• Les levées de dettes spéculatives vont battre des records en 2010

    Les levées de dettes spéculatives vont battre des records en 2010

    Les émissions d’obligations « pourries » ont atteint des niveaux historiques en juillet et devraient battre leur record annuel, soutenues par une forte demande. Sur le marché secondaire, des signes de formation d’une bulle apparaissent.

    L’année 2010 s’annonce historique pour les levées de dettes spéculatives (dite « high yield »). A fin juillet, les émissions de ces titres mal notés par les agences de notation ont totalisé 145,7 milliards d’euros dans le monde, dont 18,4 milliards pour les opérations libellées en euros, d’après Dealogic. Ces niveaux n’ont été dépassés qu’une seule fois dans l’histoire : en 2007. Les spécialistes estiment qu’en fin d’année, l’écart sera plus que comblé. Le mois de juillet vient notamment d’établir un record. D’après Société Générale, les volumes des émissions libellées en euros s’élèveront à 35 milliards d’euros en 2010.La reprise de l’activité primaire sur le segment spéculatif s’est opérée en fin d’année dernière, après une année 2008 marquée par un gel des opérations et dans un contexte de durcissement des conditions d’accès au crédit bancaire. « L’afflux d’émissions est essentiellement lié à des refinancements ; les émetteurs profitent de l’ouverture du marché pour allonger la maturité de leur dette », explique Andrew Jessop, gérant chez Pimco. Le refinancement de prêts constitue une part importante des titres placés sur le marché, en particulier en Europe. Ce phénomène risque de s’accentuer, compte tenu des remboursements très importants attendus dans les prochaines années, avec un pic prévu en 2014.

    Confiance du marché

    L’augmentation des volumes est pour l’instant rendue possible du fait d’une demande qui excède l’offre. Elle devrait continuer de pouvoir absorber les opérations attendues cette année. La faiblesse des taux d’intérêt sur les titres les moins risqués pousse les investisseurs vers d’autres actifs. « La recherche de rendement explique en grande partie le fait que l’activité primaire soit plus intense pour les sociétés moins bien notées : les investisseurs sont obligés de descendre dans l’échelle de notation », fait valoir l’équipe de Société Générale. En effet, en compensation du risque, les rendements des titres « high yield » sont élevés. La situation pourrait perdurer si les signes de faiblesse de l’économie américaine se confirmaient, repoussant l’échéance d’un relèvement des taux directeurs et donc des rendements des actifs les plus sûrs.Cette quête de rémunération de la part des investisseurs est aussi favorisée par une amélioration du sentiment sur la qualité de crédit des entreprises. Moody’s a fait état d’un taux de défaut du compartiment spéculatif de 6,1 % au niveau mondial à la fin du deuxième trimestre 2010, contre 10 % au premier trimestre et plus de 11 % il y a un an. En outre, l’agence prévoit seulement 2,4 % d’ici à la fin de l’année. « Par ailleurs, sur certains titres tombés récemment dans la catégorie spéculative, le marché intègre déjà des niveaux de prix dignes de sociétés bien notées », remarque Andrew Jessop. C’est notamment plus ou moins le cas pour les obligations de Peugeot, Renault, Remy Cointreau et Pernod Ricard.La confiance du marché fait d’ailleurs craindre qu’une bulle soit en train de se former. Les spécialistes reconnaissent que le potentiel de hausse est désormais limité cette année. D’après l’indice en dollars de Bank of America Merrill Lynch, les obligations spéculatives traitent quasiment à leur valeur nominale, signe de leur cherté. Le gérant de Pimco souligne par ailleurs que si le marché actions chutait d’ici à la fin de l’année, les obligations spéculatives, surtout les plus mal notées, pourraient être affectées, du fait de leur corrélation avec la Bourse.

    Isabelle Couet

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