• Les "soukouk" frappés de suspicion

    Les “soukouk” frappés de suspicion

    Les difficultés de Dubai World remettent en question le niveau de sécurité offert par les obligations islamiques.

    10.12.2009|Joanna Slater|The Wall Street Journal

    Les problèmes qui assaillent aujourd’hui le conglomérat public Dubai World sont liés à des soukouk, c’est-à-dire des obligations islamiques émises pour un montant de 3,52 milliards de dollars [2,34 milliards d’euros] et arrivant à échéance le 14 décembre. Le 25 novembre, l’émirat a annoncé vouloir différer ce remboursement, faisant craindre un défaut de paiement si les créanciers refusent de négocier. [La dette totale de Dubai World est estimée à 59 milliards de dollars. Les soukouk en cause ont été émises par le promoteur immobilier Nakheel, membre du conglomérat, qui a notamment construit la fameuse île artificielle en forme de palmier.]

    Il s’agit d’un revers colossal pour le marché des soukouk, qui venait tout juste de montrer des signes de reprise après avoir subi de plein fouet la crise financière mondiale. Le mois dernier, la branche finances de General Electric, GE Capital, est ainsi devenue la première grande société américaine à structurer des produits de ce type. L’opération, d’un montant de 500 millions de dollars, a été saluée dans le ­secteur comme un tournant historique. Mais, aujourd’hui, les problèmes de Dubaï font l’effet d’une douche froide. “C’est un coup très dur”, affirme Ibrahim Mardam-Bay, le PDG de la société d’investissement Siraj Capital, installée en Arabie Saoudite, dont l’un des clients, une entreprise américaine, se demande désormais s’il faut ou non repousser l’émission qu’elle avait projetée. Bien que la finance islamique ne soit pas la cause des difficultés de Dubai World, cette affaire pourrait avoir de profondes répercussions sur le secteur, insiste Anouar Hassoune, analyste de crédit chez Moody’s Investors Service, à Paris. Le marché était à la veille d’“une nouvelle vague d’émissions”, dit-il, mais les malheurs de Dubai World suscitent un malaise. Ils pourraient inciter certaines entreprises à reporter, voire à annuler, leurs émissions, et les investisseurs à exiger une prime plus conséquente, tirant à la hausse le coût de ces opérations.

    Dubai World est un acteur de premier plan du marché des obligations islamiques. Selon le fournisseur d’informations financières Dealogic, le groupe a émis, par le biais de ses filiales, quatre des dix plus gros emprunts de ce type. Et celui de Nakheel, justement, avait fait date. Important par son volume, il présentait en outre la particularité d’être considéré par les investisseurs comme quasi souverain, garanti de fait par l’Etat.

    Nakheel pourrait bien être à l’origine de la plus importante défaillance jamais vue dans le secteur des obligations islamiques, et la première de l’histoire des Emirats arabes unis. Ce cas pourrait alors faire jurisprudence en matière de protection des investisseurs. La loi coranique prohibant le versement d’intérêts, les soukouk ne sont pas des obligations comme les autres : elles sont conçues pour collecter les revenus générés par un ensemble d’actifs physiques sous-jacents [immobilier, pétrole…].

    Il existe au moins deux exemples de défaillance, l’un en Louisiane [en octobre 2008, l’affaire est devant les tribunaux], par une petite société pétrolière en faillite, l’autre au Koweït [en mai dernier]. Toute la question est de savoir si les porteurs de soukouk ont un droit de propriété sur les actifs sous-jacents ou s’ils ont seulement le droit de percevoir les produits de ces actifs. Or il n’existe pas de précédent en la matière dans la justice dubaïote.


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