• Les Européens franchissent un cap pour stabiliser la zone euro

    Les Européens franchissent un cap pour stabiliser la zone euro

    Les Vingt-Sept s'orientent vers une réforme rapide du pacte de stabilité et un examen préalable des projets de budget nationaux par l'Union
    Luxembourg Envoyé spécial

    Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), avait fait le déplacement pour inciter les Européens à faire front face aux marchés. Les ministres des finances ont tenté, lundi 7 juin, au Luxembourg, de suivre ses conseils en annonçant un double accord : la refonte la plus rapide possible du pacte de stabilité et de croissance et la mise sur pied du fonds de stabilisation de la zone euro, prévu voici un mois.

    Pressés d'agir par la communauté internationale, les ministres des finances de la zone euro ont eu besoin de cinq nouvelles heures de négociations pour tomber d'accord sur les modalités de fonctionnement du fonds destiné à contrer les risques de contagion de la crise grecque à l'Espagne, au Portugal ou à l'Italie.

    Doté de 440 milliards d'euros de garanties d'Etat, cet outil inédit sera susceptible d'emprunter de l'argent sur les marchés pour voler au secours d'un pays aux abois. Piloté par les Etats de la zone euro, il agira conjointement avec les moyens gérés par la Commission européenne (60 milliards d'euros) et avec les crédits du FMI (pour un montant total de 250 milliards d'euros).

    Contre l'avis initial de la France, l'Allemagne a obtenu que chaque pays ne garantisse les futures levées d'argent qu'à hauteur de sa contribution au fonds. Une autre formule, la garantie solidaire de tous les Etats pour l'intégralité des emprunts, était privilégiée par la plupart des capitales, dont Paris. Mais elle serait revenue à une " union de transferts budgétaires " inacceptable pour les dirigeants allemands.

    Au nom du FMI, qui s'inquiétait des retards pris depuis un mois pour créer cette structure, Dominique Strauss-Kahn s'est félicité d'une réaction " forte, puissante, organisée " de la zone euro. Le fonds ne sera cependant pas opérationnel avant quelques semaines : la société ad hoc créée au Luxembourg doit encore négocier avec les agences de notation afin de disposer de la meilleure notation possible sur les marchés (AAA). De quoi alimenter de nouvelles discussions au sein de la zone euro.

    Le compromis à peine conclu, Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe, a passé le relais à Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen. Ce dernier réunissait pour la deuxième fois en deux semaines les ministres des finances des Vingt-Sept afin de muscler la gouvernance économique de l'Union. Principale avancée agréée par le groupe de travail mis en place au plus fort de la crise de l'euro : la refonte, pour le durcir, du pacte de stabilité.

    Sanctions " préventives "

    A l'issue des débats, le président du Conseil a assuré qu'un " large accord " prévalait au sujet du renforcement des sanctions, du volet préventif du pacte et de la prise en compte de l'endettement dans les procédures pour déficit excessif. D'éventuelles sanctions " préventives " pourront ainsi être décidées avant qu'un pays ne franchisse le plafond fixé par le pacte de stabilité (3 % du produit intérieur brut pour les déficits), si sa dette augmentait trop vite ou si ses dirigeants ne parvenaient pas à assainir les comptes en période de bonne conjoncture.

    Les Vingt-Sept sont par ailleurs favorables, en grande majorité, à l'examen des budgets nationaux au niveau européen avant même leur adoption définitive par les Parlements. " Il ne s'agira pas de court-circuiter les Parlements nationaux, a assuré M. Van Rompuy. L'idée est d'examiner les hypothèses retenues par chaque gouvernement, les recettes et les dépenses, mais sans entrer dans les détails. "

    Contre l'avis de l'Allemagne, les ministres des finances écartent en revanche à ce stade toute suspension des droits de vote d'un Etat incapable de maîtriser ses finances. " Cette idée n'est pas exclue, mais tout le monde est conscient que des sanctions non financières exigent une modification des traités ", a observé M. Van Rompuy. De nouvelles réunions sont prévues d'ici fin juillet pour préciser les orientations prises lundi. D'ici là, le président du Conseil résumera l'état des discussions au prochain sommet des chefs d'Etat et de gouvernement, le 17 juin. A une semaine de la réunion, il se garde d'aborder les questions susceptibles de susciter de fortes tensions, en particulier entre les Français et les Allemands.

    Nicolas Sarkozy souhaite, contre l'avis d'Angela Merkel, institutionnaliser les sommets de la zone euro. Les Allemands exigent par ailleurs la mise en place d'une procédure de mise en cessation de paiement des Etats incapables de redresser leurs comptes. Les Français, et la plupart des capitales, refusent cette perspective. Pour eux, il est essentiel de pérenniser le fonds de stabilisation de la zone euro, dont la durée d'existence a été limitée à trois ans.

    Philippe Ricard

    • Le FMI appelle à muscler la discipline budgétaire

    Le Fonds monétaire international (FMI) a pointé, lundi 7 juin, les dysfonctionnements de la zone euro. Un rapport remis par son directeur, Dominique Strauss-Kahn, aux ministres des finances de l'Union monétaire, met en cause la croissance " anémique ", et les politiques budgétaires " non viables dans certains pays " de la zone euro. " Les gouvernants doivent prendre des mesures déterminées pour parachever le projet d'union monétaire ", juge le FMI, en appelant à muscler la discipline budgétaire commune au sein de la zone euro. Le pacte de stabilité " n'a pas encouragé les Etats membres à saisir l'occasion de bâtir des réserves suffisantes et d'abaisser la dette à des niveaux prudents ", note le FMI.


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