• Les pistes pour une réforme des agences de notation financière

    Les pistes pour une réforme des agences de notation financière

    Depuis plusieurs jours, ces institutions sont sous le feu roulant des critiques pour le rôle qu'elles ont joué pendant la crise. Elles sont devenues incontournables, leur évolution se révèle complexe

    Tout le monde les critique mais personne ne peut vraiment s'en passer. Une nouvelle preuve de l'omnipotence des agences de notation ? Selon le Financial Times du mercredi 14 juillet, Klaus Regling, le directeur général du fameux fonds d'urgence de la zone euro, doté de 440 milliards d'euros, est en train de négocier pour que ce mécanisme de stabilisation obtienne des agences une note AAA. Soit le meilleur " rating " possible permettant d'emprunter sur les marchés dans des conditions optimales.

    Incontournables, donc, et pourtant contestées. Depuis plus de deux ans, les reproches pleuvent sur Standard & Poor's, Fitch et Moody's, le trio qui représente près de 95 % du secteur. Coresponsables de la tempête financière de 2008, s'insurgent les uns, pour n'avoir pas su détecter la dangerosité de certains produits structurés. Accélérateurs de la crise en zone euro, dénoncent les autres, pour avoir dégradé brutalement les notes de la Grèce, de l'Espagne et du Portugal ces derniers mois.

    De Bruxelles à Washington, des réflexions sont aujourd'hui avancées pour édicter de nouvelles règles. " Le seul mandat de la Commission à ses troupes c'est : soyez créatifs ! ", indique-t-on au cabinet de Michel Barnier, le commissaire européen chargé des services financiers. Mais à en croire les analystes, la route promet d'être longue et semée d'embûches.

    Se " désintoxiquer " des agences de notation Dans un rapport publié le 9 janvier, l'Autorité française des marchés financiers (AMF) préconise aux investisseurs de conduire leurs propres analyses afin de " se désintoxiquer de la notation ". Car voilà bien le fond du problème posé par les agences : " Aujourd'hui, la réglementation de la banque, de l'assurance, de l'épargne, oblige les investisseurs à s'appuyer sur les notes ", résume Jérôme Cazes, directeur général de la Coface. Autrement dit, les agences se sont vu déléguer une mission de service public sans l'avoir elles-mêmes sollicitée.

    Les dangers de cette dépendance sont apparus de façon criante en pleine crise de la zone euro quand les investisseurs se débarrassaient à tour de bras des titres grecs.

    La réforme de la régulation financière aux Etats-Unis, qui devait être votée jeudi 15 juillet par le Sénat, s'attaque à cette question : elle élimine des réglementations financières les références aux notations. En Europe, la Commission affirme vouloir aller dans le même sens. Et encourager les acteurs financiers à se réapproprier le travail d'analyse du risque. La Banque centrale européenne (BCE) a d'ailleurs fait un pas dans cette direction en avril, en décidant d'accepter les titres grecs en garantie quelle que soit leur notation.

    Mais le processus risque de prendre du temps. " A voir le fonds de stabilisation européen réclamer son triple A, il est clair que cette désintoxication prendra au moins 10 à 15 ans ", soupire M. Cazes.

    Favoriser la concurrence Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, s'inquiète d'un " oligopole " des agences, dans un entretien à Libération le 13 juillet. Michel Barnier renchérit : " Quand il n'y a que trois agences, une dégradation ne pèse pas le même poids que s'il y en a huit ou neuf. "

    Les autorités souhaitent que le secteur s'ouvre à d'autres acteurs. Mais comment ? " La concurrence ne se décrète pas. Les émetteurs se tournent naturellement vers les agences les plus réputées ", note Gunther Capelle-Blancard, professeur d'économie à Paris-I.

    L'une des pistes étudiées à Bruxelles est la création d'une agence européenne, éventuellement publique. Mais cette dernière option est délicate : un tel organisme ne pourrait-il pas être taxé d'être à la fois juge et partie ? Et quelle crédibilité aurait-il hors des frontières de l'Europe ? Certains plaident davantage pour une agence mondiale, adossée par exemple au Fonds monétaire international (FMI). " Une solution intéressante, juge Norbert Gaillard, consultant à la Banque mondiale, car un tel établissement bénéficierait à la fois de l'expertise de l'institution et d'une méthodologie différente de celle des agences privées. "

    Forcer la transparence et la responsabilisation Les agences en Europe sont déjà soumises depuis juin à un règlement censé " forcer la transparence ", selon M. Barnier. Au menu : enregistrement auprès des autorités, contrôle des méthodes d'évaluation et, après six mois d'instruction, autorisation ou pas d'opérer sur un marché.

    Aux Etats-Unis, la nouvelle législation autorise les investisseurs à attaquer en justice les agences qui les auraient induits en erreur en faisant mal leur travail, " sciemment ou par négligence ".

    Ces règles sont censées responsabiliser les agences. Mais vont-elles assez loin ? " Pour l'instant, on vérifie les procédés, mais le vrai enjeu est de savoir si une note est fiable ou non, affirme M. Cazes. Le devoir des régulateurs est d'analyser la qualité des notes. "

    Marie de Vergès


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :