• Les Pays-Bas champions de la lutte contre le chômage

    Les Pays-Bas champions de la lutte contre le chômage

    Les dispositifs de chômage partiel mis en place depuis plus d’un an ont permis d’éviter les licenciements massifs. Mais ils coûtent cher au budget de l’Etat.

    14.01.2010 | Adam Cohen | The Wall Street Journal

    D’EINDHOVEN (PAYS-BAS)
    Chez DAF Trucks, la production de camions a chuté de moitié en un an. Le constructeur néerlandais n’en a pas moins conservé 80 % de ses effectifs à plein temps. Grâce à un système de contributions de l’Etat abondé par l’entreprise, Theo Witkamp, 57 ans, opérateur de machine de coupe assistée par ordinateur, perçoit ainsi 85 % de son salaire antérieur, malgré la forte réduction de son temps de travail. “C’est mieux que d’être au chômage”, reconnaît-il. Les Pays-Bas, comme l’Allemagne et l’Autriche, ont mis en œuvre des programmes de chômage partiel pour maintenir les emplois menacés par la crise financière. Si ces trois pays ont effectivement réussi à éviter un effondrement du marché du travail, les Néerlandais s’en sont particulièrement bien sortis. Avec un taux de 3,9 % en novembre dernier, selon les dernières statistiques de l’Union européenne, leur niveau de chômage est l’un des plus bas parmi les pays riches [l’Allemagne est à 7,6 %, l’Autriche à 5,4 %, et la France à 10 %]. “Beaucoup de gouvernements ont pris des mesures de soutien de l’emploi, mais ce sont les Pays-Bas qui ont obtenu les meilleurs résultats”, note Stefano Scarpetta, chef de la division d’analyse des politiques de l’emploi à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à Paris.

    En un an, le pays a injecté quelque 2 milliards d’euros dans cette politique. Mais certains observateurs craignent qu’en plombant le budget de l’Etat – qui devrait afficher un déficit représentant 4,7 % du produit intérieur brut en 2009, après un excédent de 0,7 % en 2008 – ces dépenses ne fassent perdre au pays ce qui a fait sa force et lui a permis de résister à la récession.

    Avant la crise, le taux de chômage tournait autour de 2,7 % et les entreprises devaient faire venir des Européens de l’Est pour pourvoir les postes vacants. Lorsque la conjoncture s’est retournée, le gouvernement [de coalition], les syndicats et le patronat ont rapidement trouvé un accord sur le financement des emplois [les syndicats acceptant de faire passer l’emploi avant les salaires]. L’objectif était, selon Piet Hein Donner, le ministre des Affaires sociales et de l’Emploi, d’éviter que les entreprises ne surréagissent à la crise financière en se séparant de travailleurs qualifiés qu’elles devraient réembaucher lorsque les affaires reprendraient.

    Le mécanisme du chômage partiel ne fait toutefois pas l’unanimité. Rickj Van der Ploeg, professeur d’économie à l’université d’Oxford et ancien secrétaire d’Etat à la Culture [PvdA, Parti du travail], y voit par exemple une forme de “communisme rampant”. “C’est purement et simplement un partage de la pauvreté”, affirme-t-il. Même ceux qui y sont favorables expriment quelques doutes. “Le marché aura plus de mal à déterminer quelles sont les entreprises qui devraient survivre et celles qu’il faudrait laisser disparaître”, reconnaît Wouter Bos, le ministre des Finances [PvdA]. Néanmoins, ajoute-t-il, il faut prendre ce risque, de manière à maintenir les gens au travail jusqu’à ce que la reprise se confirme. “On dépense de l’argent au début, mais cela permet d’en économiser par la suite puisque cela fait autant de chômeurs en moins à indem­niser”, justifie-t-il.

    Le premier programme, qui s’est dé­roulé de décembre 2008 à mars 2009, était réservé aux entreprises dont le chiffre d’affaires avait diminué d’au moins 30 % sur deux mois. L’Etat com­­pensait intégralement la baisse de ré­munération des salariés dont le temps de travail avait été réduit. Plus de 2 000 entreprises en ont bénéficié, pour une durée maximale de six mois, et l’Etat a pris à sa charge plus de 2,4 millions d’heures de travail, pour un coût d’environ 200 millions d’euros.

    Depuis avril 2009, un autre programme, dit de“chômage à temps partiel”, a pris le relais, avec un budget de 1 milliard d’euros. Pour en bénéficier, il n’est plus nécessaire de justifier d’une chute de l’activité. [Contrairement au précédent, qui, selon le gouvernement, a maintenu sous perfusion des entreprises qui n’étaient pas viables, ce plan s’adresse aux sociétés ayant simplement besoin d’un coup de pouce temporaire.] Les entreprises peuvent réduire, de moitié au maximum, la durée du travail et les salaires, l’Etat compensant 70 % du manque à gagner pour les salariés. Au démarrage, ce système était trop souple : certaines entreprises y ont eu recours pour l’ensemble de leur personnel, présentant à l’Etat une facture astronomique. L’été dernier, M. Donner a donc strictement encadré le nombre d’heures prises en compte et la durée de la prise en charge [plus le nombre de salariés concernés est important, plus cette durée est courte]. Plus de 1 500 entreprises bé­né­ficient actuellement de ce programme


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