• " Nous serons prêts à intervenir en Grèce "

    " Nous serons prêts à intervenir en Grèce "

    Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, s'explique, cent jours après sa prise de fonctions, sur son rôle et sur la crise grecque

     

    Cent jours après sa prise de fonctions, Herman Van Rompuy sort de sa réserve. Le premier président du Conseil européen reçoit quatre journaux européens - Le Monde, la Frankfurter Allgemeine Zeitung, El Pais et De Standaard - dans un petit salon situé à deux pas du bureau de l'ancien premier ministre chrétien-démocrate belge. C'est là que les grandes lignes du plan d'aide à la Grèce ont été négociées avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy lors des deux derniers conseils européens.


    En Grèce, la situation paraît toujours aussi tendue, deux semaines après la promesse d'un plan d'aide à Athènes. Pourquoi ?
    Nous avons décidé de mettre en place un mécanisme d'aide financière basé essentiellement sur des prêts bilatéraux de la zone euro et une intervention du Fonds monétaire international (FMI). Nous devons rendre cet accord opérationnel. Il ne sera crédible que s'il est opérationnel. Les discussions sont en cours pour fixer les modalités techniques et concrètes du mécanisme. La réunion des ministres des finances de l'Eurogroupe, mi-avril, parviendra à trouver des solutions sur les problèmes restants, s'il en reste encore.

    Ne trouvez-vous pas la gestion de la crise grecque très laborieuse au sein de la zone euro ?
    Le 11 février, si nous n'avions pas trouvé d'accord, cela aurait été une catastrophe. En politique et dans la vie, il s'agit souvent d'éviter des malheurs. Dès le 3 mars, les Grecs ont pris des mesures additionnelles pour assainir leurs comptes. Nous avons concrétisé le volet " solidarité " du plan le 25 mars, en promettant un soutien financier en cas de besoin. Un tel compromis n'était pas facile du tout. Mais il y a une impatience folle. Qu'il y ait des différences de vue sur un tel sujet, il n'y a rien de plus normal. Ce qui n'est pas normal, ce sont les rumeurs, les racontars et les fuites. Différents facteurs expliquent le comportement des marchés : tout ne dépend pas du signal politique et des modalités du mécanisme.

    Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a d'abord critiqué le recours au FMI pour régler un problème interne à la zone euro...
    J'aurais moi aussi aimé beaucoup d'autres choses, mais cela n'a aucune espèce d'importance. On s'est mis d'accord sur une solution européenne. La majorité de l'aide viendra de la zone euro. Le déclenchement sera décidé par l'Eurogroupe, sur avis de la Commission et de la BCE. Le FMI et les instances européennes sont sur la même longueur d'onde quant à l'effort à fournir en 2010 en Grèce. Il faut avoir conscience que ce que l'on a déjà demandé aux Grecs est quelque chose d'exceptionnel : quatre points de réduction du déficit en une année. Le FMI a donné son aval au plan d'assainissement. Le gouvernement grec est courageux et rompt avec le passé. Nous serons prêts à intervenir si les Grecs le demandent.

    Comment voyez-vous votre rôle de président du Conseil européen après cent jours en poste dans l'ombre de la crise grecque ?
    Je ne me considère pas comme le président de l'Europe mais comme quelqu'un qui préside les réunions des chefs de gouvernement et d'Etat, un facilitateur à la recherche de consensus au sein d'un club très disparate de vingt-sept membres. Ceux qui attendaient quelqu'un capable d'arrêter la circulation à Pékin auraient constaté très vite qu'une telle personnalité aurait agi toute seule, au risque de bloquer le fonctionnement du Conseil. C'est avec cette vision très claire de mon rôle que j'ai travaillé dans deux directions : faire fonctionner les nouvelles institutions et amorcer mon action dans les domaines politiques.

    Lors du dernier Conseil, Mme Merkel a refusé que vous jouiez les intermédiaires entre elle et M. Sarkozy au sujet de la Grèce. L'attitude de l'Allemagne vous pose-t-elle un problème ?
    Je n'ai pas à demander l'autorisation de qui que ce soit. J'ai joué à plein mon rôle de facilitateur, avant et pendant le Conseil. Personne ne peut m'en empêcher.

    Les tensions entre la France et l'Allemagne ne risquent-elles pas de compliquer votre tâche ?
    Vous pensez qu'entre M. Kohl et M. Mitterrand, ou entre M. Chirac et M. Schröder, il n'y avait pas de tensions ? Il est tout à fait normal qu'il y ait des divergences de vue, chacun défend ses intérêts. Je n'avais pas l'illusion de croire qu'il n'y aurait pas de tensions. Il est heureux qu'il y ait des accords franco-allemands, sinon l'union risque d'être bloquée. C'est une condition nécessaire mais pas suffisante.

    Les Etats vous ont demandé de présider un groupe de travail afin de refondre le fonctionnement économique de l'Union. Qu'avez-vous en tête ?
    Je ne préjuge pas ce qu'il faut faire, mais je vois trois grands sujets. D'abord, la discipline budgétaire, ensuite la gouvernance, ou le gouvernement économique et, enfin, la gestion d'une crise budgétaire comme celle que nous connaissons avec la Grèce, tout en respectant la clause de non-renflouement d'un Etat de la zone en difficulté. Il s'agit de tirer les leçons de ce que l'on a vécu afin que de tels événements ne se reproduisent plus.

    Soutenez-vous la demande allemande d'une réforme des traités ?
    Il sera très difficile de trouver l'unanimité nécessaire pour aller dans ce sens. La question est de savoir s'il est sage de recommencer un tel processus après ce que l'on a vécu avec le traité de Lisbonne. Ce fut un vrai calvaire.

    Mme Merkel a suggéré d'exclure certains membres de la zone euro ou de créer un Fonds monétaire européen (FME). Qu'en pensez-vous ?
    Nous verrons si quelqu'un met cela sur la table. D'après moi, l'unanimité n'existe pas pour exclure un pays de la zone euro. Quant au FME, il entre dans la discussion, mais selon de nombreux avis, cette idée nécessite une modification des traités.

    Etes-vous favorable à une réforme du pacte de stabilité ?
    Il faut augmenter l'aspect préventif de notre concertation budgétaire pour identifier les problèmes, et les régler. Il faut voir comment les mécanismes en place ont fonctionné et comment renforcer la surveillance. Le pacte permet beaucoup de flexibilité. Nous avons les instruments, nous prendrons si nécessaire les mesures pour les renforcer. Nous devons cependant accorder un certain laps de temps afin de corriger les déficits creusés par les politiques keynésiennes mises en oeuvre pour lutter contre la récession.

    Propos recueillis par Philippe Ricard


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