• Les Grecs étonnamment dociles face aux mesures d’austérité annoncées

    Les Grecs étonnamment dociles face aux mesures d’austérité annoncées  

    Pour l’instant, la population semble serrer les rangs, malgré les violentes coupes budgétaires. Jusqu’à quand ?

    Jusqu’ici, tout va bien. C’est un peu le constat que dressent actuellement, à Athènes, les observateurs de la situation politique et sociale grecque. Un étranger, fin connaisseur du pays, s’avoue ainsi« passablement étonné »de constater que la population ne soit pas vent debout contre le programme d’austérité de Georges Papandréou, le Premier ministre. Il se passe même« quelque chose de bizarre », estime Rihardos Someritis, éditorialiste pour le quotidien « To Vima » : d’après les sondages, le soutien au Parti socialiste a encore augmenté depuis sa victoire lors des législa tives d’octobre dernier.Un peuple réputé pour son sang chaud qui serre subitement les rangs derrière son gouvernement, au moment même où ce dernier opte pour une rigueur radicale ? Pour tous les observateurs, cette anomalie a une cause, résumée par Rihardos Someritis :« Les Grecs ont fini par comprendre que nous vivions la dernière minute avant la catastrophe. »Sur ce point au moins, la gigantesque pression mise, ces derniers jours, par les marchés, a servi à quelque chose. De même que le pilonnage intensif des grands médias économiques anglo-saxons, au premier rang desquels le « Financial Times ».

    Sursaut national

    En Grèce, certains avancent même l’hypothèse suivante : si Georges Papandréou a mis quatre mois pour rentrer dans le vif du sujet – les finances publiques –, c’est qu’il avait besoin de cette pression extérieure pour faire passer la pilule de l’austérité. En ce sens, l’annonce, quelques semaines après sa prise de fonctions, que le déficit public allait être le double des prévisions  faites par son prédécesseur peut apparaître comme une étape importante dans la mise en œuvre de ce projet. En outre, le Premier ministre bénéficie, pour l’instant, de son statut de « nouveau » aux affaires.« Il faut lui laisser sa chance », tranche Giorgios Kolovos, un étudiant qui avait appuyé les grèves de la fin 2008.L’heure est donc au sursaut national : il est temps de retrouver son indépendance financière et sa fierté aux yeux des marchés internationaux. Les agriculteurs, qui bloquent actuellement les routes du pays pour obtenir des financements, sont en train d’en faire les frais. Cette fois, leur mouvement n’est guère soutenu par la population. Une grande première. Et Giorgios Kolovos, de s’interroger :« Que se passerait-il si tous ceux qui ne gagnent pas assez bloquaient les routes dans ce pays ? »Sur ce dossier, l’attitude du gouvernement sera déterminante, estime Rihardos Someritis :« S’il ne cède pas, cela dissuadera d’aller au conflit une partie de ceux qui veulent en découdre avec lui. »

    Ne pas tuer la croissance

    Il reste toutefois deux inconnues. D’abord, combien de temps cette docilité du peuple grec durera-t-elle ? Aucun sondage n’a été effectué depuis que le Premier ministre a annoncé, mardi soir, de nouvelles mesures, concrètes, d’austérité. Repousser l’âge de la retraite à 67 ans, bloquer tous les salaires du secteur public, réduire de 10 % le budget de chaque ministère, augmenter la fiscalité sur le carburant…« On est exactement aux antipodes de ce qu’avait promis Papandréou pendant sa campagne », note le même observateur étranger.L’autre question qui se pose concerne l’économie grecque. Elle est résumée par Pashos Mandravelis, éditorialiste pour le quotidien des affaires « Katimerini ».« Le gouvernement focalise actuellement toute son attention sur les finances publiques, au détriment de la stratégie économique », estime-t-il. Tout à son projet de restaurer la crédibilité financière de son pays, Georges Papandréou, serait-il en train de« tailler dans la chair en même temps que le gras », comme le craint Pashos Mandravelis ? En clair : attention à ne pas tuer la croissance en coupant toutes les dépenses. C’est aussi le point de vue qu’a défendu, à Athènes, le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz.

    Gabriel Grésillon

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :