• Les marchés prennent au sérieux le risque de déflation

    Les marchés prennent au sérieux le risque de déflation  

    Les craintes d’un scénario à la japonaise ont refait surface sur les marchés. Les rendements des emprunts des Etats-Unis sont au plus bas, avec des taux à 2 ans tombés à 0,5 %, de même que les anticipations d’inflation.

    Faut-il craindre le plus l’inflation ou la déflation ? Alors que les politiques monétaires devraient rester très accommodantes dans les grands pays développés pour encore de longs mois, les marchés n’ont pas fini de s’interroger. Mais ces dernières semaines, les craintes déflationnistes semblent avoir pris le dessus. Notamment sur les marchés obligataires, les rendements des emprunts des Etats-Unis, de l’Allemagne ou de la France ayant tous franchi des plus bas historiques.Les taux des « Treasuries » américains à 2 ans sont ainsi tombés à 0,51 % hier, un record. Les taux à 10 ans sont à 2,82 %, au plus bas depuis quinze mois. La comparaison du rendement des obligations indexé sur l’inflation et des obligations ordinaires est encore plus parlante. Selon le « Wall Street Journal », les « Tips » (« treasury inflation protected securities ») à 5 ans offraient la semaine dernière une prime d’inflation négative. C’est la deuxième fois seulement dans l’histoire que cela se produit et cela montre bien à quel point les marchés intègrent déjà l’idée d’une inflation très faible, voire négative aux Etats-Unis.

    « Fragile et vulnérable »

    Le risque d’un scénario « à la japonaise » est donc pris très au sérieux.« L’exemple le plus frappant est sans doute l’inflation des prix médians calculée par la Fed de Cleveland, qui atteint à peine 0,5 % en mai. Parallèlement, l’indice de référence pour la Fed, le déflateur de la consommation des ménages hors alimentation et énergie, se situe à 1,3 % en mai, en dessous de la moyenne observée en 2003-2004, période durant laquelle le comité de politique monétaire s’était inquiété des risques de déflation », rappelle Axel Botte, chez AXA IM. Conclusion :« Le risque de déflation n’a jamais été aussi proche pour une économie américaine fragile et vulnérable à un choc défavorable ».Du coup, les marchés pensent que la Réserve fédérale américaine pourrait relancer son programme « d’assouplissement quantitatif » de la politique monétaire, qui consiste à monétiser la dette publique, afin d’éviter que l’économie américaine ne tombe dans le piège déflationniste. 

    La Fed, ce soir

    L’un des dirigeants de la Réserve fédérale américaine, James Bullard, s’est clairement exprimé il y a dix jours en faveur d’une reprise de la politique d’achat d’actifs de la part de la Fed, qui réunit ce soir son comité de politique monétaire. Ainsi, la Fed pourrait opter pour un nouveau programme de rachats de titres centré sur les bons du Trésor. Mais celui-ci devra être de taille pour produire ses effets.« Si les rachats de dette publique sont généralement considérés comme vecteurs d’inflation, le plan devra être d’une taille importante et s’inscrire dans la durée pour réussir l’objectif de relèvement des anticipations d’inflation », note Axel Botte, qui évoque un montant de 600 milliards de dollars afin d’atteindre cet objectif.Certains analystes sont moins pessimistes. Selon eux, les Etats-Unis ne sont pas le Japon des années 1990, ne serait-ce que sur le plan démographique. Ils estiment que la quantité phénoménale d’argent créée par la Fed depuis le début de la crise financière finira bien par avoir des conséquences inflationnistes. Conséquences qui seront d’autant plus fortes quand les bilans des banques seront assainis, les finances des ménages renflouées et l’offre et la demande de crédit reparties à la hausse.« Si les pressions inflationnistes semblent bien lointaines, la prudence reste de mise »,notent les spécialistes de Bank of New York Mellon AM.« Si l’inflation venait à réapparaître, le ’spread’ entre les obligations à haut rendement et les obligations les mieux notées, notamment les bons du Trésor, pourrait se resserrer. »

    GUILLAUME MAUJEAN

    Un indicateur contrariant   pour les marchés d’actions  

    Rebond. Logiquement, les marchés d’actions ne devraient pas aimer la déflation. Une période de baisse des prix et de faible demande pèse sur les résultats des entreprises. Mais les investisseurs ont alors tendance à se reporter sur les sociétés qui sont les moins endettées, qui versent les dividendes les plus généreux ou qui produisent des biens de première nécessité. Une association américaine, la National Inflation Association, a même remarqué que les périodes pendant lesquelles la presse parlait le plus de déflation coïncidaient souvent avec un démarrage du rebond des marchés d’actions. Ainsi, l’association note qu’on a jamais autant parlé de risque déflationniste en mai 2003. A partir de ce mois-ci, le Dow Jones vécut quatre années de hausse quasi ininterrompue, pour passer de 8.500 à 14.198 points, soit un bond de 67 %. Nouveau pic d’articles sur la déflation en novembre 2008 : l’indice phare américain a alors gagné 41 % en quelques mois.


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