• Nos maisons, les pieds dans l’eau au printemps

    Nos maisons, les pieds dans l’eau au printemps

    Depuis les grandes inondations de 1997, rien n’a été fait pour prévenir d’autres catastrophes. Ces dernières semaines, il pleut. De nombreux Polonais se retrouvent inondés, et c’est leur faute, estime l’hebdomadaire varsovien.

    Katarzyna Janowska Przekrój

    Nous avons été étonnés quand un petit volcan islandais a commencé à cracher des cendres, paralysant les aéroports du monde entier et provoquant une pagaille planétaire. Fini les voyages d’affaires chronométrés à la minute près, les conférences et les séjours touristiques, envolé notre rêve de pouvoir tout contrôler, toujours et partout.

    Nous sommes surpris de voir la pluie tomber au printemps. On s’étonne qu’il puisse pleuvoir plus que d’habitude et pendant des périodes de plus en plus prolongées. On aimerait voir une pluie de printemps, mais seulement pendant un court laps de temps, alors qu’il flotte comme en novembre et cela depuis trois semaines déjà.

    Les gens s’étonnent de voir inondée leur charmante maisonnette tout juste construite. Pourtant, au moment d’acheter le terrain, à un prix imbattable, les voisins leur avaient dit : “Madame, ici, l’eau stagne chaque printemps.” Mais cela n’avait pas d’importance, tant le charme de l’endroit et le prix les avaient emballés. Le fonctionnaire municipal avait précisé que, juridiquement, personne ne pourrait s’opposer à leur projet de construire une maison dans ce pré bordant la rivière, et qui risquait de se retrouver sous l’eau à la première crue.

    Les gens prennent des risques mais pas d’assurance

    Les communes n’établissent pas de plan d’occupation des sols – un processus long, minutieux et très coûteux. Si la commune devait s’en occuper, le maire aurait été obligé d’interdire la construction dans les zones inondables et de racheter toutes les maisons s’y trouvant déjà. Les municipalités auraient aussi dû dédommager les propriétaires fonciers pour leur terrain, qui aurait perdu de sa valeur d’un jour à l’autre. Chaque commune dispose d’un plan d’aménagement et, par conséquent, d’une possibilité d’identifier les zones inondables. Notre fonctionnaire nous a loyalement fourni cette information. Courageusement, nous avons pris le risque d’être inondé. Pas la peine de s’inquiéter, puisque la dernière grande crue a eu lieu il y a treize ans. Elle avait pourtant touché 1 400 villes et villages et emporté 50 000 maisons. A l’époque, nous avions pu voir à la télé les lamentations de ceux qui avaient perdu le patrimoine de toute leur vie. Nous étions très compatissants à leur égard et, à cause de cela, nous n’avions pas voté pour le Premier ministre Wlodzimierz Cimoszewicz, de l’Alliance de la gauche démocratique postcommuniste [jugé responsable des inondations], qui avait dit aux victimes des inondations : “Il fallait vous en prémunir.” Nous avions ensuite lu en diagonale tous les articles dans la presse expliquant que les réparations des dégâts causés par les inondations de 1997 avaient coûté 20 milliards de zlotys [55 milliards d’euros], considérant que, heureusement, tout cela ne nous concernait pas.

    Confortablement installés sur la terrasse de notre maison avec vue imprenable sur la rivière et un pré rempli de pissenlits dont les aigrettes s’envolent dans la brise, nous nous lançons dans des discussions hautement civiques. Les routes sont dans un état exécrable, les hôpitaux sont déficitaires, n’est-ce pas, et l’Etat devrait nous protéger de telles catastrophes et nous secourir en cas de besoin, même si nous-mêmes n’avons pas pris d’assurance. Mais que font donc les politiciens de notre argent ?


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