• Les pistes du gouvernement pour les retraites

    Les pistes du gouvernement pour les retraites

    Augmentation de la durée d'activité, contribution sur les hauts revenus, pénibilité : le ministre du travail sort du flou

    Pour dévoiler sa réforme des retraites, le gouvernement a opté pour la méthode de l'effeuillage. Dimanche 16 mai, Eric Woerth, ministre du travail, de la solidarité et de la fonction publique, a transmis aux partis politiques, aux partenaires sociaux et aux organisations syndicales de la fonction publique, un document d'orientation. Dans la foulée il a engagé une seconde phase de concertation. Elle durera jusqu'au mois de juin, date à laquelle la réforme sera connue.

    Dans ce premier texte, le gouvernement met l'accent sur la nécessité de travailler plus longtemps. L'augmentation de la durée d'activité est " le socle d'une réponse durable et juste au déséquilibre des régimes de retraite, ce qui n'exclut pas des mesures complémentaires ", affirme-t-il sans dire encore s'il jouera sur le recul de l'âge légal ou sur l'allongement de la durée de cotisation. Le gouvernement confirme aussi la création d'une contribution sur les hauts revenus et les revenus du capital qui va écorner le bouclier fiscal ainsi que la poursuite de la convergence public-privé.

    " Nouveaux sacrifices "

    Les syndicats n'ont pas tardé à réagir. " Ce qui est demandé aux salariés, ce sont de nouveaux sacrifices " a regretté dimanche soir Eric Aubin, secrétaire confédéral de la CGT. Son homologue de la CFDT, Jean-Louis Malys, a trouvé " énormément de flou " dans la copie gouvernementale et " très peu de propositions précises ". " Ce qui transpire, c'est l'intention d'agir exclusivement sur la question de l'âge, et peut-être encore plus sur la question de la durée - de cotisations - ", a-t-il observé." Toucher à l'âge légal de départ à la retraite, c'est niet, et la durée de cotisation également ", avait redit dans l'après-midi le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, invité de C Politique sur France 5.

    Eric Woerth recevra dans le courant de la semaine, pour des rencontres bilatérales, M. Mailly et François Chérèque (CFDT), ainsi que les dirigeants du Medef et de la CGPME, Laurence Parisot et Jean-François Roubaud. Il se livrera aussi, jeudi 20 mai sur France 2, dans l'émission " A vous de juger ", à un exercice de communication plus grand public sur la réforme.

    Si le document d'orientation ne détaille pas encore le projet gouvernemental, il écarte clairement un certain nombre de pistes, comme l'instauration d'une super-décote qui aurait remis en cause, de manière insidieuse, l'âge légal d'ouverture des droits à la retraite (les 60 ans). Sur ce terrain, le gouvernement semble décidé à avancer à visage découvert.

    Ses premières orientations, sous réserve de confirmations ultérieures, esquissent une réforme qui ne se contentera pas de toucher aux seuls paramètres de la retraite comme les bornes d'âge (60 et 65 ans) ou la durée d'assurance. Elle portera aussi sur les problèmes de la pénibilité du travail et de l'emploi des seniors. Il faudra toutefois attendre le dosage fin des différentes mesures envisagées pour se prononcer sur l'ampleur d'une réforme d'ores et déjà qualifiée de " réforme de société " par le gouvernement.

    Conscient du fait que les Français s'inquiètent pour leur retraite (ou pour celle de leurs enfants), le gouvernement cherche à rassurer l'opinion sur les objectifs qu'il s'est assigné : " Apporter une réponse durable aux difficultés financières de nos régimes de retraite " et " conforter le système français dans ce qu'il a de plus profond, sa solidarité ".

    Parmi les 14 engagements qu'il prend pour atteindre ces deux objectifs, plusieurs visent à " restaurer la confiance dans le -système de retraite ". Le gouvernement s'engage à sauvegarder la répartition, à assurer l'équilibre des régimes à moyen terme sans préciser s'il vise 2020 ou 2030. Il promet que la réforme aura un caractère " très progressif " et prend l'engagement de ne pas baisser les pensions d'aujourd'hui et de demain.

    Indexation sur les prix

    Au passage, toutefois, il confirme l'indexation des retraites sur les prix, qui fut décidée en 1993 et a permis des économies substantielles. Comme prévu, la piste d'une hausse généralisée des cotisations sociales patronales et -salariales, est écartée. Elle est jugée défavorable à l'emploi et au pouvoir d'achat. Egalement exclu le remplacement de l'assiette des revenus du travail par une -cotisation sur la valeur ajoutée jugée pénalisante pour la compétitivité. Le Medef devrait s'en -féliciter.

    Pour tenir compte de ceux qui ont eu une vie professionnelle plus difficile, le gouvernement propose de prolonger le dispositif sur les carrières longues bénéficiant aux personnes qui ont commencé à travailler tôt.

    Avec ce document, préparé au ministère du travail, et avalisé par l'Elysée et Matignon, M. Woerth ne pense sûrement pas mettre ses interlocuteurs dans sa poche. Du moins peut-il espérer les avoir convaincus que la concertation n'a pas été inutile. Cela n'assure pas le succès de la réforme, mais c'est un premier pas.

    Claire Guélaud


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