• Les Etats américains en crise budgétaire réduisent leurs dépenses sociales

    Les Etats américains en crise budgétaire réduisent leurs dépenses sociales

    Peu de secteurs sont épargnés par les coupes : éducation, aide aux plus démunis, retraites des fonctionnaires
    New York Correspondant
     

     

    Dans Manhattan, au coeur de New York, des pancartes ont fait leur apparition à certaines stations de bus. Ces derniers, peut-on lire sur les panneaux, passeront bientôt à intervalles plus espacés.

    Les transports collectifs sont un élément clé du dynamisme d'un quartier où plus de la moitié des habitants ne dispose pas de voiture et qui, chaque jour, voit affluer 3 millions de personnes venues y travailler.

    La réduction de la fréquence des bus est un exemple parmi d'autres des mesures d'austérité qui s'abattent aujourd'hui sur les Américains.

    En apparence, l'Amérique ne connaît pas la rigueur : jamais, depuis la Grande Dépression, l'Etat fédéral n'aura engagé autant de dépenses publiques (plus de 2 500 milliards de dollars, soit près de 2 milliards d'euros). Pour de nombreux analystes, celles-ci ont évité un effondrement économique de l'ampleur des années 1930. Mais elles ont été insuffisantes pour protéger les Etats.

    Le cycle vicieux est désormais installé : avec le maintien du chômage à un étiage très élevé (16,5 % des Américains sont privés d'emploi en totalité ou partiellement), la consommation stagne et les recettes fiscales des Etats et des municipalités, pourvoyeurs de l'essentiel des services sanitaires, éducatifs ou sécuritaires, sont durement affectées. Or le nombre des chômeurs dits de " longue durée " (plus de six mois) ayant perdu toute ressource augmente sans cesse : il atteint 49 % des demandeurs d'emplois.

    Actuellement, 46 des 50 Etats américains comptent sur des recettes en recul dans le prochain exercice fiscal. Le pire est atteint au Nevada, l'Etat-casino où l'effondrement du secteur immobilier a été le plus spectaculaire. Là, le gouvernement local table sur un manque à gagner de 57 % de ses recettes.

    Aucune région n'est épargnée : au sud, l'Arizona attend des recettes en chute de 35 % ; au nord, le Wisconsin annonce une chute de 25 %, l'Illinois de 36 %. A l'ouest, l'Oregon, un Etat pourtant très " in " (nouvelles technologies et oeil rivé sur l'Asie) table sur un recul de 19 %. A l'est, la Caroline du Nord craint un -30 %. Dans le New Jersey (- 37 %), le gouverneur républicain, Chris Christie, prévoit de présenter un budget amputé de 25 % pour l'année fiscale débutant le 1er juillet.

    Désarroi des édiles

    Ces Etats ne peuvent évidemment pas battre monnaie et leur capacité d'emprunt est restreinte. Constitutionnellement, ils ne sont pas autorisés à faire faillite. Tous cherchent donc à réduire leurs dépenses et à trouver de nouvelles sources de financement. Les premiers touchés (Californie, Floride) s'y sont mis depuis longtemps. D'autres s'y attellent.

    Certaines mesures sont symptomatiques du désarroi des édiles. L'Arizona envisage de vendre une partie des locaux de son Capitole (le siège de la Chambre et du Sénat local) à des promoteurs privés. L'Ohio pense lancer de nouvelles loteries pour se renflouer. Pour ne pas faire de jaloux, Steve Beshear, le gouverneur démocrate du Kentucky (budget en baisse de 9 %) a un temps imaginé procéder à des coupes de taille identiques sur chaque poste budgétaire.

    Les mesures courantes se déclinent sur trois registres : diminution du nombre des fonctionnaires, allongement de l'activité et réduction des retraites, enfin coupes claires dans les budgets sociaux. Les postes les plus touchés portent sur la santé et l'éducation, qui constituent plus de la moitié des dépenses des Etats. Alors que le nombre des allocataires du Medicaid, l'aide sanitaire aux plus démunis à laquelle les Etats contribuent de façon importante, devrait augmenter de 5,4 % cette année, les budgets sociaux d'autre nature sont rognés presque partout. La Californie a montré l'exemple en diminuant les aides à domicile pour personnes âgées.

    Il en va de même du soutien scolaire ou des bourses aux étudiants (-35 % en deux ans en Californie). L'Arizona veut réduire de moitié les heures d'ouverture des écoles maternelles. Le 10 juin, 12 000 infirmières du Minnesota faisaient grève contre les licenciements dans les hôpitaux. Au Nebraska, un sénateur propose de ramener le nombre des comtés de 93 à 25 ou à 30 pour procéder à des économies d'échelles. Vingt-huit Etats ont déjà réduit de 5 % ou plus le nombre de leurs fonctionnaires.

    Les futurs retraités sont les victimes principales de cette cure de rigueur. L'Illinois vient de voter le passage de 64 à 67 ans de l'âge légal de la retraite et une limitation du montant des pensions des retraités à l'avenir. Mais le Colorado va plus loin : l'Etat a pris des mesures de limitation du montant des pensions de retraite qui s'appliquent à tous, allocataires actuels inclus. L'Indiana et le Connecticut pourraient vite suivre l'exemple.

    Presque tous les Etats entendent ouvrir des négociations avec les syndicats locaux de fonctionnaires. Car ces derniers jouissent généralement de retraites beaucoup plus favorables que les salariés du secteur privé. Dans l'austérité à l'américaine, policiers, pompiers et gardiens de prison figurent en première ligne.

    Sylvain Cypel

    • Des recettes en baisse

      Réduction des dépenses Selon l'organisme d'études indépendant National Conference of State Legislatures, les Etats américains ont réduit leurs dépenses cumulées de 300 milliards de dollars depuis 2008 (241 milliards d'euros). Pour l'année fiscale à venir, ils devraient encore rogner 150 milliards de dépenses.

      Recettes fiscales En 2010, celles des Etats issues des entreprises sont en baisse de 5,8 %, l'impôt sur le revenu de 2,8 % et la TVA de 1 %.

      Manque à gagner Sur 50 Etats, 31 doivent réduire leur train de vie de plus de 10 %. Pour 15 d'entre eux, le manque à gagner dépassera 20 % des recettes précédentes.


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