• « Nous maintenons l’objectif de réduction d’un tiers de la pauvreté d’ici à 2012 »

    Interview

    martin Hirsch haut-commissaire à la jeunesse et aux solidarités actives contre la pauvreté

    « Nous maintenons l’objectif de réduction d’un tiers de la pauvreté d’ici à 2012 »  

    L’année européenne de la pauvreté est lancée aujourd’hui. Que peut-on attendre de l’Europe ?

    Le paradoxe, c’est que les citoyens attendent de l’Europe qu’elle les protège de la pauvreté, mais ils ont plutôt le sentiment qu’elle les menace. Cependant, les choses ont commencé de bouger, notamment sous la présidence française. Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, propose que parmi les cinq principaux objectifs de la stratégie 2020 figure la réduction de la pauvreté, avec des moyens détaillés de lutte à la clef. Ce serait un changement radical. La présidence belge de l’Europe, qui suivra celle de l’Espagne, est aussi acquise au principe de fixer un objectif chiffré de réduction de la pauvreté.

    Pourquoi ce thème reste-t-il peu présent dans le débat politique en France ?

    J’en suis le premier étonné. Je reviens du Pérou, où des objectifs de réduction de la pauvreté ont été fixés et sont très présents dans le débat public. En France, je me suis battu pour que de tels objectifs soient inscrits dans la loi, et nous y sommes parvenus en 2007, car le président de la République a accepté de s’engager sur des résultats. C’est essentiel politiquement, car c’est une double réponse à ceux qui dénoncent les politiques alibis et à ceux qui craignent que les dépenses sociales augmentent toujours, alors que la pauvreté ne baisserait jamais… En affichant un objectif de réduction d’un tiers de la pauvreté d’ici à 2012, je m’attendais à ce que la société civile s’en empare, que l’opposition me demande régulièrement des comptes au Parlement, surtout en période de crise. Mais non. Je préfère la saine polémique à la pesante indifférence ! Il y a encore une absence de maturité de la société française sur le sujet. Je dis à nos interlocuteurs : cessons de perdre du temps sur la quête impossible de l’indicateur parfait et concentrons-nous sur le tableau de bord complet que nous avons élaboré ensemble, avec des objectifs sur les travailleurs pauvres, sur les plus âgés, sur les jeunes. Pour donner davantage de force à ces questions, avec Benoist Apparu [le secrétaire d’Etat chargé du Logement, NDLR] nous allons nommer Julien Damon, un spécialiste des indicateurs et de l’évaluation, à la tête de l’Observatoire de la pauvreté.

    Maintenez-vous l’objectif de réduction d’un tiers de la pauvreté d’ici à 2012 ?

    Oui. Nous ne l’avons pas mis entre parenthèses pendant la crise. L’intérêt d’un objectif volontariste, c’est justement qu’il suscite des mesures d’autant plus fortes que la crise est importante. C’est au nom de ces objectifs que l’on a inclus dans le plan anticrise les différentes aides et primes temporaires de l’année 2009. Il faut aussi souligner l’importance de la revalorisation du minimum vieillesse et de l’allocation adulte handicapé de 25 % sur cinq ans. Et les mesures concernant les jeunes, population aujourd’hui la plus concernée par la pauvreté, qui sont cohérentes avec notre objectif. L’engagement fort, c’est d’inverser la tendance à l’augmentation du nombre de travailleurs pauvres subie ces dernières années. Cela dépend directement de l’effet du RSA et implique qu’il tourne à plein.

    Combien y a-t-il de bénéficiaires du RSA ?

    Le nombre de bénéficiaires du « RSA socle », versé aux foyers qui ne travaillent pas (comme l’ancien RMI), est estimé à 1,1 million fin décembre. Ce chiffre est à peu près stable au cours des deux derniers mois, mais représente une hausse de 5 % sur un an, à cause de la crise. Et la hausse devrait se poursuivre en 2010. Ce qui est nouveau, c’est qu’il y avait, fin 2009, 600.000 foyers qui percevaient le RSA tout en ayant des revenus d’activité.

    C’est encore loin des objectifs…

    On pensait que la crise allait accélérer le mouvement des inscriptions, mais ça n’a pas été le cas. Probablement plus de 1 million de per sonnes qui travaillent n’ont toujours pas fait valoir leurs droits au RSA. C’est d’ailleurs ce qu’on constate toujours pour ce type de dispositifs. Pour le RMI, on ne comptait que 200.000 inscrits au bout d’un an. Le RSA monte plus rapidement. Nous adressons actuellement des courriers aux 1,5 million d’employés des services à la personne, souvent susceptibles de bénéficier du RSA, ainsi qu’aux locataires de logements sociaux. Le droit au RSA sera également mentionné dans la prochaine déclaration de revenus. Nous maintenons, même si c’est difficile, l’objectif de toucher 90 % des bénéficiaires potentiels à l’été.

    Quand le RSA jeunes entrera-t-il en vigueur ?

    Les droits seront ouverts au 1er septembre, avec des premiers versements début octobre.

    La réforme des retraites ne risque-t-elle pas de conduire, à une remontée de la pauvreté des personnes âgées ?

    Elle doit être équitable et ne pas être en contradiction avec l’objectif de réduction de la pauvreté. A mes yeux, cela doit être un élément essentiel du cahier des charges et le président de la République a d’ailleurs clairement indiqué lundi qu’il n’accepterait pas que l’on diminue les pensions. Notre pays est l’un des seuls d’Europe où le taux de pauvreté est plus faible chez les plus de soixante ans que la moyenne de la population, mais la pauvreté ne baisse plus. En tant que responsable de la lutte contre la pauvreté, je préfère qu’on travaille plus longtemps, plutôt que de voir le nombre de personnes au minimum vieillesse repartir à la hausse. Comme responsable de la jeunesse, je suis sûr que les jeunes ont conscience qu’il faudra travailler plus longtemps, en vivant plus vieux, mais que la société leur doit cet engagement de non-paupérisation. C’est au nom de cette logique que le service civique compte à plein pour la retraite, ce qui représente 25 % de son coût, ce n’est pas une paille.

    Le RSA et l’ASS ne permettront pas de couvrir tous les chômeurs en fin de droits. Que préconisez-vous ?

    Avant de créer une allocation nouvelle, il faudrait déjà que tous ceux qui ont droit à ces minima ou ces compléments y aient recours. Je pense que, dans bon nombre de foyers où l’un des membres du couple arrive en fin de droits à indemnisation chômage, il y aura possibilité de toucher le RSA. Il n’y a pas une situation unique de fin de droits, mais des situations différentes. La question de principe qu’il va falloir trancher, c’est de savoir si on accepte ou non de faire jouer la solidarité nationale quand les ressources de la famille sont au-dessus d’un certain seuil.

    Propos recueillis parMarie Bellan,Vincent Collenet Leïla de Comarmond

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :