• On a aussi faim sur les campus californiens

    On a aussi faim sur les campus californiens

    A Los Angeles, des étudiants ont fondé une banque alimentaire pour venir en aide à leurs camarades démunis.

    Carla Rivera Los Angeles Times

    Un groupe d’étudiants de l’université de Los Angeles (UCLA) pousse des chariots chargés de plusieurs centaines de kilos de nourriture jusqu’au Centre d’activités des étudiants. Dans ces locaux se trouve une petite pièce aux rayonnages déjà garnis de boîtes de soupe, de haricots, de sachets de nouilles instantanées, de céréales pour le petit déjeuner, de jus de fruits et de bouteilles d’eau. Sur le campus de Westwood, beaucoup ignorent l’existence du “Placard à provisions”, comme on l’appelle ici. Mais, pour les étudiants qui sont à court d’argent ou sans domicile, il est devenu indispensable. La porte du local est toujours ouverte, et une cinquantaine de personnes s’y rendent chaque jour. De l’autre côté du couloir, des fours à micro-ondes, des assiettes et divers ustensiles de cuisine sont mis à leur disposition.

    Ce groupe de jeunes, baptisé Swipes for the Homeless [Glanages pour les sans-abri], permet aux étudiants de l’UCLA de faire des dons financiers aux personnes dans le besoin grâce aux repas de cantine qu’ils ont prépayés, mais qu’ils n’ont finalement pas consommés. Le fondateur de l’organisation, Bryan Pezeshki, 20 ans, a entendu parler du Placard à provisions pendant une tournée de distribution organisée il y a quel­ques mois. Les étudiants, qui avaient ­collecté de la nourriture destinée à des foyers pour sans-abri du centre-ville, ont alors déposé une quarantaine de sandwichs dans le local du Centre d’activités. Quand Pezeshki est repassé quelques heures plus tard, il n’en restait plus un seul. “J’ai étudié la situation de plus près et, au cours de ce trimestre, nous avons décidé de concentrer notre action sur la sensibilisation des étudiants de l’UCLA, explique-t-il.En réalité, les étudiants étaient tout prêts à aider d’autres étudiants, surtout dans cette période difficile.”

    Certains n’ont pas de papiers, d’autres sont d’anciens soldats

    Dès 2008, les autorités du campus ont entendu parler d’étudiants durement touchés par la crise économique, se souvient Antonio Sandoval, directeur du Bureau des programmes communautaires de l’UCLA. Personne, ajoute-t-il, ne connaît le nombre de jeunes sans domicile ou souffrant de malnutrition. Certains d’entre eux n’ont pas de papiers, d’autres sont d’anciens soldats. Beaucoup ont des parents qui sont tombés dans le dénuement à la suite d’un divorce ou de la perte de leur emploi. Le président de l’université a fini par mettre sur pied une équipe chargée de fournir des ressources et de collecter plus d’informations sur la question. Mais beaucoup de personnes dans le besoin préfèrent rester anonymes. “Nous sommes implantés dans une communauté où tout le monde semble vivre dans l’aisance, souligne Sandoval. Les étudiants démunis font comme s’ils n’avaient pas besoin d’aide.”

    Pour toute personne engagée dans la vie du campus, l’ampleur de la détresse financière et de la malnutrition était depuis longtemps évidente, confirme Abdallah Jadallah, ancien président de l’Association des étudiants musulmans de l’UCLA. Cet étudiant en génie civil de 22 ans connaît une quinzaine de jeunes sans domicile. Certains dorment dans une voiture ou passent la nuit dans l’une des bibliothèques universitaires ouvertes en permanence, et prennent leur douche dans les vestiaires des gymnases. Leurs petits déjeuners, déjeuners et dîners se résument parfois à des ­burritos Taco Bell à 1 dollar. Il y a quel­ques mois, Abdallah Jadallah a évoqué le problème avec Antonio Sandoval, qui a mis à sa disposition un local inoccupé. C’est ainsi que le Placard à provisions a ouvert ses portes.

    Dans cette pièce, un cahier est à la disposition des visiteurs qui souhaitent laisser un message. Beaucoup sont poignants. “En ce moment je suis sans domicile, je dors dans mon van et j’étudie à plein-temps, a par exemple écrit un étudiant. Je ne perçois aucun revenu. Je n’ai pas de maison. Je suis reconnaissant pour l’aide que les autres m’apportent avec ce garde-manger. Je vous remercie de m’avoir redonné confiance dans l’humanité et de me permettre de continuer à travailler pour réaliser mon rêve de devenir le premier diplômé universitaire de ma famille. Merci.”

    Bryan Pezeshki et Abdallah Jadallah espèrent développer leurs programmes dès l’automne prochain. Tous deux ont été contactés par d’autres universités qui aimeraient lancer des projets similaires.


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