• Nos enfants, ou l'Allemagne?

    Nos enfants, ou l'Allemagne?

    Jacques Attali

    Aujourd’hui, tout se passe comme si l’Europe semblait tout  entièrement soumise à des diktats de l’Allemagne, décidant ce qu’on peut ou pas faire pour la Grèce,   imposant des plans de rigueur à toute l’Europe et même dictant à d’autres des réformes constitutionnelles.

    Cette situation est inacceptable. D’abord, parce qu’on ne  peut qu’être irrité par la pusillanimité de la Chancelière d’Allemagne, qui  change sans cesse d’avis,  au point de faire  très souvent le contraire de ce qu’elle annonce.  Ensuite parce  qu’on  ne peut que regretter la façon dont l’Allemagne annonce en solitaire un plan anti spéculation, d’une grande naïveté et  totalement inapplicable :   les banques allemandes continueront de pouvoir  faire  à Londres ce que la Chancelière prétend leur interdire de faire  à Francfort. Enfin, parce que nous n’avons pas de leçons à recevoir de ce pays : par bien des cotés, l’Allemagne  va bien plus mal que ses voisins : depuis dix ans, sa croissance est plus faible que celle de la France. Son déficit est encore de 5, 5% du PIB. Sa dette publique est très élevée et menace d’atteindre   90% du PIB  en 2014.  Sa population décline, au point que la France aura bientôt une population plus nombreuse que celle de son voisin.  Son industrie  est moins bien placée que la France sur  de très nombreux   secteurs d’avenir ; elle accueille beaucoup moins d’investissements étrangers que la France, son système de santé va mal.  Et sa faible croissance se paie de la dépression dans laquelle elle semble vouloir entrainer les autres.

    De plus, la façon dont l’Allemagne prétend imposer aux autres la rigueur est   contraire à ses propres intérêts : par exemple, en  menaçant les autres  pays de les pousser hors de la zone euro, c’est  à elle qu’elle risque surtout de faire du tort : si la Grèce fait défaut, les banques allemandes pourraient y perdre un montant égal aux fonds propres de la Deutsche Bank et même  4 fois plus si c’était l’Espagne qui faisait défaut.   

    En fait, le leadership allemand ne s’explique que par la faiblesse des autres : En politique, comme en physique, la nature a horreur du vide.  Si l’Allemagne prend des positions unilatérales contre la spéculation, c’est parce que l’Europe est incapable d’en proposer. Si elle nous donne l’impression de nous imposer une discipline  budgétaire c’est parce que nos dirigeants sont incapables d’expliquer clairement que l’équilibre  des finances publiques n’est pas un ukase de l’Allemagne, ou des marchés, mais une nécessité stratégique,   dans l’intérêt des prochaines générations ; dans l’intérêt de nos enfants.

    L’arrogance allemande n’est que le miroir de notre incapacité à proposer une stratégie européenne, faite d’équilibre national et de relance collective. A la France de reprendre l’initiative que la Commission semble incapable de prendre. A la France de proposer un grand plan de relance continental, avec la mise en place d’une capacité d’emprunt  de l’Union, en échange d’une très forte action  pour retrouver l’équilibre de chacun des budgets nationaux.

    A la France de faire en sorte que la crise des finances publiques ne débouche pas sur une crise de la démocratie en Europe.


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