• Moldavie, l’élargissement clandestin

    Moldavie, l’élargissement clandestin

    Der Spiegel Hambourg

    Ces derniers mois, Bucarest a accordé des passeports roumains à plus de 100 000 Moldaves et souhaite accélérer le rythme des naturalisations. Cette politique qui intègre de fait cette ancienne république soviétique dans l’espace européen, commence à déplaire aux autres pays.

    Kazanevsky

    Benjamin Bidder

    Les nouveaux candidats à l’entrée dans l’Union européenne se lèvent tôt. La grisaille matinale ne s’est pas dissipée que des centaines de Moldaves, jeunes pour la plupart, se rassemblent devant le consulat roumain à Chisinau, capitale de la république de Moldavie, le pays le plus pauvre d’Europe. Denis Rotari, tee-shirt bleu clair et dragon tatoué sur le coude, est carreleur. Et c’est l’amour qui l’a amené là. “J’ai besoin d’argent pour mon mariage”, déclare le jeune homme de 21 ans. Comme tous ceux qui font la queue, il vient demander un passeport roumain. Lequel est synonyme d’espoir, celui de trouver un travail en tant que main d’œuvre à bas prix n’importe où entre Rome et Lisbonne.

    Un million de Moldaves ont déjà tourné le dos à leur patrie, dont le PIB par habitant correspond à celui du Soudan. Ils louent leurs services à l’étranger, le plus souvent au noir. Près de 120 000 des 3,6 millions de ressortissants du pays disposent désormais d’un passeport du voisin, et plus de 800 000 attendent que leur demande soit acceptée, d’après le gouvernement roumain. Pour maîtriser cette ruée, le ministère roumain des Affaires étrangères a ouvert, aux frais de l'UE, deux nouveaux consulats dans les villes provinciales de Balti et Cahul.

    Les Moldaves entrent dans l'UE par la porte de derrière

    Le calcul est le suivant : le président roumain Traian Basescu, d’orientation nationale-patriotique, veut grossir les rangs de ses sujets et a accepté que le nombre des naturalisations passe dès cette année à 10 000 par mois. Ainsi, dans une UE lassée de l’élargissement, et sans un seul référendum, sans l’approbation de Bruxelles, Berlin ou Paris, un élargissement sournois est en marche. Les Moldaves votent avec leurs pieds et entrent par la porte de derrière dans l’Union, paradis économique.

    Depuis qu’à Chisinau, “l’Alliance pour l’Intégration européenne” a chassé du pouvoir les communistes pro-russes en 2009, la Roumanie a lancé son offensive de la naturalisation sur son petit voisin. Bucarest sponsorise la formation des fonctionnaires du ministère moldave des Affaires étrangères à “l’intégration euro-atlantique” et finance la traduction des lois de l’UE. Bien qu’étant elle-même gravement touchée par la crise financière, la Roumanie a accordé l’année passée de généreux crédits à son voisin. Les barbelés à la frontière ont été démontés, et depuis l’automne, les habitants d’une zone frontalière de 30 kilomètres peuvent même se rendre en Roumanie sans visa.

    "Un même peuple qui a droit à son unité et à un avenir commun"

    Certes, Roumains et Moldaves vivaient dans deux Etats distincts, “mais nous ne sommes qu’un même peuple, et ce peuple a droit à son unité et à un avenir commun”, a affirmé Basescu, qui rêve de la România Mare, une résurrection de la “Grande Roumanie” dans ses frontières de 1918 à 1940, qui englobait la Moldavie. Les avances roumaines ont tout pour plaire aux nouvelles autorités moldaves. Neuf des cinquante-trois députés de la coalition gouvernementale disposent d’ailleurs d’un passeport roumain. Le président en exercice, Mihai Ghimpu, est un unioniste qui se trouve au sommet de l’Etat. Dorin Chirtoaca, maire de Chisinau et neveu de Ghimpu, martèle lui aussi : “Les Roumains et les Moldaves sont étroitement liés, comme les Allemands et les Bavarois.” L’idée de l’existence d’un Etat à part serait “une illusion du pouvoir soviétique”.

    A vrai dire, une union avec la Roumanie, deuxième Etat le plus pauvre de l’UE après la Bulgarie, ne semble guère séduire la majorité de la population moldave. Selon des sondages, deux tiers d’entre eux souhaiteraient entrer dans l’Union, mais 2 % seulement se considèrent comme roumains. D’ailleurs, comme le dit Denis le carreleur devant le consulat roumain : “Avec le passeport, je veux juste aller plus loin à l’Ouest. La Roumanie, je m’en moque.” Son cousin travaille déjà à Madrid dans un abattoir. En mars 2011, quand la Roumanie entrera dans l’espace Schengen, les centaines de milliers de Moldaves titulaires de passeports roumains pourront enfin se déplacer librement dans l’UE.

    En attendant, le flot des migrants a attiré l’attention de Bruxelles. Les populistes de droite s’empressent de tirer profit du processus. Andreas Mölzer, député européen pour le FPÖ, la droite populiste autrichienne, a exigé que la Commission européenne prenne position sur les moyens de mettre un terme aux agissements roumains. “Pour l’Allemagne, il n’y a cependant aucune raison de s’inquiéter, explique Manfred Grund, député CDU au Bundestag. La plupart ne s’installent qu’en Italie et en Espagne.”
     

    Réactions
    L'Europe veut metttre le holà

    "L’Europe presse la Roumanie à renoncer à la Moldavie",rapporte România Liberă. Alors que Bucarest présente son voisin comme un avant-poste de l’Union européenne, note le quotidien bucarestois, les autres pays membres n’approuvent pas sa politique d’octroi de passeports aux Moldaves roumanophones. L’hostilité de certains pays s'explique par l'intention des Européens de l’Ouest de redéfinir leurs relations avec la Russie et de reconnaître à Moscou une sphère d’influence, explique România Liberă. De plus, les partenaires européens redoutent un exode vers l'Ouest d'une main d'oeuvre bon marché avec les 100 000 passeports déjà accordés et les 10 000 par mois que Bucarest promet de délivrer. 


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