• Les USA et les nouvelles puissances émergentes

    Les USA et les nouvelles puissances émergentes

    Richard N. Haass

    NEW-YORK – Nous nous trouvons dans une période de transition internationale prolongée qui a débuté il y a plus de 20 ans avec la fin de la Guerre froide. Cette ère de rivalité stratégique entre les USA et l'Union soviétique a alors fait place à une ère dominée par les USA qui disposaient d'un pouvoir et d'une influence sans égal.

    Ce moment américain unipolaire a été remplacé par un monde "non polaire" dans lequel le pouvoir est largement réparti entre une vingtaine de pays et des dizaines de milliers d'acteurs non gouvernementaux allant d'Al Qaïda à Goldman Sachs en passant par l'ONU.

    Ces différentes périodes historiques se différencient davantage les unes des autres par le degré d'ordre entre et à l'intérieur des Etats que par la distribution du pouvoir entre eux. Un ordre n'émerge jamais du néant, il résulte d'efforts conscients exercés par les entités les plus puissantes de la planète.

    Les USA restent le pays le plus puissant, mais ils ne peuvent maintenir, et encore moins étendre à eux seuls la paix et la prospérité dans le monde. Ils sont à la limite de leurs possibilités, ils dépendent d'importations quotidiennes massives de pétrole et leur armée est engagée dans des conflits qui exigent des moyens considérables en Afghanistan et en Irak. Ils n'ont pas la capacité et ne disposent pas du consensus politique voulu pour s'impliquer encore davantage hors de leurs frontières et n'ont pas les moyens de contraindre les autres pays à les suivre.

    Un pays ne peut à lui seul gérer et encore moins résoudre les problèmes actuels tels que la prolifération des armes de destruction massive, le terrorisme, le réchauffement climatique ou le maintien de l'ouverture économique au plan mondial ; il y faut un effort collectif. Et plus globale sera la réponse, meilleures seront les chances de succès.

    Autrement dit les USA ont besoin de partenaires pour faire du 21° siècle une ère relativement pacifique et prospère pour la majorité de la population du monde. Mais le type de partenariat qui dominait entre les USA, l'Europe occidentale et plusieurs pays asiatiques (notamment le Japon, la Corée du Sud et l'Australie) lors de la Guerre froide, n'est plus adapté. Ces pays n'ont ni la capacité ni souvent même la volonté de traiter la majeure partie des problèmes auxquels est confrontée la planète.

    Aussi les anciens partenaires doivent-ils établir de nouveaux partenariats avec les puissances émergentes. Toute la question est de savoir ce que la Chine, l'Inde, le Brésil et d'autres feront de leur puissance croissante.

    La grandeur d'un pays ne dépend pas de sa superficie, de la taille de sa population, de son armée ou de son économie, mais de la manière dont il utilise sa puissance pour redessiner le monde au-delà de ses frontières. Beaucoup de nouvelles puissances émergentes ont tendance à considérer la politique étrangère comme un simple outil au service de la politique intérieure et un moyen d'accéder aux ressources indispensables à un développement rapide.

    Cette attitude est compréhensible, mais de courte vue. Les puissances émergentes ne peuvent s'isoler du monde à l'extérieur de leurs frontières. Qu'ils le reconnaissent ou pas, ils sont partie prenante de l'ordre mondial.

    Prenons le cas de la Chine, l'exemple le plus caractéristique d'un pays émergent. Elle veut maintenir son accès préférentiel aux ressources énergétiques iraniennes, mais si les ambitions nucléaires de l'Iran débouchent sur un conflit, elle devra payer bien davantage pour ces ressources. La perspective d'une menace sur la stabilité du Moyen-Orient dans son ensemble et sur l'approvisionnement en pétrole devrait inciter la Chine à être favorable à des sanctions sévères contre l'Iran, mais il n'est pas sûr que les dirigeants chinois en aient vraiment conscience et agissent dans l'intérêt à long terme de leur pays.

    Il ne s'agit pas de singulariser la Chine, car le même type de question se pose pour l'Inde et le Brésil. Et ce ne sont pas seulement les puissances émergentes qui doivent reconsidérer leur approche du monde ; les USA doivent en faire autant. On a beaucoup écrit et discuté de l'appel de l'Amérique à la Chine à devenir un acteur à part entière sur la scène internationale, mais cette dernière ne va pas se contenter d'adhérer à un monde défini par l'Amérique. Elle veut participer à l'élaboration de nouvelles règles et à la création des institutions qui seront chargées de les appliquer.

    Il est de la responsabilité des USA de collaborer pour cela avec la Chine et les autres puissances émergentes, ce qui suppose qu'ils tiennent compte de leurs préférences et leur concède un rôle plus important. Le rôle croissant du G20 est un pas dans la bonne direction, mais il reste beaucoup à faire, notamment la restructuration de l'ONU, du FMI et de la Banque mondiale, de manière à ce que ces institutions reflètent la nouvelle distribution du pouvoir. Réciproquement, il faudra prendre de nouvelles dispositions exigeant une participation plus importante des pays émergents à la lutte contre le réchauffement climatique, au financement du maintien de la paix, à la construction d'infrastructures étatiques, au soutien à l'ouverture des marchés et aux sanctions contre les entités qui soutiennent le terrorisme ou développent des armes de destruction massive.

    Qu'elles soient établies de longue date ou émergentes, c'est de la volonté des grandes puissances de parvenir à un accord sur les grands problèmes mondiaux dont dépendra le moment et la manière dont va s'achever cette période de transition - et ce sur quoi elle va déboucher.

    Richard N. Haass, formerly Director of Policy Planning in the US State Department, is President of The Council on Foreign Relations.

    Copyright: Project Syndicate, 2010.
    www.project-syndicate.org


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