• Mieux vaut partager les emplois

    Mieux vaut partager les emplois

    Le Congrès américain doit absolument renforcer les dispositifs de chômage partiel, affirme un économiste.

    11.03.2010 | Dean Baker | The Guardian

    La bulle immobilière aux Etats-Unis et l’effondrement qui a suivi ont été la conséquence de l’extrême incompétence des décideurs économiques du pays. Ces gens n’avaient pas vu les dangers que présentait une bulle de 8 000 milliards de dollars – ou ne s’en étaient pas souciés.

    Malheureusement, quand on est responsable de la politique économique, cela ne se passe pas comme dans la plupart des autres boulots. Lorsque l’on commet une faute lourde, on ne se fait pas virer, on obtient une promotion. Les individus qui ont coulé l’économie sont donc pour la plupart ceux-là mêmes qui la pilotent aujourd’hui. Et ce groupe d’incompétents nous annonce aujourd’hui que nous allons devoir subir encore cinq ans de chômage élevé. On sait pourtant comment faire baisser un taux de chômage. Keynes nous a enseigné il y a plus de soixante-dix ans qu’il suffisait de dépenser de l’argent pour éliminer le chômage de masse. Les gens travaillent pour de l’argent. Si le gouvernement en donne, les gens travailleront. C’est simple.

    Les faucons du déficit semblent toutefois avoir exclu cette voie. Les membres du Congrès américain sont convaincus d’aider nos enfants en mettant leurs parents au chômage. Heureusement, il existe un autre moyen de créer des emplois. Cela s’appelle le partage du travail.

    Le principe est tellement simple que même un économiste peut le comprendre. Au lieu de payer les gens à ne rien faire – sous la forme d’indemnités de chômage –, on leur permet de conserver leur poste en travaillant moins. Pour éviter le licenciement d’un salarié, ses collègues font moins d’heures, moyennant une petite ré­duction de salaire. C’est ce système qui a permis à l’Allemagne et aux Pays-Bas de ne pas voir grimper leur taux de chômage, alors que ces pays ont subi une récession plus profonde que les Etats-Unis. Dans le système [de chômage partiel] allemand, une entreprise réduit les heures de son personnel de 20 %. Le gouvernement verse à chacun 60 % du salaire perdu (soit 12 % du salaire antérieur total) et l’employeur 20 % (soit 4 % du salaire antérieur). L’employé ne perd donc que 4 % de sa rémunération initiale. Il travaille par exemple quatre jours par semaine au lieu de cinq. Compte tenu des économies alors réalisées sur certaines dépenses – transport, garde des enfants –, la plupart d’entre eux ne s’en sortent pas trop mal. [En Allemagne, le chômage partiel a concerné 1 million de personnes en 2009. En conséquence, le salaire brut moyen annuel a baissé de 0,4 % ; après impôt, il a reculé de 0,9 %. En données corrigées des variations saisonnières, le taux de chômage s’est établi à 8,2 % en février dernier.]

    Si l’économie américaine a cessé de perdre des emplois à un rythme échevelé, il n’en reste pas moins que, cha­que mois, les entreprises se séparent encore de 2 millions de personnes environ. Ces licenciements sont en grande partie compensés par les re­crutements des autres sociétés, de sorte que la variation nette du taux d’emploi n’est que lé­gèrement négative depuis quelques mois. Mais, si l’on pouvait réduire de 10 % seulement le taux de perte d’emploi, cela équivaudrait à créer 200 000 postes par mois, soit 2,4 millions par an. Ce qui nous ramènerait au plein emploi [soit un taux de chômage “incompressible” de 4 %] en deux ans, et non cinq ou six selon les projections actuelles.

    Le partage du travail présente d’autres avantages potentiels. La réduction du temps de travail pourrait donner aux entreprises l’occasion d’adopter des pratiques plus favorables à la famille. Elles pourraient par exemple profiter de la crise actuelle pour mettre en place, à titre d’essai, le congé parental et le congé maladie payés.

    Tout cela serait aussi bénéfique pour l’environnement. Supposons que tout le monde ne travaille que quatre jours par semaine : le nombre de trajets entre le domicile et le lieu de travail serait réduit de 20 %, ce qui ferait baisser de façon substantielle les émissions de gaz à effet de serre générées par les transports. Le fait que les Européens travaillent en général bien moins d’heures que nous est sans aucun doute l’une des principales raisons pour lesquelles leurs émissions de CO2 par personne sont inférieures de moitié à celles des Etats-Unis.

    Dans notre pays, dix-sept Etats ont déjà mis en place un système de partage du travail. Des projets de loi ont été déposés à la Chambre des représentants et au Sénat pour renforcer ces programmes et inciter les autres Etats à s’en inspirer. Si le Congrès veut sérieusement lutter contre le chômage, il adoptera ces textes.


    * Codirecteur du Center for Economic and Policy Research, à Washington.

    Tiens certaines idées reviennent.


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