• Les Grecs sont " dégoûtés " par la réforme des retraites et les mesures d'austérité

    Les Grecs sont " dégoûtés " par la réforme des retraites et les mesures d'austérité

    Le gouvernement socialiste de Georges Papandréou, engagé dans une politique de rigueur sans précédent, affirme que le plan de redressement est sur la bonne voie
    Athènes correspondance
     

     

    Dégoûtée " par une réforme des retraites qui va prolonger " d'au moins cinq ans, et pour une misère au final " son temps de travail, Despina (le nom a été changé) a fait grève, jeudi 8 juillet. A l'appel des principales centrales syndicales, une journée d'action - la sixième organisée en Grèce depuis février contre l'austérité et les coupes dans les acquis sociaux -, a paralysé les transports et les services publics.

    Mais Despina, fonctionnaire de 48 ans, n'est pas allée battre le pavé. Les défilés n'ont d'ailleurs rassemblé qu'un noyau dur de manifestants et de militants syndicaux, guère plus de 15 000 à Athènes, comme lors du dernier débrayage national, le 29 juin.

    Despina, qui n'est pourtant pas résignée, espère dur comme fer que " les gens vont finir par se soulever ". Elle soutient désormais l'opposition communiste. " Je me couperais la main plutôt que de revoter socialiste, jure-t-elle. Mais pour manifester, j'étais trop fatiguée. Ici, en plus de son emploi, une femme assume seule tout le poids de la maison, des enfants, sans compter les parents et beaux-parents quand ils vieillissent. Il est inacceptable que cela ne soit pas pris en compte ", s'indigne-t-elle.

    Adoptée dans la nuit de jeudi à vendredi par la seule majorité socialiste, après beaucoup de grogne interne, la réforme des retraites aligne l'âge de départ des femmes - jusque-là 60 ans - sur celui des hommes, 65 ans. En outre, le texte taille dans les innombrables exemptions qui permettaient, par exemple, à une fonctionnaire mère d'enfants mineurs de partir après vingt-cinq ans d'activité. Le nouveau régime réduit aussi de 7 % en moyenne le montant des pensions et impose 40 annuités contre 37 auparavant.

    Dénonçant une " démolition du système de protection sociale ", les syndicats affirment vouloir continuer la lutte pour obtenir le retrait de la réforme. D'autant qu'elle facilite aussi les licenciements et en réduit les indemnités.

    Pour le gouvernement socialiste, qui s'est engagé à ces mesures en échange de l'aide financière de l'eurozone et du Fonds monétaire international (FMI), il s'agit d'assurer la viabilité d'un système menacé d'implosion, qui absorbe 13,5 % du produit intérieur brut, et de le rendre plus juste.

    Mais Despina n'y croit pas : " C'est vrai que, cette fois, même les policiers sont concernés, ils ne pourront plus partir à 45 ans, mais pourquoi aligner tout le monde vers le bas au prétexte de corriger les excès. Une fois de plus, il s'agit de faire payer les travailleurs. "

    " Il fallait remettre de l'ordre, mais là c'est trop brutal ", juge Zafiria Hadzi, 44 ans, employée à la poste depuis vingt-trois ans. A six mois près, elle pouvait partir à 45 ans, " ce qui, franchement, n'aurait pas été normal ". Bénéficiant encore d'un régime transitoire, elle travaillera jusqu'à 58 ans. " Je n'ai pas à me plaindre, le problème c'est pour les plus jeunes, qui ont fait plus d'études et mis plus longtemps à trouver du travail. Et ça va continuer à être plus dur pour les femmes, avant que les mentalités changent. "

    C'est à cause de l'" usure " résultant de ce " cumul des rôles, sans le soutien d'une politique familiale ", que Dimitra a finalement décidé, à 51 ans, de prendre sa retraite anticipée du ministère de l'économie où elle travaille depuis trente ans. " J'ai trop peur d'être rattrapée par le durcissement généralisé, et avec la réduction de mon salaire et les coupes prévues pour les retraites supérieures à 1 400 euros, le calcul est vite fait ", s'alarme-t-elle.

    Sous le coup de la rigueur, les salaires des fonctionnaires ont déjà été amputés de 15 % en moyenne. Les Grecs font également face à une récession, qui fait grimper le chômage, et à une hausse du coût de la vie, induite par l'augmentation des prélèvements indirects. Dimitra a la chance d'avoir fini de rembourser son crédit immobilier. " Mais j'ai beaucoup de collègues qui commencent à désespérer. "

    Conscient du risque social et politique, le gouvernement communique ces derniers jours sur le thème de " la fin du tunnel ". Après cinq mois de réformes à marche forcée, Athènes peut affirmer que le plan de redressement est sur la bonne voie, sans s'attirer de démenti de ses bailleurs de fonds, l'Union européenne et le FMI.

    Tant à l'étranger que chez les décideurs économiques nationaux, on reconnaît que le premier ministre, Georges Papandréou, a porté le fer dans la plaie comme jamais ses prédécesseurs ne l'avaient osé. Mais les effets d'une thérapie de choc que Dimitra assimile " à une expérience socio-économique avec les Grecs pour cobayes " commencent seulement à se faire douloureusement sentir.

    Catherine Georgoutsos


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