• Les Espagnols découvrent, en temps de crise, que leurs cheveux valent de l'or

    Les Espagnols découvrent, en temps de crise, que leurs cheveux valent de l'or

     

    Leurs mèches de cheveux dans un sac, ils sont de plus en plus nombreux à se rendre dans les locaux de l'entreprise d'import-export Justino Delgado, à Madrid. La crise, qui a encore fait 32 800 chômeurs de plus en Espagne au deuxième trimestre 2010 - soit un taux de chômage de 20,09 % -, les mène aux portes de cette société spécialisée dans le commerce des cheveux naturels.

    " Cela a commencé à la fin de l'année 2008, raconte Yolanda Delgado, gérante de l'entreprise familiale qui importe les cheveux du monde entier par centaines, voire milliers de kilos. De plus en plus de gens venaient nous proposer d'acheter leurs cheveux. Ils disaient que ça leur faisait de la peine de les jeter... "

    Au départ, elle n'acceptait pas ces requêtes individuelles. " Cela faisait plus de quinze ans que nous n'achetions plus aux particuliers. Nous n'avions pas la logistique adéquate ", souligne-t-elle.

    C'est pourtant ainsi, le 1er avril 1962, que démarre l'entreprise. A bicyclette d'abord, puis en Mobylette et enfin en voiture, Justino Delgado parcourt les villages et frappe à la porte des particuliers. " C'était encore l'Espagne pauvre de l'après-guerre. Et comme dit mon père, partout où la faim existe, il y a des cheveux à vendre ! "

    L'Espagne d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celle d'alors, mais devant l'affluence grandissante de particuliers, la gérante change d'avis. " Je peux aider des gens qui ont besoin d'un complément de revenus. "

    Début 2009, elle crée une petite infrastructure pour recevoir le public : entre une dizaine et une trentaine de personnes par mois. On leur explique les conditions nécessaires pour sceller la vente : les cheveux doivent être " vierges ", sans trace de teinture ni de décoloration, lavés et coupés, et mesurer 40 cm au minimum. La rémunération varie ensuite en fonction de la longueur et de la qualité entre 150 euros et 600 euros le kilo, soit entre 8 euros et 90 euros pour une queue-de-cheval.

    Toute la famille

    Une maigre somme sur laquelle ne rechignent pas les victimes de la crise. Yolanda voit ainsi passer dans ses bureaux des Espagnols de tous âges, des femmes essentiellement, mais aussi " des grands-pères qui débarquent avec les cheveux de toute la famille, de la grand-mère aux petits-enfants ".

    Beaucoup lui racontent leur histoire. Une jeune fille avait pris un vol depuis Alicante pour vendre sa longue chevelure. " Elle avait besoin d'argent car son entreprise lui avait imposé une réduction du temps de travail. Je lui ai offert 100 euros pour ses cheveux. Elle avait payé son billet 25 euros, ce qui lui faisait 75 euros de bénéfice. En partant, elle m'a dit :"Je reviens l'an prochain". "

    Pour l'entreprise, ces nouveaux " fournisseurs " sont une aubaine. Les chevelures, une fois traitées, seront transformées en perruques et vendues dans le monde entier. Or les cheveux européens sont les plus cotés. " Ce sont à la fois les plus demandés et les plus difficiles à se procurer, contrairement aux cheveux asiatiques qui dominent le marché ", explique Yolanda. - (Intérim, Madrid.)


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