrong, ancien haut responsable de la supervision des firmes étatiques.


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