• Les tribulations de la classe moyenne chinoise pour se loger

    Les tribulations de la classe moyenne chinoise pour se loger

    Les prix ont augmenté de 10,3 % en un an dans le pays. Pourtant, 64,5 millions de logements seraient vacants
    Shanghaï Correspondance

     

    Se loger est devenu le calvaire de la classe moyenne chinoise, qui accuse les spéculateurs de nourrir la flambée des prix de l'immobilier. Ainsi en est-il de la famille Huang, venue, ce vendredi 20 août, faire une demande d'obtention de logement social auprès de l'administration du district de Xuhui, à Shanghaï. Avec un père et un fils comptables et une mère retraitée, ils ne sont pas pauvres mais leurs revenus étant inférieurs à 900 yuans (104 euros) par mois et par personne, ils se verront attribuer un appartement de deux chambres d'une superficie de 60 mètres carrés à un prix inférieur de 40 % au cours du marché.

    Une politique encore marginale mais qui se développe en Chine, où les prix des logements ont augmenté de 10,3 % depuis un an, malgré l'adoption, en avril, de mesures de limitation du crédit destinées à décourager la spéculation. " Il est devenu absolument impossible de s'acheter un appartement en centre-ville pour une famille comme la nôtre ", déplore le père.

    Une rumeur est venue nourrir le mécontentement : 64,5 millions de compteurs électriques ne tourneraient pas en Chine. Il y aurait autant de logements vacants. Le monopole national de l'électricité a démenti, mais l'Etat n'a pas pour autant publié de chiffres officiels. Signe que la bulle immobilière préoccupe, des internautes se sont résolus à aller eux-mêmes compter les appartements dont la lumière n'est pas allumée le soir dans leurs villes respectives, puis à publier les résultats de leur enquête sur Sina.com, le portail Internet le plus visité du pays.

    Bulle spéculative

    Pour Michael Klibaner, directeur de la recherche du cabinet de conseil Jones Lang LaSalle en Chine, le problème social est bien réel mais ne signifie pas pour autant qu'il existe une bulle spéculative. " La question est de savoir si l'on considère qu'un appartement est un toit pour des personnes ou pour de l'argent. Les investisseurs chinois se tournent vers l'immobilier parce qu'ils ont très peu d'alternatives et que c'est très rentable ", explique-t-il.

    C'est le cas de Sheng Feng, journaliste de 34 ans possédant trois appartements, deux en zone urbaine à Shanghaï, le troisième à Kunshan, cité satellite de la mégapole. Deux ne sont pas habités. " J'ai investi dedans car c'est le placement qui demande le moins de travail. Il faut simplement aller voir de temps à autre s'il n'y a pas de problème, dit-il. Une fois achetés, pas besoin de se demander si les prix augmentent ou baissent, puisqu'il n'y a aucun doute quant à la réponse. "

    La persistance d'une demande insatisfaite et le fait que les 20 % les plus aisés de la population peuvent toujours se permettre d'acheter dans les nouvelles résidences qui arrivent sur le marché signifient, selon Michael Klibaner, que le risque de bulle est à écarter. La banque d'investissement CLSA Asie Pacifique relève d'ailleurs que près d'un quart des logements sont payés comptant en Chine, signe de l'absence de risque sur le crédit immobilier. En clair, la classe moyenne chinoise serait juste en train de comprendre à son tour, avec une certaine douleur, ce qui est évident depuis longtemps dans les pays occidentaux : se loger au centre des grandes villes est hors de prix.

    L'ancien économiste en chef de Morgan Stanley en Asie, Andy Xie, devenu commentateur indépendant, est plus alarmiste et soutient à qui veut bien l'entendre qu'une bulle quantitative s'est emparée de l'immobilier chinois. Elle serait nourrie par le crédit rendu disponible pour faire face au ralentissement de la croissance économique chinoise, l'existence de " revenus gris " trouvant un refuge sûr dans les investissements immobiliers et une absence de conscience du risque, fondée sur la conviction que les cours ne peuvent que grimper. Les Chinois anticipent une hausse de leurs revenus qu'ils considèrent déjà acquise. Les spéculateurs pensent, de leur côté, que les autorités ne les abandonneront pas, les revenus des gouvernements locaux dépendant aussi de l'immobilier.

    Andy Xie estime qu'avec un espace de 28 à 30 mètres carrés par personne à l'heure actuelle, il n'y a pas de pénurie de logement en Chine, et il considère que le taux de vacance des appartements est de 25 % à 30 %, soit le double de ce qui serait sain. " Le fossé entre ce qui est nécessaire et ce qui est vide peut être considéré comme spéculatif ", résume-t-il.

    Dans ce contexte, l'économiste juge que l'organisation, récemment, d'un test de résistance des banques chinoises à un effondrement de 60 % du marché de l'immobilier ne sert qu'à " donner un coup de pouce psychologique ", à rassurer. Mais, selon lui, les gens informés sont terrifiés : " Si la bulle crève, l'économie chinoise souffrira. Le problème est qu'aucune politique ne permettrait de résoudre le problème sans que la population n'en subisse les conséquences. "

    C'est ainsi qu'il explique l'absence de publication de chiffres fiables sur ces logements vides qui agacent tant la classe moyenne : le gouvernement ne veut pas que les gens sachent. " Mais au bout du compte, dit-il, le marché s'ajustera. On ne peut rien y faire. "

    Harold Thibault


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :