• Les particuliers ne vont pas bénéficier des baisses des tarifs de la réassurance

    Les particuliers ne vont pas bénéficier des baisses des tarifs de la réassurance

    Les contrats habitation devraient augmenter d'au moins 5 % en 2011, ceux pour l'automobile de 2 % à 4 %

     

    En matière d'assurance, l'année 2011 s'annonce paradoxale. D'un côté, les particuliers vont voir leurs contrats auto et multirisques habitation augmenter parfois fortement, tandis que les compagnies espèrent obtenir des tarifs en légère baisse pour leurs contrats de réassurance. La raison est simple : depuis près de deux ans, les assureurs français ont plus pâti des sinistres que les réassureurs, ces " assureurs des assureurs ".

    Depuis le samedi 11 septembre, les principaux réassureurs, assureurs et courtiers mondiaux négocient comme tous les ans les conditions de renouvellement de leurs traités de réassurance lors des Rendez-vous de septembre à Monte-Carlo, une manifestation durant cinq jours.

    " Nous nous attendons à une stabilisation, voire à une baisse légère des prix, car les réassureurs ont été peu été touchés par les événements climatiques en France et ont retrouvé un niveau de profit élevé l'an dernier après la crise de 2008 ", estime Daniel Fortuit, le secrétaire général des Rendez-vous de septembre.

    Une opinion qui s'appuie aussi sur les études des agences de notation. " Les bilans des réassureurs restent dans l'ensemble solides et ils ont même des excédents de fonds propres par rapport à leur niveau de note, relève Lotfi Elbarhdadi, directeur chez Standard & Poor's. Il y a donc une surcapacité d'offre, ce qui se traduit par une tendance à une baisse des prix. "

     

    En 2009, les réassureurs ont aussi bénéficié d'une période sans catastrophe naturelle majeure, du jamais vu depuis plusieurs années. Seul bémol, la multiplication de ces sinistres depuis le début de l'année, marquée notamment par le tremblement de terre au Chili. Les réassureurs ont déboursé au seul premier semestre plus de 22 milliards de dollars (17,2 milliards d'euros), soit " l'équivalent de l'ensemble des coûts pour l'année 2009 ", précise Standard & Poor's. " Plus de la moitié de budget annuel consacré aux catastrophes a été utilisée avant même le début de la saison des ouragans aux Etats-Unis ", prévient l'agence de notation. La fin de l'année sera donc décisive.

    De son côté, l'agence de notation Moody's maintient sa perspective négative sur le secteur de la réassurance, s'inquiétant des conséquences sur les bénéfices d'une baisse de tarifs jugée inéluctable cette année.

    La situation est autre pour les assureurs. Depuis les tempêtes Lothar et Martin de 1999 et devant l'aggravation des événements climatiques, les réassureurs se sont recentrés sur les risques très élevés. " Tout ce qui est en dessous d'un certain montant est supporté par les compagnies d'assurances ", explique Jean-Philippe Dogneton, président de la commission technique réassurance du Groupement des entreprises mutuelles d'assurances (GEMA). De plus, pour réduire leurs coûts, les assureurs ont réduit leur couverture de réassurance. Résultat, depuis début 2009, " les assureurs ont absorbé une partie importante des chocs ", poursuit M. Dogneton.

    En France, si la tempête Klaus en janvier 2009 a coûté 1,6 milliard d'euros, les conséquences de Xynthia au début de l'année et des précipitations exceptionnelles dans le Var sont estimées à 2 milliards d'euros. A ces événements naturels s'ajoutent de fortes charges liées aux habitations. Les assureurs constatent en effet chez les particuliers une augmentation des dégâts des eaux mais aussi une recrudescence des incendies. En période de crise, les particuliers déclarent davantage de sinistres, qu'ils soient réels ou non.

    " Même si les tarifs montent régulièrement depuis quelques années en multirisque habitation, les assureurs perdent de l'argent dans cette activité. Il faudrait qu'ils augmentent de 10 % à 30 % leurs tarifs pour revenir à l'équilibre ", estime Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet de conseil Facts & Figures. Il table sur la poursuite d'une hausse de 5 % à 7 % en 2011, plus que les 4 % à 6 % de cette année. " C'est important, mais insuffisant ", relève-t-il. Le comparateur de prix sur Internet Assurland s'attend, lui, à 5 %, voire plus

    La déconvenue est aussi venue du secteur automobile touché également par les intempéries mais surtout par une recrudescence des accidents de voitures peu graves, donc non réassurés. En 2009, le montant des sinistres a augmenté de 8 % et les cotisations ont progressé de 2 %.

    Estimant cette situation passagère, les assureurs n'avaient pas vraiment réagi. Mais la tendance s'est confirmée au début de l'année 2010 avec encore de nombreux accidents sur les routes. Les tarifs devraient donc continuer de grimper de 2 % à 3 %, " c'est tout de même plus que la croissance du produit intérieur brut ", note M. Chartier-Kastler. " Les tarifs automobiles sont repartis à la hausse à partir de septembre 2009, relève Stanislas Di Vittorio, fondateur d'Assurland. Cela confirme une tendance annuelle de 3 % à 4 %. " Son indice IPAP a relevé en avril une forte hausse des tarifs auto de 4 % et de 6 % pour l'habitation et la santé.

    Pour les complémentaires santé, la progression des tarifs se poursuit, liée à celle des dépenses de santé, au vieillissement de la population, aux équipements toujours plus perfectionnés, mais aussi au désengagement progressif de la Sécurité sociale.

    De plus, la décision du gouvernement de taxer à hauteur de 3,5 % les contrats solidaires et responsables aura des répercussions sur les assurés. Le mouvement de hausse des prix n'est pas prêt de s'arrêter, même si au ministère du budget, on estime que les mutuelles et les compagnies d'assurances ont " les capacités d'absorber l'effort financier " sans pour autant augmenter leurs tarifs.

    Dominique Gallois


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