• Les ratages de Lula

    Les ratages de Lula
    L'APRÈS LULA 1/3 - Le président brésilien achève son mandat avec un bilan social et économique éclatant. Mais sa politique étrangère est plus controversée et le système politique du pays reste gangrené par la corruption.
     

    Bourse de Sao Paulo, le 27 septembre 2010. Lula et les dirigeants de Petrobras. REUTERS/Nacho Doce -
     
    Pour la première fois depuis 1989, année électorale qui a suivi la fin de la dictature, il n’y a aura pas, dimanche, de bulletin au nom de Luiz Inacio Lula da Silva dans les bureaux de vote brésiliens. Après 3 candidatures infructueuses puis deux mandats de quatre ans, Lula ne peut plus se représenter une troisième fois, la Constitution le lui interdit. Ce qui ne l’empêche pas de faire campagne depuis des mois, multipliant meetings et déclarations pour défendre sa candidate Dilma Rousseff. Avec succès, puisque cette femme de 62 ans, quasi inconnue il ya quelques mois, est en passe de l’emporter, peut-être même dès le premier tour dimanche prochain.

    Avec environ 50% des intentions de vote, elle devance largement, selon les derniers sondages, son principal adversaire social-démocrate Jose Serra, ancien gouverneur de Sao Paulo et la candidate écologiste Marina Silva (14%), les autres candidats n’ayant guère pu exister dans la campagne.

    Dilma Rousseff est une ancienne guérilléra qui s’est battue contre la dictature et a passé trois ans en prison dans les années 60. Elle connait les méandres de l’administration fédérale pour avoir été ministre de l’énergie et chef du gouvernement de Lula, c’est une pro. Mais elle n’a aucune expérience électorale et ne doit sa position de favorite qu’à la popularité exceptionnelle de Lula qui l’a choisie et la pilote entièrement. Elle est la candidate de la continuité, et c’est précisément ce que veulent la majorité des électeurs brésiliens.

    Dans ce contexte, la marge de manœuvre du centriste de gauche José Serra est réduite. «Il est dans la même situation que moi en 1994 face à Fernando Henrique Cardoso, a déclaré Lula sur la chaine de télé Terra, expliquant qu’il n’avait pu se démarquer de Cardoso parce qu’il ne pouvait qu’approuver son plan de lutte contre l’inflation.

    L'orthodoxe parmi les orthodoxes

    Difficile aujourd’hui, en effet, de critiquer une politique sociale qui a déjà permis à des millions de brésiliens de sortir de la pauvreté et de porter la classe moyenne à 50% de la population (selon le gouvernement). Difficile aussi de ne pas attribuer à la lucidité du président sortant le retour de la stabilité économique et de la croissance. Ce militant de gauche, ouvrier métallo à 14 ans devenu leader syndical et fondateur du Parti des Travailleurs (PT), qui terrifiait tant l’élite brésilienne, n’a pas hésité, à son arrivée au pouvoir en 2003, à donner des gages aux plus libéraux en se pliant à l’orthodoxie budgétaire stricte mise en place par son prédécesseur (quitte à heurter certains de ses fidèles).

    Avant d’adopter, une fois les finances publiques assainies, une politique à la fois plus régulatrice (encadrement de l’activité des banques notamment) et plus keynésienne, via notamment le lancement en 2007 de son méga plan d’accélération de la croissance (PAC). Pour cette audace et pour ces résultats tangibles même si beaucoup reste à faire, Lula restera sans doute dans l’Histoire comme l’un des grands dirigeants du pays.

    Influence encore limitée à l'Amérique du Sud

    En politique étrangère, son bilan est plus mitigé. Certes, il a redonné à ce pays-continent de près de 200 millions d’habitants un place plus conforme à sa taille sur la scène internationale. Non seulement en diversifiant ses échanges ou en encourageant l’implantation de champions nationaux à l’étranger, mais aussi sur le plan politique. A l’OMC, au G20, dans les négociations sur le climat, le charismatique Lula a toujours tenté et parfois réussi à faire bouger les lignes. Adepte d’une coopération sud-sud pour contre balancer les puissances occidentales, il a développé des liens avec l’Asie, l’Afrique ou le monde arabe. Il n’en a pas moins, d’autre part, cultivé ses relations avec les pays développés, et revendique depuis longtemps un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Néanmoins, estime l’économiste Daniel Solano, «la capacité réelle d’influence du Brésil est encore limitée et se circonscrit actuellement à l’Amérique du Sud, où il veut assurer un leadership qui serve ses intérêts, sans être perçu comme une menace impérialiste par ses voisins ».

    De plus, les relations ambigües qu’entretient Lula avec le chef d’état iranien Mahmoud Ahmadinejad irritent passablement l’Europe et les Etats-Unis (qui n’ont guère apprécié non plus l’initiative turquo-brésilienne sur le dossier du nucléaire iranien). L’opposition brésilienne s’en est elle aussi indignée. «Cela n’a guère desservi Dilma, estime un diplomate proche du pouvoir. Vous savez, le peuple brésilien est très attaché aux questions de souveraineté nationale et d’indépendance, il est un peu gaulliste sans le savoir».

    Toujours la corruption

    Mais pour beaucoup, le véritable échec des deux mandats de Lula, c’est de n’avoir pas réussi, voire même tenté de réformer le système des partis politiques (proportionnelle intégrale), rongés par la corruption et le clientélisme, toujours en mal de majorité parlementaire. Les scandales sont légion et n’ont pas épargné le PT, contraint de s’allier au PMDB, parti hétéroclite de centre droit. Tout le monde se souvient du scandale du « Mensalao», dans lequel le PT a été accusé d’acheter des votes de députés via une caisse noire. Cette affaire, qui impliquait un de ses proches, José Dirceu, a terni l’image d’intégrité de Lula durant son premier mandat. Mais aucun progrès réel n’a été réalisé depuis, les mêmes marchandages sont toujours de mise, on peut toujours changer de parti comme on veut. Pourtant, cette situation ubuesque l’a empêché de faire voter au Congrès des lois pourtant vitales, qu’il s’agisse de l’éducation ou de la fiscalité.

    Certes, la mission parait presque impossible quand on sait qu’à chaque élection générale (qui renouvelle, outre le président, les gouverneurs des 27 Etats, les députés et deux tiers des sénateurs) plus de 20.000 postes administratifs sont concernés! Le fait que le PT joue, lui aussi, ce jeu malsain des alliances, a compliqué encore la donne pour Lula. Mais son inaction, voire pour certains son indulgence dans ce domaine, déçoit. Elle est d’ailleurs violemment critiquée par l’opposition. «Dilma» va donc récupérer la patate chaude. Sa moindre proximité avec le PT peut certes l’aider;  mais osera-t-elle plonger dans le marécage?

    Anne Denis


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