• Les révoltés du cageot

    Les révoltés du cageot

    Pierre Priolet est devenu le porte-voix des producteurs de fruits et légumes qui n'arrivent plus à vivre de leurs récoltes. Cet été, il fait campagne sur les parkings
    Avignon Envoyée spéciale
     

     

    Il est le premier à le dire, sa place n'est pas sur un parking. Surtout au mois d'août, au moment de la récolte. Mais il n'a pas pu dire non : comment refuser la main tendue ? Pierre Priolet vend donc ses poires et les pêches d'une amie devant le Buffalo Grill de la ZAC de la Courtine, à Avignon. Il n'y gagne rien, " ce n'est que de la com ". Le énième jalon d'une aventure dans laquelle il s'est retrouvé propulsé malgré lui, à la suite d'un simple coup de fil.

    C'était un matin de décembre 2009. Sur France Inter, l'invité était Bruno Le Maire. Le ministre de l'agriculture expliquait que le gouvernement allait aider les agriculteurs. " Ça me chauffait ", se souvient Pierre Priolet. Deux jours plus tôt, il avait dîné avec ses beaux-frères. De gros travailleurs, producteurs de cerises. Ils lui avaient raconté qu'ils venaient de faire un emprunt. " Pas pour investir, pour manger. "

    Il a appelé la radio, sans savoir ce qu'il allait dire. " On n'est pas des mendiants ", a-t-il commencé, avant de craquer en direct, d'une voix étranglée : " Encore une année comme ça, et j'arrache tout. " Les auditeurs ont entendu ses larmes quand il a continué : " On ne veut pas de nous ; on nous méprise ; il vaut mieux qu'on arrête. " La machine était lancée.

    Jean-Pierre Elkabbach, Guillaume Durand, Thierry Ardisson, l'invitent dans leurs émissions. Il émeut la France avec ses larmes de rage. Sans être dupe : " On m'appelle le "bon client". " Peu importe, " ce qui compte, c'est le message ". En substance : " La raison d'être des agriculteurs, ce n'est pas le marché, mais de nourrir la population et d'entretenir le territoire. Ils travaillent à perte, alors que les consommateurs n'ont pas les moyens d'acheter leurs produits. Il faut donc rapprocher producteurs et clients. "

    Pierre Priolet, 58 ans, a les mots pour raconter les vergers à l'abandon ; les pesticides autorisés en Espagne, mais interdits en France ; la main-d'oeuvre à 3 euros de l'heure de l'autre côté des Pyrénées et à 12,60 euros ici ; sa récolte portée à une organisation de producteurs en août et payée en mai de l'année suivante, à un prix qui ne lui permet pas de rémunérer la main-d'oeuvre...

    A chaque fois qu'il passe à la radio ou à la télévision, c'est une avalanche de courriers et d'appels. " Ç'a été de la folie, dit-il, il y a quelque chose qui se passe. " Une dame de Clermont-Ferrand a proposé de lui donner un grand magasin où les producteurs pourraient vendre au prix " juste ". Un jeune informaticien strasbourgeois a créé pour lui, gracieusement, un site Internet (www.consommer-juste.fr).

    On le croit malheureux, lui se dit " hyperprivilégié ". " Dans les médias, ce n'est pas de moi que je parle, comment pourrais-je me plaindre alors que je vis au paradis ? ", affirme-t-il sur le pas de sa porte, au milieu de la garrigue, sur une colline face au mont Ventoux. C'est que Pierre Priolet n'est pas un agriculteur comme les autres. La cause agricole, cet homme élevé chez les jésuites l'a épousée en même temps que Claire, assistante sociale, dont la famille produit des cerises et a de la vigne.

    Mais avant de planter ses 11 hectares de poiriers et ses 2,5 hectares de pommiers, il y a vingt ans, il a beaucoup bourlingué. Il a été consultant dans l'import-export de fruits et légumes au Moyen-Orient, commercial dans des groupements agricoles, puis, tout en produisant des pommes et des poires, PDG d'une entreprise de champignons sauvages installée en Bulgarie, d'où il allait les chercher jusqu'en Sibérie et en Carélie.

    Dans les années 1990, Pierre Priolet a passé des années à se battre contre le tracé du TGV. Puis il a été adjoint au maire de son village, Caumont-sur-Durance, dans le Vaucluse. Une fois par mois, il passe une journée au tribunal pour enfants d'Avignon comme assesseur. Mais ce qui lui a le plus appris, dit-il, c'est sa faillite, en 2005.

    Devenu simple agriculteur, l'entrepreneur se pose des questions quand il passe ses journées à tailler ses arbres, à Mollèges, dans les Bouches-du-Rhône. Comment expliquer qu'il vend son kilo de pommes 17 centimes, alors que le consommateur l'achète entre 1,70 euro et 3 euros ?

    Comment faire prendre conscience au consommateur qu'un achat est un acte politique ? Pourquoi les commerçants n'affichent-ils pas le prix payé au producteur sur leurs étiquettes ?

    Sur la banquette arrière de sa Mercedes - un reliquat de sa période de PDG - traîne le dernier livre de Joseph Stiglitz, Le Triomphe de la cupidité (éd. Les Liens qui libèrent). Quand Pierre Priolet achète une chemise, il demande à la vendeuse où elle a été fabriquée. " Pas par franchouillardise, mais parce que la globalisation, c'est la destruction du monde ouvrier et agricole. " D'autant que, pour le monde agricole, le temps et l'espace ne sont pas ceux de l'économie d'aujourd'hui : " Les terres, elles, ne peuvent pas être délocalisées, et quand on plante un arbre, il faut cinq ans pour obtenir des pommes. Or on est dans une société de l'instant. "

    En 2009, une fois ses fruits vendus, il lui manquait 15 000 euros pour rémunérer ceux qui les avaient ramassés. Si la prochaine saison est aussi mauvaise, il arrachera les vergers pour se consacrer exclusivement à son combat : faire en sorte que les producteurs soient payés au juste prix et que les consommateurs puissent acheter leurs produits.

    Marie-Pierre Subtil

    Je me souviens d’un de ses passages dans une émission d’Ardisson, très émouvant. Les politiques qui était présent ( E. Guigou et X. Bertrand ) l’on écoutés, un silence pesant. Aucun n’a fait de commentaires. M. Priolet parlait vrai, tellement vrai que l’émotion le submerger par instant. Ce combat mérite que nous nous y intéressions, et l’aidons avec nos moyens.

    lien : Consommer-juste


  • Commentaires

    1
    ventura1
    Vendredi 6 Août 2010 à 17:38
    pierre priolet sans jamais l'avoir vu mais l'avoir ecouté au telephone ma convaincu qu'il n'est pas necessaire d'attendre son voisin ou qui d'autre pour revendiquer et agir . c'est pour cela et avec lui nous promotionons l'action pour que cela face un carfour des consommateurs et des producteurs deux maillons de la chaine spoliés . il n'est pas necessaire aujourd hui d'etre un " negrier" pour faire subir le servage mais bien etre un consomm acteur du moins disant en prix . la spirale infernale qui s'auto alimente nous contraint tout les jours a baisser les prix mais aussi les salaires . stop a l'arnaque ou les commercants en intermediation compte les " euro " . vite de la regulation .
    2
    emile11111 Profil de emile11111
    Vendredi 6 Août 2010 à 17:41
    oui faut aller sur le site ( voir dans mes liens) pour dans un premier temps repérer les endroits ou on peut acheter ses légumes.Après à chacun de prendre ses responsabilités.
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