• Les triples A des grands États sur la sellette

    En cas de croissance anémique et de remontée des taux longs, les États-Unis et le Royaume-Uni pourraient perdre leur notation financière AAA, la meilleure évaluation octroyée par les agences.

    Confrontés à la faillite de Lehman brothers et à la chute de l'activité, les États développés ont dû intervenir en s'endettant massivement, au point que c'est leur propre solidité financière, plombée par les plans de soutien et la baisse des recettes fiscales, qui est mise en question.

    Après avoir annoncé que son déficit budgétaire atteindrait 12,5 % de son PIB en 2009, <st1:personname productid="la Grèce" w:st="on">la Grèce</st1:personname> a ainsi vu sa notation financière abaissée jeudi dernier d'un cran par Fitch Ratings, de A à A?. Steven Hess, le chef analyste de Moody's outre-Atlantique, a averti dans la foulée que « la note Aaa des États-Unis n'est pas garantie », indiquant que « s'ils ne ramènent pas d'ici trois ou quatre ans leur déficit à un niveau supportable, la note sera menacée ». Le déficit fédéral a atteint plus de 1.400 milliards de dollars sur l'exercice 2008-2009, soit 9,9 % du PIB, et Washington anticipe des déficits de plus de 1.000 milliards pour les deux prochains exercices.

    La pression sur les notes financières des États les mieux notés n'est pas nouvelle, mais elle s'intensifie. Standard and Poor's avait abaissé de stable à négative la perspective sur les notes de la dette britannique en mai dernier, tandis que l'Irlande avait perdu son AAA auprès des trois grandes agences de notation en juillet dernier. « Les États les plus avancés sont les plus affectés par la crise économique, et ce sont ceux qui ont le plus augmenté leur endettement rapporté au produit intérieur brut », explique Pierre Cailleteau, directeur général du groupe risque souverain chez Moody's. « Aucune dégradation n'est à prévoir dans l'immédiat, mais la question de la résistance des notes Aaa des pays les plus solides est posée », ajoute-t-il, car « l'impact de la crise actuelle sur l'endettement des États développés est équivalent à celui d'une guerre ».

    ligne rouge

    Les États notés AAA devraient connaître un bond de plus de 35 points de pourcentage de leur ratio de dettes sur PIB entre 2006 et 2010, contre une baisse d'environ 10 points pour les pays notés seulement B, selon Moody's. L'Irlande caracole en tête, avec une hausse de 85 points, suivie du Royaume-Uni (+ 37 pts) de l'Espagne (+ 25 pts) et des États-Unis (+ 22 pts).

    Pour jauger de la solvabilité des États, Moody's introduit notamment dans son analyse des critères mesurant la charge de la dette (le poids des remboursements dans les recettes fiscales) et la capacité à emprunter massivement sans augmenter le coût de financement. Selon le scénario macroéconomique médian à horizon 2012 retenu par l'agence, les États-Unis et les grands États européens devraient réussir à rester dans les clous du AAA.

    Mais dans la plus sévère hypothèse, qui correspond à une croissance anémique de seulement 0,5 % de 2010 à 2012 et une remontée de 1 % des taux longs, la charge de la dette des États-Unis et du Royaume-Uni pourraient alors dépasser respectivement 14 % et 12 %, la ligne rouge synonyme d'abaissement de notation. J. B.


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