• Les sources de tension se multiplient sur les marchés

    Les sources de tension se multiplient sur les marchés

    Doutes sur les liquidités bancaires, menaces sur la croissance et inquiétudes sur les dettes publiques européennes

    Une zone euro à la peine, des craintes sur la santé des banques, une reprise qui semble s'essouffler aux Etats-Unis et en Chine... Les investisseurs ont brutalement connu, mardi 29 juin, un nouvel accès de fièvre. La place de Shanghaï a, la première, plongé de 4 %, suivie par les Bourses européennes (- 4,01 % à Paris, - 5,45 % à Madrid) et par Wall Street, où le Dow Jones a reculé de 2,65 %.

    Tentant de ramener le calme, le directeur du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a assuré depuis Washington que " la reprise va continuer. Il n'y aura pas une nouvelle phase de récession. " Mercredi dans la matinée les marchés européens se redressaient légèrement, mais les alertes persistent.

    Les inquiétudes sur les banques européennes Le rendez-vous est attendu depuis des semaines et pourtant : l'expiration, jeudi 1er juillet, d'un prêt exceptionnel accordé il y a un an par la Banque centrale européenne (BCE) aux établissements financiers de la zone euro met les marchés sous tension. Cette opération de refinancement sur douze mois, première du genre dans l'histoire de la BCE, avait vu plus d'un millier de banques emprunter le montant record de 442 milliards d'euros. Elles doivent maintenant rembourser cette somme. L'échéance est cruciale : avec la crise de la dette souveraine, les établissements rechignent à se prêter entre eux et les plus vulnérables, en Espagne notamment, sont très dépendants du " robinet " BCE.

    L'institution tente de calmer le jeu en assurant que les banques pourront continuer à s'approvisionner à son guichet. Mais pour des prêts à plus court terme, de trois mois maximum. Une première opération devait avoir lieu mercredi. Selon le Financial Times, les instituts espagnols militent pour un renouvellement de l'offre sur douze mois. Une garantie plus sûre de financement à l'heure où se grippe l'accès aux liquidités. Mardi, le coût d'emprunt sur le marché interbancaire de la zone euro a atteint son plus haut niveau en neuf mois.

    Des signaux d'alarme sur les déficits Vite, plus vite. L'alerte lancée lundi par la Banque des règlements internationaux (BRI) sur le dérapage des déficits a nourri le stress des investisseurs. Tandis que le G20 prône une rigueur " à la carte " pour ne pas pénaliser la reprise, la banque centrale des banques centrales note au contraire, dans son rapport annuel, " l'urgence " de mettre fin aux mesures de relance. Sans cet effort, un risque de " rechute " menace l'économie mondiale. La BRI pointe la " trajectoire insoutenable " que suivent les finances de plusieurs pays. La situation grecque continue de préoccuper. L'économiste Nouriel Roubini préconisait, mardi, d'engager " maintenant " une restructuration de sa dette, une étape inéluctable.

    La vigueur de la reprise américaine en doute De la rencontre entre le président Barack Obama et le patron de la Réserve fédérale américaine (Fed), Ben Bernanke, les investisseurs n'ont retenu qu'une phrase : " L'économie américaine fait face à des vents contraires. " Les paroles rassurantes sur les signaux positifs de la reprise ont été occultées. Les investisseurs ne croient plus à une économie américaine dont le rebond suffirait à compenser les troubles de l'Europe. Et pour cause, malgré tous les stimuli à la croissance, le chômage se maintient à 9,7 % et inquiète les ménages américains. Mardi l'indice de confiance des ménages aux Etats-Unis publié par le Conference Board a chuté à 52,9 points, après trois mois de hausse. Le marché avait déjà dû se faire à l'idée que la croissance américaine était moins vigoureuse que prévu. La hausse du PIB pour le premier trimestre a été à nouveau révisée à la baisse vendredi, à 2,8 %, contre une première estimation, fin avril, à 3,2 %.

    Le désenchantement de la croissance chinoise Les marchés n'aiment pas les mauvaises surprises, encore moins les erreurs comptables. Mardi, l'indice composite du Conference Board sur les perspectives de croissance en Chine pour le mois d'avril a été revu à la baisse de 1,7 % à 0,3 % à la suite d'une mauvaise comptabilisation des chiffres de construction. Lorsqu'ils l'ont appris, les investisseurs se sont affolés. Trop ? Certains analystes l'estiment.

    Mais cette annonce valide la thèse selon laquelle l'économie chinoise connaîtrait désormais une phase de ralentissement. Et ce après avoir débuté l'année sur un rythme effréné à la limite de la surchauffe : une hausse du PIB de 11,9 % sur un an au premier trimestre. La Chine pourrait ainsi ne plus être en mesure de jouer les moteurs de la reprise mondiale. Mercredi, à contre-courant de la tendance générale, les Bourses d'Asie poursuivaient leur chute.

    Claire Gatinois et Marie de Vergès


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