• Les patrons chinois devront se montrer plus généreux

    Le point de vue des chroniqueurs de l'agence économique Reuters Breakingviews

    Les patrons chinois devront se montrer plus généreux

     

    Il y a dix ans, la Chine faisait figure de parfait cas d'école du capitalisme pur et dur. Le pays comptait alors une véritable armée de travailleurs ruraux à la recherche d'un emploi ouvrier en ville. En conséquence, les salaires pouvaient rester bas sans que la main-d'oeuvre ose se plaindre. Cette époque est bel et bien révolue.

    Ainsi, Foxconn, filiale du fabricant taïwanais Hon Hai Precision, a dû faire face à une vague de suicides, tandis que de son côté, le constructeur automobile japonais Honda se trouvait confronté à une grève. Dans les deux cas, les entreprises ont dû accorder d'importantes hausses de salaire. Un nouveau rapport de force social est en train de s'ébaucher. De fait, trois facteurs viennent modifier la donne pour les filières industrielles chinoises tournées vers l'exportation.

    Premier facteur : le réservoir de main-d'oeuvre adéquate n'est plus aussi large. Sous l'effet conjugué de la terrible politique de réduction du taux de natalité pratiquée par le gouvernement et de la vague de création d'emplois qui est très soutenue depuis plusieurs années, le vivier de paysans bons à être sous-payés s'est considérablement réduit. Lorsqu'il se sera entièrement vidé - et que la Chine en sera arrivée au fameux point de retournement de Lewis -, les salariés pourront réclamer davantage sans craindre d'être supplantés par de nouveaux venus.

    Deuxième facteur : la nouvelle génération de travailleurs est plus exigeante que celle de leurs parents. Ils sont plus productifs parce que mieux formés et plus compétents, mais en sont par là même plus ambitieux. Ils veulent des salaires plus élevés et ressentent de la frustration à exécuter des tâches ouvrières monotones. Dans le cas de Foxconn, les gens protestaient autant contre la rigidité de la vie à l'usine que contre la paie.

    Compétitivité

    Troisième facteur : le secteur des services a commencé à décoller en Chine. C'est une évolution tout à fait logique sur le chemin du développement, lorsqu'une partie du temps économisé grâce à une meilleure productivité du travail passe dans la consommation de services. Mais voilà : les employeurs que sont les boutiques et les restaurants deviennent les concurrents des usines sur le marché du travail.

    Il se passera encore du temps avant que les patrons chinois n'aient à s'inquiéter de trop payer leurs employés. Dans le secteur manufacturier, le salaire horaire a sérieusement progressé depuis 2005, année où les statistiques indiquaient qu'il atteignait respectivement 5 % et 17 % de ses équivalents coréen et brésilien. Mais la pauvreté relative qui persiste reste l'un des meilleurs atouts du pays en termes de compétitivité.

    Ceci étant, la tendance de fond est claire. Au fur et à mesure qu'ils voient leur condition s'améliorer, les travailleurs ont de plus en plus de difficulté à se contenter de ce qu'on leur donne. Que les patrons se le tiennent pour dit : il faudra se montrer plus généreux à l'avenir.

    Wei Gu

     

    (Traduction de Christine Lahuec)


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