• « Nous sommes prisonniers de nos gènes »

    Christian de Duve prix Nobel de médecine 1974


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    « Nous sommes prisonniers   de nos gènes »   <o p="#DEFAULT"></o>

    Christian de Duve a reçu le prix Nobel de médecine en 1974 pour ses recherches sur certains composants de la cellule humaine qui conditionnent son métabolisme. Il estime que le patrimoine génétique qui a assuré la domination de l’espèce humaine sur la terre menace aujourd’hui sa survie.<o p="#DEFAULT"></o>

    Dans votre dernier ouvrage (*), vous estimez que les instincts belliqueux de l’humanité menacent son avenir. Pourquoi ?<o p="#DEFAULT"></o>

    Toute l’histoire de l’humanité s’explique par la sélection naturelle. Chez nos ancêtres, elle a privilégié un égoïsme fondamental indispensable à la survie et à la reproduction. Ces traits ont été un peu tempérés par le besoin de cohésion des premiers humains vivant en petits groupes. En même temps, la sélection naturelle a favorisé l’agressivité vis-à-vis des autres dans le but de conquérir les terrains de chasse, les meilleurs endroits de cueillette et choisir les meilleures femelles. Ces traits imprimés dans nos gènes nous ont permis autrefois de nous en sortir, quand nous vivions dans un environnement hostile. Ils se retournent aujourd’hui contre nous. C’est comme si nous étions prisonniers de nos gènes.<o p="#DEFAULT"></o>

    Comment peut-on se sortir de ce qui paraît être une impasse génétique          ?<o p="#DEFAULT"></o>

    Dans un certain sens, je suis très pessimiste, car je constate ce que tout le monde vérifie tous les jours : nous sommes en train de tuer la planète en la rendant invivable. Si nous continuons à utiliser pour notre bien immédiat les ressources physiques de la terre et à nous multiplier, à supprimer les forêts et à puiser dans les océans comme nous le faisons aujourd’hui, nous allons vers l’extinction de l’humanité et ce sera le fruit de la sélection naturelle.<o p="#DEFAULT"></o>

    Y a-t-il tout de même de l’espoir ?<o p="#DEFAULT"></o>

    Le darwinien que je suis devrait dire non. Heureusement, la sélection naturelle nous a donné quelque chose qu’aucun autre être vivant sur terre ne possède : le pouvoir d’agir contre elle. Avec ce cerveau extraordinairement développé que nous avons acquis, nous sommes capables de faire ce que nos ancêtres ne savaient pas faire, c’est-à-dire regarder l’avenir et prévoir les conséquences de nos actes. Donc nous pouvons faire des plans et agir en conséquence. J’insiste beaucoup sur cet aspect. La sélection naturelle ne voit que l’immédiat. Elle ne peut pas privilégier des propriétés qui seront utiles dans cinquante ans.<o p="#DEFAULT"></o>

    Pourquoi la culture, qui est elle aussi un produit de l’évolution, ne nous met pas à l’abri de ces comportements ?<o p="#DEFAULT"></o>

    Parce que nous ne sommes pas sortis de notre carcan génétique. Les anciens avaient bien perçu qu’il y avait une faille dans la nature humaine, et c’est pour cela qu’ils ont imaginé cette ravissante histoire du paradis perdu et inventé le péché originel. Ce sont évidemment des mythes. Mais il reste vrai qu’il y a dans la nature humaine quelque chose qui a besoin d’être corrigé.<o p="#DEFAULT"></o>

    Les projections démographiques vous paraissent très inquiétantes.<o p="#DEFAULT"></o>

    Quand je suis né (en 1917, NDLR), la population mondiale était d’environ 1,5 milliard de personnes. Aujourd’hui, nous sommes 6,5 milliards. De mon vivant, la population humaine aura donc pratiquement quadruplé. C’est presque impossible d’obtenir de 6,5 milliards d’individus qu’ils se mettent ensemble pour faire des sacrifices commandés par une sagesse qui voit l’avenir. C’est un problème majeur pour lequel je n’ai pas de solution. Je crains qu’il faille que les choses continuent de se détériorer avant que nous trouvions la sagesse et la volonté d’agir.<o p="#DEFAULT"></o>

    L’égoïsme primitif du groupe inscrit dans les gènes est-il compatible avec le besoin de décision collective qui s’impose ?<o p="#DEFAULT"></o>

    C’est là tout le problème. Je sais que nous devons diminuer notre consommation d’énergie, mais cela ne m’empêche pas de chauffer un peu ma piscine, car à mon âge l’eau est trop froide. Moi-même, je suis égoïste. C’est très difficile au niveau personnel d’accepter les sacrifices nécessaires qui s’imposent à la collectivité.<o p="#DEFAULT"></o>

    Vous êtes devenu écologiste…<o p="#DEFAULT"></o>

    Nous devrions tous voter pour les écologistes. Mais je déplore qu’ils aient choisi de mélanger les messages. D’un côté, ils défendent un principe auquel nous devons tous souscrire, celui de sauver la planète. Mais ce discours est mélangé à des objectifs politiques. Ils ont inventé une nouvelle religion anti-scientifique avec un retour à Jean-Jacques Rousseau où tout ce qui est naturel est bon. C’est grotesque.<o p="#DEFAULT"></o>

    Les scientifiques peuvent-ils influer sur les décisions politiques          ?<o p="#DEFAULT"></o>

    Mon expérience, c’est que les scientifiques ont très peu de pouvoir. Il y a des gouvernements qui font semblant de les consulter, mais en réalité ils les écoutent rarement. Les scientifiques ne sont pas bien organisés pour cela. Ils travaillent dans leur petit coin et préfèrent discuter avec leur entourage immédiat ou d’autres chercheurs qui font les mêmes travaux.<o p="#DEFAULT"></o>

    Ce triomphe de l’espèce humaine qui a réussi à éclipser toutes les autres devrait satisfaire le darwinien que vous êtes ?<o p="#DEFAULT"></o>

    C’est une preuve en faveur de la sélection naturelle, mais ce n’est pas pour cela que c’est bien.<o p="#DEFAULT"></o>

    Propos recueillis<o p="#DEFAULT"></o> par Alain Perez<o p="#DEFAULT"></o>

    (*) « Génétique du péché originel. Le poids du passé sur l’avenir de la vie »,Editions Odile Jacob.<o p="#DEFAULT"></o>


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